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Le sourire de Danaé. Lexique et instances discursives dans les présentations des centres de thalassothérapie

Mariagrazia Margarito



Emprisonnée par son père Acrisios, roi d’Argos, dans une tour de bronze (ou aux portes de bronze) Danaé fut séduite par Zeus qui s’était transformé en pluie d’or. Ils eurent un enfant, Persée.
Ainsi la mythologie. Il en reste le mythe éternel du bonheur physique par imprégnation d’eau et de lumière, qui nous a toujours poussée à voir la réactualisation de cet épisode mythologique dans l’assurance du bien-être corporel et de l’esprit qu’énoncent les textes de présentation et de promotion de la thalassothérapie. Nimbé d’eau et de lumière un corps nouveau nous attend, qui se souvient du corps ancestral à dominante aquatique dont l’être humain est issu.
Voici donc le sujet de la présente étude : à partir d’un corpus de catalogues de centres de thalassothérapie en Bretagne, catalogues sur support papier et site internet1, textes mixtes de messages linguistiques et de messages iconiques nous irons voir tout spécialement les « mots pour dire » ce bien-être, cette osmose parfaite (nous anticipons là un maître terme) du corps avec l’eau, l’air et les éléments qui les composent.
Les catalogues que nous avons analysés sont ceux des Thermes marins de Saint-Malo (automne 2005)2, du Centre Roc Kroum de Roscoff (automne 2005)3, de la Thalasso Douarnenez (printemps 2006)4, et du site thalasso.com5. Dans tous ces documents la redondance de certains lexèmes ne peut qu’être révélatrice de données lexicales et sémantiques dont la prévisibilité témoigne de la mise en place de caractéristiques descriptives dans ces textes, de même qu’au niveau textuel les données procédurales mobilisent l’aspect illocutoire de l’invitation au calme, à l’élimination du stress par l’abandon à la nature environnante qui, elle, ne peut œuvrer que pour notre bien.
Quant au choix de cette typologie textuelle et du sujet, depuis quelques années désormais nous privilégions dans nos recherches des textes qui accompagnent notre vie quotidienne, dans les lieux où nous habitons et où nous travaillons, ces textes dont est meublé notre univers langagier et qu’on regroupