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L’ironie à l’épreuve des textes : vers une définition empirique de cette notion

Rachele Raus



Introduction

Dans une visée didactique nous proposons une redéfinition empirique de l’ironie, à partir de l’analyse de quelques articles tirés du Figaro, du Monde et du Monde diplomatique (années 2002-2003). Nous essayerons de cerner les contours sémantiques de cette notion, qui se présente comme un effet discursif contextuel que l’on peut retracer à l’aide des quelques paramètres.
Nous nous attarderons plus particulièrement sur l’analyse d’un article de Serge Halimi, pour montrer jusqu’à quel point dans l’ironie il faut une communauté culturelle qui partage la construction de sens souhaitée par l’énonciateur. En ce sens, nous avons également posé la question de la relation de l’ironie à l’interculturalité.

1. Une définition qui fait défaut

Si l’on veut fournir une définition de l’ironie, il nous semble que le dictionnaire de Linguistique Larousse nous en donne déjà une première sur laquelle réfléchir : « En rhétorique, l’ironie est une figure consistant à dire le contraire de ce qu’on veut dire pour railler, et non pour tromper ». Il s’agit notamment d’une des figures de pensée qui a été abondamment étudiée en rhétorique. Cela dit, le dictionnaire ne nous en fournit qu’une définition somme-toute réduite qui ne restitue pas l’ensemble du débat qu’il y a eu autour de cette notion dans la tradition autant littéraire que linguistique. En ce sens, le dictionnaire d’analyse du discours de Maingueneau et Charaudeau1 nous restitue un cadre plus complexe de la notion, en dépassant les limites de la rhétorique : trope correspondant à l’antiphrase, l’ironie résulterait, selon les différentes approches, être une mention (les auteurs citent D. Sperber et D. Wilson), un jeu polyphonique (le renvoi est à O. Ducrot2), ou encore un paradoxe (voir Berrendonner)… De même il y a dans l’article de ce dictionnaire un paragraphe sur la valeur pragmatique de l’ironie. Tout cela laisse supposer que l’ironie est alors plutôt une notion à plusieurs facettes3, qui s’actualise différemment selon les divers observatoires à partir desquels on l’examine. A ce propos, Florence Mercier-Leca fait justement remarquer que la richesse et la séduction de l’ironie tiennent « à sa nature insaisissable, à son ambiguïté et à la variété infinie des formes qu’elle peut prendre »4. Par conséquent, il est difficile et même restrictif d’essayer de cerner les contours sémantiques de cette notion, d’abord parce que tout paradigme définitoire résulterait fortement réductif par rapport à l’extraordinaire variété des données d’analyse réelles, ensuite parce que l’ironie étant une notion interdisciplinaire, elle est à plus forte raison fortement hétérogène.
Cela dit, l’approche didactique demande un effort pour cerner le plus possible les notions, tout en fournissant aux étudiants des définitions générales et des indices qui aident à retracer les stratégies énonciatives. Donc pour essayer de donner une définition de l’ironie, il faut nécessairement passer par une approche descriptive de la notion qui tienne compte non seulement d’une méthodologie contextuelle d’analyse des textes mais aussi de la compétence communicative interculturelle5 de l’apprenant. En effet, l’ironie est une stratégie qui se déclenche à partir d’une co-costruction de sens entre énonciateur et co-énonciateur, dans notre cas une véritable communauté discursive, ce qui demande une approche fortement empirique et contextuelle à l’énoncé ironique. Si l’ironie est une stratégie énonciative qui se lie au contexte6 et qui se fonde sur l’activité nécessaire de décodage du co-énonciateur co-construisant le sens et l’effet ironique, il faut alors que l’approche descriptive qui est la nôtre tienne compte tout d’abord de tous ces éléments et notamment de la culture où l’apprenant baigne.

2. Pour une approche descriptive de l’ironie : hypothèses de départ

Dans une tentative de cerner les contours sémantiques de l’ironie, nous proposons d’analyser des énoncés ironiques tirés de quelques articles de presse des années 2002-2003 concernant la relation des Français avec les Américains et des Français avec les Italiens. L’ironie semble être en effet une stratégie particulièrement apte à restituer la relation du soi à l’autre, ce qui, en présence de communautés culturelles (Français, Américains, Italiens), se lie aussi étroitement au stéréotypage7.
Par exemple, dans un article de Florence Amalou8 concernant la mobilisation des Américains, notamment du gouvernement américain et des publicitaires pour soutenir le front intérieur lors de la seconde guerre en Irak, la journaliste nous parle de lettres envoyées par les Américains aux soldats au front par SMS et nous dit à ce propos:

C’est promis – c’est écrit – le message arrivera aux destinataires, même perdus dans le désert. Le destin, assez aléatoire, de ces lettres de soutien ne suffit par à constituer un ‘front intérieur’ aux Etats-Unis.

Le repérage de l’effet ironique se fonde sur un décalage entre le sens attendu, donc l’horizon d’attente du lecteur9, et le sens réellement accompli. D’ailleurs, comme le fait remarquer Florence Mercier - Leca:

Le champ de l’ironie est […] vaste, mais un certain nombre de traits définitionnels communs se font rapidement jour : l’ironie est avant tout une posture énonciative qui se traduit par un écart, un décalage10.

Le premier indice est donc la présence d’un décalage, qui, plus précisément, consiste dans une désattente de l’horizon d’attente. Ce décalage se fait normalement aux dépens de la cohérence du texte11, comme, dans le cas cité, le contraste entre la première partie du message, caractérisée par la modalité déontique de promesse et assertive de la certitude (« C’est promis - c’est écrit – le message arrivera »), et la suite du message où la modalité axiologique (« Le destin, assez aléatoire, de ces lettres… ») contredit le contenu propositionnel précédent. Le lecteur se trouve confronté à une incohérence textuelle qui demande à être résolue.
C’est alors un autre indice contextuel qui semble pertinent pour la mise en relief de la stratégie ironique sous-jacente : la mise à distance. A la différence du comique, l’ironie produit une désattente qui n’est pas gratuite, puisqu’elle ne vise pas le rire pour rire mais plutôt une dénonciation par rapport à une cible qu’on veut critiquer et ridiculiser.
La présence d’une cible suppose que l’énonciateur utilise des stratégies de mise à distance par rapport justement à cette cible. Ce sont notamment les modalités axiologiques qui font fonction d’indices contextuels fondamentaux pour retracer l’ironie et qui souvent s’expriment aussi via des commentaires autonymiques. Dans le cas cité, le dit de l’énonciateur est pris dans un jeu de redoublement où son jugement est marqué par l’adjectif de dépréciation « aléatoire » et les guillemets de « front intérieur ». Les guillemets, en effet, renvoient à la présence d’une modalité autonymique de non - coïncidence du discours à lui-même. Tout se passe comme si l’énoncé devait être paraphrasé par « ne suffit pas à constituer un front intérieur, au sens du gouvernement américain ». Cela nous est confirmé par la lecture de l’article qui, auparavant, avait parlé de la présence de cette même stratégie de soutien de l’effort de guerre à l’époque de Roosevelt. La modalité autonymique et axiologique par rapport à la première partie du message, indique alors que l’énonciateur met à distance la cible, notamment le gouvernement américain, et à la fois son dit, pour véhiculer sa critique sans en avoir l’air. Bref, il y aurait un jeu polyphonique qui garantirait à l’énonciateur de critiquer le gouvernement américain en déchargeant la responsabilité du dit par la stratégie ironique. Notamment la polyphonie est produite ici par la déliaison entre le sujet déictique - le locuteur - qui ne laisse pas de traces, et le sujet modal – l’énonciateur12 - qui par contre, par l’adjectif « aléatoire », souligne son positionnement de désaccord.
Si nous revenons maintenant à la lecture des énoncés cités, nous comprenons alors mieux que ce qui pouvait être une certitude pour les Américains est au contraire mis en doute par l’énonciateur qui, par là, dénonce le fait que la promesse faite (« c’est promis ») n’est pas tenue et opère, par conséquent, une forte critique contre l’auteur de la promesse, notamment le gouvernement américain qui permet l’envoi des SMS à travers un dispositif de messagerie automatique.
A partir du cas cité, nous pouvons formuler les hypothèses suivantes, étroitement reliées entre elles :

1) pour qu’il y ait de l’ironie, il faut qu’il y ait une désattente de l’horizon d’attente, ce qui normalement atteint la cohérence du texte13 ;
2) cette désattente n’est jamais gratuite, comme dans le comique, mais vise une dénonciation14, notamment aux dépens d’une cible ;
3) cette dénonciation demande une double mise à distance, à savoir d’un côté entre l’énonciateur et la cible de l’ironie, de l’autre entre l’énonciateur et son dit. Ce dernier aspect concerne le jeu polyphonique entre le sujet déictique (locuteur) et le sujet modal (énonciateur) qui critique la cible.

L’ironie suppose alors une construction de sens qui repose sur un triangle15 constitué par l’énonciateur, la cible, et la communauté discursive censée actualiser le sens et l’effet ironiques. Autant l’énonciateur prend ses distances de la cible, autant il se rapproche de sa communauté discursive, raison pour laquelle l’ironie se lie étroitement à l’identité des groupes. Dans le cas cité, la journaliste critique le gouvernement américain et par contraste s’identifie avec toute une communauté discursive anti-américaine, telle la société française à l’époque de la seconde guerre en Irak.
Venons maintenant à d’autres cas qui permettent d’évaluer en contexte si les hypothèses ci-dessus peuvent être considérées comme valables plus en général. Cette fois-ci il s’agit d’un texte concernant l’accord sur la Constitution européenne lors de la présidence italienne de Silvio Berlusconi à l’Union européenne16 :

Dans une ambiance pesante, les dirigeants européens ont entamé, hier après-midi, une négociation marathon, en vue d’arracher d’ici à dimanche un accord à vingt-cinq sur la future Constitution européenne. Maître de cérémonie, le premier ministre italien espère conclure son marathon avant l’heure du déjeuner dimanche, pour pouvoir regarder à la télévision un match de football qui opposera le Milan AC aux Argentins de Boca Juniors.

Dans ce cas aussi, l’effet ironique se déclenche à partir d’un décalage par rapport à un sens attendu : la première partie du texte parle d’« ambiance pesante » alors que la suivante présente l’attitude désintéressée du premier ministre italien. En ce sens, c’est également l’hétérogénéité diaphasique qui joue comme indice d’un décalage. On s’attend à un discours de politique internationale, et voici qu’on retrouve des interférences du discours sportif. Il faut préciser que le discours de presse est hétérogène de manière constitutive, mais qu’ici cette hétérogénéité vise la critique et joue comme élément renforçant l’effet ironique.
Nous sommes en présence d’un plan embrayé au contexte d’énonciation et pourtant il n’y a pas de traces du sujet déictique, puisqu’il n’y a rien qui laisse supposer que le sujet modal (« arracher », « espère conclure ») correspond au sujet déictique, le verbe « arracher » se référant plutôt aux dirigeants européens et l’‘espoir de conclure’ se rattachant au premier ministre italien. Cependant, le plan embrayé, mais surtout les sous-entendus (le premier ministre italien renvoie à Berlusconi, dont il faut savoir qu’il est également le PDG du Milan, une équipe italienne de football), supposent une co-construction de sens de la part de la communauté discursive, censée partager l’avis de l’énonciateur contre Berlusconi. Ce dernier est donc tout particulièrement la cible de l’effet ironique, même si, dans le reste de l’article, l’ironie atteint aussi les autres dirigeants de l’UE.
De même dans les articles de Danielle Rouard, correspondante en Italie pour Le Monde, la journaliste montre souvent un positionnement ironique vis-à-vis de la situation politique italienne. Ainsi, à propos des contestations en « ronde » des citoyens italiens en mars 2002 contre le gouvernement Berlusconi, elle dit17 :

Ils ont déjà leurs idoles : Francesco Saverio Borrelli, le vieil aristocrate devenu meneur par amour de la légalité ; « Pancho », le professeur florentin qui fut jadis l’un des dirigeants de Potere operaio, un des groupes maoïstes durs de la fin des années 1960 ; Antonio di Pietro, l’ancien policier de droite qui fut le procureur vedette de l’opération « Mains propres », quitta la magistrature en 1994, faillit entrer dans le premier gouvernement Berlusconi, est aujourd’hui député européen de sa propre formation – l’Italie des valeurs – et bat la campagne pour défendre l’indépendance de la justice ; Francesco Caruso, le jeune leader des No Global de Naples, avec ses rebelles encore plus jeunes des centres sociaux autogérés.

La cible de l’ironie est double : il s’agit à la fois des manifestants et de la gauche italienne, les premiers parce qu’ils pensent qu’il suffit de forums improvisés pour s’opposer efficacement à la politique du gouvernement, la deuxième parce qu’elle a perdu tout intérêt à effectuer une véritable opposition. Ainsi, dans l’extrait cité, l’ironie passe par la délégitimation des idoles des manifestants : un vieil aristocrate, un professeur surnommé « Pancho », un juge qui avait essayé en vain d’être enrôlé par Berlusconi, un jeune rebelle suivi par des rebelles plus jeunes que lui… Le décalage se fait entre l’attente d’un guide politique efficace et la description d’idoles douteuses. Encore une fois, il faut la coopération du lecteur pour déceler l’effet ironique, même si ici la dénonciation n’utilise pas de sous-entendus mais elle fournit des éléments explicites qui ne demandent qu’une lecture attentive et complice de la communauté idéale. Le sujet déictique est toujours absent et la modalisation axiologique est actualisée par le lecteur, qui co-construit le sens voulu du sujet modal.
Nous nous rendons compte, alors, que toutes les hypothèses de départ sont confirmées. Cela dit, il faut pourtant réfléchir sur un élément fondamental que nous n’avons pas encore considéré jusqu’à maintenant : l’interculturalité. Si l’effet ironique se déclenche en contexte par la co-construction de sens du co-énonciateur, dans notre cas la communauté idéale que le journaliste vise comme communauté complice aux dépens d’une cible, il est licite de se demander si la culture d’appartenance du lecteur / de la communauté joue un rôle particulier dans cette co-construction. Si, par exemple, nous revenons sur les cas analysés, il va de soi que la communauté idéale qui va déclencher le sens et l’effet ironique est d’emblée une communauté de culture française, ayant à l’esprit un certain stéréotype de l’Américain (belligérant) et de l’Italien (improvisateur). Il faut alors se demander si un étudiant / lecteur italien actualisera de la même manière qu’un lecteur français le sens et l’effet ironiques. Il lui faudra sans doute un savoir encyclopédique et une compétence interculturelle appropriée. Cela dit, il faut aussi être avisé sur la manière exclusivement française de faire et d’entendre l’ironie. Ce qui peut susciter de l’humour en France pourrait ne pas avoir le même effet en Italie et vice-versa. En ce sens, l’étude comparative de Scavée - Intravaia18 sur l’italien et le français, notamment par rapport aux « complexes » des langues, c’est-à-dire aux tendances différentes que ces deux langues auraient déjà sur le plan de l’entendement, nous montre que le fait de s’exprimer dans une langue produit une conceptualisation différente, même pour ce qui concerne notre notion. Déjà dans la langue, en effet, on trouverait inscrite une tendance différente à la réalisation de l’ironie, le français ayant, selon Scavée – Intravaia un complexe dit de Voltaire qui consisterait justement en une forte aptitude à la désacralisation et à l’ironie, là où par contre l’italien adopterait une aptitude différente, marquée par le complexe de St. François, c’est-à-dire par une forte empathie envers les personnes et par une sorte d’humanité. Non seulement donc les deux langues montreraient une attitude différente des Français et des Italiens par rapport au réel, mais, ajoutons-nous, il y a tout un savoir culturel, entre autre les stéréotypes, qui diffère et qui ferait que ces deux cultures réalisent différemment le sens d’un même énoncé. Ainsi, l’ironie du premier des cas analysés plus haut suppose non seulement un public anti-américain qui partage un même stéréotype des Américains, mais aussi une manière d’entendre l’ironie particulière à la culture française. De même, un étudiant italien aurait du mal à ‘rire’ et à accepter la critique des inefficacités italiennes en politique et pourrait en attribuer la raison à l’attitude ‘snob’ que les Italiens attribuent normalement par stéréotypie aux Français19.
Tout ce que nous venons de dire témoigne de l’importance à favoriser en classe une étude attentive de l’ironie en tant qu’instrument permettant d’accéder à l’imaginaire collectif et à une deconstruction raisonnée des stéréotypes en fonction de l’identité des groupes. En ce sens, pour arriver à cerner une définition générale de l’ironie qui tienne en compte des hypothèses précédentes et d’une approche contextuelle et interculturelle, nous proposons le cas d’un article se présentant sur un ton satirique qui se fonde justement sur l’ironie.

3. L’analyse de l’article « L’obsession philo-américaine » de Serge Halimi20

L’article de Serge Halimi prend pour cible l’écrivain Jean-François Revel, auteur du livre « L’obsession antiaméricaine », publié par Plon en 2002. Dans ce livre Revel critique tous ceux qui ont condamné les Américains, l’auteur marquant son positionnement de sympathisant des USA. Dès le début, l’article d’Halimi se pose sur un ton ironique en proposant un titre qui est une parodie21 du texte source: la publication « L’obsession antiaméricaine » de Revel devient « L’obsession philo-américaine » du titre d’Halimi, ce qui fonctionne aussi comme alerte au lecteur sur la manière de lire l’article. En ce sens, un autre indice textuel suit de près : l’article commence en effet par la litote « Jean-François Revel n’est pas un dissident ordinaire ».
La litote est une figure de style qui est étroitement liée à l’ironie22 et qui, ici, donne tout de suite le ton satirique de l’article, fonctionnant à la fois de captatio benevolentiae. A confirmer que le lecteur avisé est sur la bonne piste, il y a ensuite les guillemets sur « critique », soulignant une mise à distance de l’énonciateur par rapport justement à une critique qui adule Revel et qui pour cette raison est mise en doute. La présence d’un lexique utilisé de manière métaphorique et rattaché tant au discours militaire et à la dissidence (dissident, samizdat, poursuivre, audace, plonger son fer, ennemi, combat, adversaire totalitaire, victoire…) que religieux (sacrer, fustiger, apocalyptique, empire du Mal…) sert à évoquer une sorte de scénario contribuant à la lecture ironique23. D’ailleurs il y a aussi une composante pamphlétaire sous-jacente qui vise la dénonciation du style de Revel et de sa critique envers l’anti-américanisme. Mais il y a aussi le renvoi au stéréotype de l’Américain belligérant et anti-islamique. Normalement la critique passe par une forte co-construction de sens de la part de la communauté discursive idéale. Le sujet déictique est pourtant présent dans l’article, là où Halimi utilise un ton satirique de façon explicite comme dans « le pamphlet reaganien de Revel fourmille d’erreurs », où la signature de l’article permet de relier de façon indirecte la modalité de l’énonciateur au sujet Halimi.
Plus en général, c’est par l’ironie que la construction de la critique se produit parfaitement. La communauté est appelée à décoder les nombreuses modalités autonymiques, qui fonctionnent de manière axiologique pour rendre manifeste le positionnement de l’énonciateur. Ainsi en va-t-il pour « critique », « débats »… Mais les guillemets servent aussi à relever les antiphrases24, comme pour le verbe « oublier » :

Il « oublie » ce simple fait, irréfutable […] Revel « oublie » ici de signaler que la représentativité démographique du Sénat américain est plus défectueuse encore.

L’antiphrase fonctionne ici de critique, laissant entendre au lecteur qu’il ne s’agit pas vraiment d’un oubli, mais plutôt d’une volonté d’omettre des données fondamentales. Le même effet est obtenu par des questions rhétoriques (« Revel ignore-t-il… ») ou simplement par l’assertion, comme dans le cas « Pourtant, question sélection des preuves, l’ouvrage est un bijou », où la cataphore « question sélection des preuves » fonctionne comme antiphrase par rapport au titre du paragraphe qui suit immédiatement après « Des erreurs à foison ».
Il y a donc plusieurs indices qui demandent une lecture attentive de la part de la communauté, mais qui supposent aussi un stéréotype commun sur lequel se fonde l’effet ironique. Bref, le déclenchement du sens et de l’effet ironique se fait sur la base d’un esprit d’appartenance au groupe : on renforce le lien à sa propre communauté aux dépens de la cible. Au fond l’ironie n’est qu’un moyen pour réaffirmer son identité et l’appartenance culturelle à une communauté qui fonde son union sur une doxa partagée. Le jeu identitaire se fait aussi en réitérant le stéréotype de l’autre.
Ainsi, l’effet ironique final, où les mots de Revel sont repris dans un jeu parodique de renversement, représente le climax de la satire qui peut alors se clore par la lecture, ou mieux la relecture, de l’image. Cette dernière acquiert, après la lecture de l’article, un sens bien différent du sens qu’elle avait dans le contexte américain de la seconde guerre mondiale, quand elle fut affichée pour la première fois. L’image à elle seule montre comment l’ironie est effectivement liée au contexte, mais aussi au savoir partagé de la communauté qui l’actualise, et notamment aux stéréotypes à partir desquels cette même communauté célèbre son identité retrouvée.
Dans l’image, nous trouvons des éléments qui, indépendamment du contexte, s’actualisent d’une façon bien précise : ainsi, par exemple, la lecture diachronique des trois moments temporels qui, de gauche à droite et de haut en bas, produisent la représentation des Américains sur l’axe diachronique. Cela dit, ces trois moments acquièrent un sens différent selon que le contexte considéré est le contexte de la première parution de l’affiche en 1943 (C1) ou bien selon le contexte de parution de l’affiche dans l’article d’Halimi en 2002 (C2). Par rapport au C1, l’axe diachronique s’actualise par la triade hier – aujourd’hui – demain ; par rapport à C2 les trois moments s’actualisent par la triade avant-hier (1778) – hier (1943) – demain.
Indépendamment du contexte, il faut que le lecteur fasse appel au savoir encyclopédique concernant l’histoire américaine, notamment les événements liés à l’indépendance américaine, pour ce qui est du premier moment indiqué (1778). Les baïonnettes, le drapeau originel des premiers USA, les costumes de l’époque sont autant d’iconèmes25 qui aident à évoquer le sens voulu. Ensuite, le deuxième moment (1943), à savoir le présent pour le contexte de parution de l’affiche, renvoie aux soldats américains engagés dans la seconde guerre mondiale. Le troisième moment temporel, par contre, est représenté par le slogan en bas de l’affiche traduit en français par « Les Américains combattront toujours pour la liberté », où le fait de souligner l’adverbe temporel renvoie justement à la lecture diachronique voulue. Par rapport au C1, où l’affiche était destinée à une communauté américaine dont on souhaitait l’adhésion à l’effort de guerre, l’image se lit de manière littérale comme l’exaltation d’un peuple qui retrouve son identité autour de l’idéal commun d’une liberté fondée sur l’indépendance (« liberty »). Le sens s’actualise en effet autour de deux guerres, celles de 1778 et de 1943, vécues comme deux guerres d’indépendance, la première vis-à-vis de l’Angleterre, la seconde vis-à-vis des nazis. Le slogan en ce sens renforce cette idée de continuité et de célébration d’un esprit communautaire censé animer la nation et qui s’inspire d’idéaux atemporels comme la liberté et l’indépendance. Par contre, l’actualisation en C2 est absolument différente. Cette fois-ci, la communauté qui va actualiser le sens de l’affiche est une communauté anti-américaine qui, aux trois moments temporels retracés, ne voit que la confirmation du stéréotype de l’Américain belligérant. En ce sens, le futur du slogan ne fonctionne plus comme célébration d’un idéal atemporel (la liberté) autour duquel le groupe est censé retrouver son identité, mais il devient une confirmation au fait que les Américains fondent leur propre identité sur la guerre, en faisant semblant de combattre au nom de grands idéaux, tout comme Revel fait semblant d’« oublier » des détails en fait fondamentaux qui invalident sa thèse philo-américaine. Pour que l’affiche puisse se lire en C2 de manière parodique, et donc ironique, il faut que la communauté actualisant le sens réaffirme son identité aux dépens d’une cible dont on affiche le stéréotype.
L’ironie peut alors devenir la base pour une étude lexiculturelle, au sens de Galisson26, puisqu’elle donne accès aux représentations doxales des différentes cultures et notamment aux stéréotypes. D’ailleurs, comme le précisent les auteurs de la recherche pour l’ECML de 2000-2003,

It is important for the language teacher to be aware of these differences so as not to give students the impression that an advertising image [mais nous pouvons ajouter aussi les images dans les articles des journaux et également les textes écrits] can directly supply them with the codes and references of the target culture. The work of the teacher in intercultural mediation is additionally to point out stereotypes fashioned for the culture of the Other, while revealing prejudices emanating from his or her own or the home culture. Is is thereby possible to enrich the acquisition of cultural knowledge, and through the relativisation of cultural manifestations give access to understanding of the Other, of the Other’s culture27.

4. Conclusion : vers une définition empirique de l’ironie

Par ces quelques exemples d’analyse conduite aux paragraphes précédents nous avons retrouvé quelques traits fondamentaux caractérisant l’ironie et nous avons essayé de retracer des indices pour son repérage à l’intérieur d’un texte. Comme l’ironie est un phénomène qui se déclenche en contexte et qui nécessite d’un savoir doxal partagé pour produire l’effet souhaité par l’énonciateur, il nous a semblé correct de tenir compte d’une approche interculturelle. En ce sens, parmi les stratégies pour développer en classe de langue une compétence interculturelle dans la recherche 2000-2003 pour l’ECML les auteurs proposent de :

establish conceptual tools independent of national categories, wich are currently indirectly used in linguistic description. This measure help to remedy the distortions wich, though pointed to in the framework, result from inadequately mastered representations of foreign and end up creating cacophony at the European scale [...]28

En reprenant les trois points exposés dans le deuxième paragraphe (désattente, dénonciation, mise à distance), nous nous rendons compte que nous avons trois outils conceptuels neutres : une violation de la cohérence du texte, une critique et un positionnement précis de la part de l’énonciateur sont tous des éléments qui peuvent être utilisés par n’importe quelle culture mais qui, à la fois, permettent de retrouver l’ironie tout en en contextualisant le mécanisme de déclenchement.
Pour ce qui est des indices de l’ironie, les modalités axiologiques et autonymiques facilitent à la fois le repérage du positionnement de l’énonciateur et le fait de retracer la cible. Les hétérogénéités aident par contre à relever le décalage qui produit la désattente au niveau d’une isotopie ou bien d’un parcours cohérent d’actualisation du texte, tant au niveau informationnel que pragmatique… Nous sommes là encore en présence d’instruments somme toute neutres, qui s’adaptent à n’importe quel contexte culturel tout en produisant des pratiques variées.
En utilisant ce type d’approche l’apprenant pourra prendre conscience des représentations doxales liées aux cultures et apprendre à les déconstruire. En ce sens, une prise de conscience réelle devrait permettre de conceptualiser les stéréotypes non plus de manière négative, comme des formes du savoir qui ne servent qu’à ironiser sur l’autre, mais de manière neutre comme des clés d’apprentissage des représentations que l’autre peut avoir de notre culture.
Si nous voulions alors redéfinir l’ironie à partir de la description que nous en avons faite jusqu’ici, tout en dépassant et englobant à la fois l’approche de la rhétorique traditionnelle, nous pourrions dire que l’ironie est

une stratégie énonciative de représentation critique de l’objet du discours qui s’appuie sur le savoir partagé d’une communauté culturelle.

Et qu’

elle consiste en un décalage qui atteint la cohérence du texte et qui a pour but pragmatique la réaffirmation de son identité culturelle via une dénonciation produisant un double positionnement de mise à distance chez l’énonciateur.

Pour finir, il est à remarquer, que la dénonciation, tout en étant un élément constitutif de l’ironie, n’en est pourtant pas le but ultime, ce dernier étant plutôt identitaire.

Annexe

raus1

L'obsession philo-américaine

Par SERGE HALIMI
Jean-François Revel n'est pas un dissident ordinaire. Ses samizdats sont publiés par Plon, adulés par la « critique » et vendus à des dizaines de milliers d'exemplaires. On le poursuit, mais pour lui offrir des prix littéraires. « Le Monde des livres » vient de le sacrer « l'honneur des intellectuels (1) ». Sa notoriété lui est supplice - il l'a confié dans deux livraisons de la revue Commentaires -, mais elle lui permet de voir chacun de ses textes, souvent identique au précédent, devenir l'objet de tous les « débats ». Il siège à l'Académie française et au jury Interallié, il chronique au Point, France-Culture ne peut plus se passer de lui.
Autant d'influence confère quelques audaces. Celle de fustiger l'« obsession antiaméricaine » d'un pays, la France, qui n'a presque jamais cessé depuis dix ans de guerroyer aux côtés des Etats-Unis - 1991 (Golfe), 1999 (Kosovo), 2001-2002 (Afghanistan). Celle aussi de plonger son fer et sa plume dans les flancs d'une désinformation qu'il prétend généralisée (2). Sur la violence scolaire en France, par exemple : « Bien entendu, le sujet est tabou » (p. 156) (3). Sur notre histoire contemporaine : « La chronique des crimes du communisme fait toujours l'objet d'une vigilante censure » (p. 270). Sur la réalité américaine : « Le dénigrement des Etats-Unis occupe les neuf dixièmes de la pensée française » (p. 237).

Un registre apocalyptique

Une fois l'ennemi identifié - « le refus de l'information vraie et vérifiable sur les Etats-Unis et sur les ennemis de la démocratie » (p. 15) -, Jean-François Revel, de l'Académie française, le combat avec abnégation. Mais, sans doute parce qu'il se croit encore encerclé par des adversaires totalitaires, certaines de ses techniques rhétoriques méritent d'être qualifiées de stalino-reaganiennes.
Un tel hybride correspond d'ailleurs aux méthodes et aux parcours de toute une fraction de la droite intellectuelle américaine, proche de Jean-François Revel, lequel cite plusieurs de ces néoconservateurs (Norman Podhoretz, Gertrude Himmelfarb, Dinesh D'Souza). L'admiration est mutuelle : alors qu'aux Etats-Unis nul ou presque ne connaît Alain Duhamel ou Pascal Bruckner, les ouvrages de notre académicien sont souvent traduits (celui-là le sera presque certainement) et il est apprécié de l'intelligentsia ultraconservatrice qui appuie en ce moment M. George W. Bush dans ses divers efforts humanitaires. Déjà, en août 1984, Mme Jeane Kirkpatrick, alors ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, citait le nom de Jean-François Revel dans un discours célèbre fustigeant devant la convention du Parti républicain ses compatriotes (démocrates) qui « ne cessent d'accuser d'abord l'Amérique » (« They always blame America first »). Les Américains antiaméricains, en somme (4).
Depuis dix ans, les néoconservateurs sont veufs. Leur ennemi préféré, le communisme, ne menace plus guère, la grande querelle de leur vie (qui s'achève) est épuisée. Mais au lieu de célébrer leur victoire, de se reposer (et de nous reposer) un peu, ils ont conservé ce registre apocalyptique qui structure leur identité. Ils affectent donc de croire que l'ennemi - détruit, récupéré, en déroute - rôde encore dans les murs. Le communisme n'est pas mort, il ruse ; le loup s'est grimé en grand-mère, mais pour mieux nous manger. Terrorisme, islamisme, antimondialisme, multiculturalisme constitueraient alors les derniers avatars de l'indéboulonnable empire du Mal.
Jean-François Revel, avec l'assurance que procure la certitude de compter au nombre des essayistes français qui se sont le plus trompés sur tout (Alain Minc est son seul vrai rival en la matière), s'acharne lui aussi, au risque de radoter. En 1981, il entrevoyait que l'élection de François Mitterrand transformerait la France en démocratie populaire (5). Il fut tout aussi certain que M. Mikhaïl Gorbatchev escomptait avec sa « perestroïka » endormir l'Occident pour mieux le détruire. Certes, désormais, chacun encense et cite notre académicien du Point, on entonne même la rengaine qu'il préfère, celle du « Nous sommes tous américains ». Pourtant, « l'honneur des intellectuels français » se méfie, assuré qu'on veut toujours sa mort et celle de la petite hyperpuissance généreuse qu'il défend contre toutes les médisances.
Le pamphlet reaganien de Revel fourmille d'erreurs ; il n'en a cure : nul ou presque ne les relèvera, la critique littéraire française étant avant tout mafieuse. Car qui lit encore les ouvrages de journalistes, surtout académiciens, avant de se prosterner au jour dit, celui de leur sortie ? Avoir vu et entendu Revel partout depuis un mois permet de mieux comprendre la directrice littéraire de sa maison d'édition : « On aime bien publier des auteurs qui peuvent intéresser les médias. Tous les éditeurs qui vous diront le contraire mentent (6). »
Revel souligne que « la fausseté n'a jamais empêché une vue de l'esprit de prospérer quand elle est soutenue par l'idéologie et protégée par l'ignorance » (p. 25). C'est là le théorème qui guide son dernier livre. Son architecture intellectuelle est simple : il construit un ennemi fantasmatique, puis il s'en gausse. La cible de Revel agrège ainsi « l'antiaméricanisme d'extrême droite » et « celui d'extrême gauche » qui auraient en commun « pour moteur la haine de la démocratie et de l'économie libérale qui en est la condition » (p. 16). Cela donne des raccourcis du genre : « Les émeutiers d'extrême droite, le 6 février 1934, à Paris, se dirigeaient vers le Palais-Bourbon dans le dessein d'en forcer l'entrée et d'en chasser les députés- exactement ce que font les antimondialistes aujourd'hui à l'échelle internationale contre les "sommets" » (p. 67).
Si on voulait retourner contre l'auteur cette technique de l'amalgame, il serait facile de lui opposer les nombreux passages de son ouvrage qui, en des termes récupérables par l'extrême droite, évoquent tantôt « la haine pour l'Occident de la majorité des musulmans vivant parmi nous » (p. 129), tantôt « le mépris absolu des lois de la République que professent et appliquent tant de Beurs » (p. 171). Sans oublier, à propos des attentats antisémites en France : « C'est donc bien en tant que communauté que les musulmans en attaquent une autre » (p. 177).
Une fois le pâté « antiaméricain » composé d'un mélange de cheval xénophobe et d'alouette internationaliste, son cuisinier juge le plat... mal équilibré : « Les deux traits les plus voyants de l'antiaméricanisme obsessionnel [sont] la sélection des preuves et la contradiction interne du réquisitoire » (p. 257). Pourtant, question sélection des preuves, l'ouvrage est un bijou.

Des erreurs à foison

Examinant les conditions de l'élection de M. George W. Bush à la Maison Blanche, Revel réfute les critiques d'autant plus commodément qu'il choisit les plus mauvaises. Et qu'il « oublie » ce simple fait, irréfutable : l'actuel président a obtenu 540 000 voix de moins que son adversaire. Par ailleurs, évoquant - ou évacuant - la question un peu gênante de la peine de mort aux Etats-Unis, notre auteur indique que « le gouvernement fédéral n'a pas toujours le pouvoir d'imposer ses préférences aux législateurs des Etats, qui adoptent ou abrogent leurs lois propres en fonction des voeux exprimés par leurs électeurs sur place » (p. 256). Revel ignore-t-il le rôle décisif en la matière de la Cour suprême, dont tous les membres sont nommés à vie par le président et confirmés par le Sénat, lesquels siègent à Washington ?
Au regard de « l'Union des Etats américains » (sic), notre académicien estime que le caractère moins démocratique de l'Union européenne serait attesté par le fait que « le poids respectif de chacun des pays européens au Parlement et à la Commission n'a que de lointains rapports avec leur poids démographique réel » (p. 50). Revel « oublie » ici de signaler que la représentativité démographique du Sénat américain est plus défectueuse encore (le Wyoming avec ses 494 423 âmes élit deux sénateurs, comme la Californie et ses 34 501 130 habitants).
L'auteur nous révèle que, « durant les cinq décennies qui viennent de s'écouler, l'Amérique latine dans son ensemble a progressé d'environ 5 % par an » (p. 91). Hélas, pour prouver une conclusion aussi stupéfiante, Revel se fonde sur une étude... de 1985. Est-ce vraiment la dernière qu'il ait parcourue sur le sujet ? Mais peu importe en vérité : quand les données observables contredisent la vertu d'un capitalisme que Revel défend aveuglément, il les impute au communisme d'antan. L'Afrique, « seul continent du tiers-monde où ait eu lieu une effective paupérisation absolue », devrait ainsi son malheur à ce qu'elle a « adopté en majorité les systèmes soviétique et chinois ». Enfin, sitôt que la Maison Blanche conduit une politique internationale impériale, l'auteur l'absout par avance et conclut : « Ce sont les mensonges de la partialité antiaméricaine qui fabriquent l'unilatéralisme américain » (p. 300).
Au fond, Jean-François Revel a raison sur un seul point : « La bonne foi ne peut rien contre la mauvaise » (p. 94).
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(1) Roger-Pol Droit, « Jean-François Revel au combat », Le Monde, 13 septembre 2002.
(2) Elle épargne toutefois Le Point, Le Monde, Le Nouvel Observateur, L'Express, Le Figaro et autres périodiques marginaux, dont Revel n'oublie pas de saluer nommément les journalistes vedettes.
(3) Les pages indiquées renvoient toutes au livre de Jean-François Revel, L'Obsession antiaméricaine, Plon, 2002.
(4) Sur ce concept d'« antiaméricanisme », lire « Un mot de trop » et « Les « philo-américains » saisis par la rage », Le Monde diplomatique, mai 2000.
(5) Jean-François Revel, La Grâce de l'Etat. Alain Minc avait annoncé en 1986 (Le Syndrome finlandais, Seuil) la colonisation mentale de l'Europe par l'Union soviétique...
(6) Muriel Beyer, directrice littéraire de Plon, Le Figaro, 4 juin 2002.

Bibliographie générale

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Articles cités

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Notes

↑ 1 (2002) : Dictionnaire d’analyse du discours, Paris, Seuil.

↑ 2 (1984) : Le Dire et le dit, Paris, Minuit.

↑ 3 Nous renvoyons au texte de Florence Mercier – Leca (2003 : L’ironie, Paris, Hachette, chap. I) pour les différentes définitions d’ironie et un excursus historique sur la notion.

↑ 4 Ibidem, p. 37.

↑ 5 Pour les problèmes liés à ce type de compétence, cf. Geneviève Zarate et alia - eds (2004) : Cultural mediation in language learning and teaching, ECML, Council of Europe publishing.

↑ 6 C’est par exemple l’approche de Kebrat-Orecchioni, comme le fait remarquer Florence Mercier – Leca, op. cit., p. 24.

↑ 7 A entendre comme l’activité qui repère un modèle collectif figé [voir Amossy, Ruth et Anne Herschberg Pierrot (1997) : Stéréotypes et clichés, Paris, Nathan, p. 49-50.

↑ 8 Il s’agit d’un article paru dans Le Monde du 2 avril 2003.

↑ 9Nous avons, bien évidemment, élargi la notion d’horizon d’attente proposée par H.-R. Jauss en 1978 dans son texte Pour une esthétique de la réception (Paris, Gallimard).

↑ 10 Op. cit., p. 6.

↑ 11 En effet, c’est la violation de la cohérence sémantique ou bien pragmatique d’un texte qui déclenche l’effet ironique, produisant une désattente de l’horizon d’attente du lecteur.

↑ 12 A ce propos nous renvoyons à l’article de Rabatel (2005) « La part de l’énonciateur dans la construction interactionnelle des points de vue », Marges Linguistiques, n. 9, p. 115-136.

↑ 13 Le décalage est un phénomène en fait plus complexe, pouvant atteindre non pas forcément le contenu propositionnel du texte, mais aussi sa cohérence pragmatique ou à d’autres niveaux du texte (thématique…).

↑ 14 En ce sens nous ne partageaons pas l’avis de Florence Mercier-Leca (cf. op. cit. p. 80) selon laquelle l’ironie peut avoir des intentions communicatives autres que la critique. On passe là, nous semble-t-il, à d’autres formes du rire, notamment le mot d’esprit, qui pourtant diffère justement de l’ironie au sens où son but est d’abord, nous semble-t-il, celui de célébrer le wit / l’esprit de l’énonciateur, avant même les mécanismes psychanalitiques analysés par Freud (op. cit., p. 214).

↑ 15 Voir aussi Florence Mercier-Leca, op. cit., p. 71-72.

↑ 16 Il s’agit de l’article d’Alexandrine Bouilhet « Le marathon sur la constitution mal engagé », paru dans Le Figaro du 13-14 décembre 2003.

↑ 17 Il s’agit de l’article « Un nouveau type de contestation se développe face à M. Berlusconi », paru dans Le Monde du 3-4 mars 2002.

↑ 18 Il s’agit du texte Traité de stylistique comparative de l’italien et du français, Bruxelles, Didier, 1979.

↑ 19 C’est d’ailleurs ce qui s’est passé dans quatre classes italiennes quand nous avons terminé la lecture de l’article avant d’en faire l’analyse.

↑ 20 Dans Le Monde diplomatique de novembre 2002 (voir Annexe).

↑ 21 Rappelons que la parodie est une forme littéraire qui intègre l’ironie et qui s’appuie sur un jeu transtextuel constitutif du genre parodique. Ainsi, la parodie reprend de manière ironique un texte source (voir F. Mercier-Leca, op. cit., p. 99-100).

↑ 22 Voir Ibidem, p. 45, mais aussi Jankélévitch qui définit la litote comme la forme naturelle de l’ironie (op. cit., p. 80).

↑ 23 Souvent l’évocation d’un scénario crée à l’intérieur du texte une forte isotopie permettant un double parcours de lecture d’un article et de compensation du manque de cohérence que l’utilisation de l’ironie peut parfois produire (voir par exemple l’article Avis de tempête ! paru dans Le Figaro du 6 mars 2002).

↑ 24 Rappelons que l’antiphrase consiste dans l’« emploi d’un mot ou d’un groupe de mots dans un sens contraire à sa véritable signification par un souci stylistique, par ironie » (Larousse).

↑ 25 L’iconème est une expression de Tomas Maldonado (1993), qui définit cette notion comme une image « in grado di fornire, con un minimo di informazione, un massimo di riconoscibilità » (Reale e virtuale, Feltrinelli, Milano, p. 37-38).

↑ 26 Pour une vision d’ensemble des notions introduites par Galisson, nous renvoyons au texte édité par M.T. Lino et J. Pruvost (2003) : Mots et lexiculture, Champion. Cette étude est centrée sur les mots mais elle fournit également une vision d’ensemble de l’œuvre de Galisson et de ses applications empiriques.

↑ 27 Zarate, G. et alia, op. cit., p. 230.

↑ 28 Ibidem, p. 234.

Pour citer cet article :

Rachele Raus, L’ironie à l’épreuve des textes : vers une définition empirique de cette notion, Bouquets pour Hélène, Publifarum, n. 6, pubblicato il 05/02/2007, consultato il 12/12/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=40

 

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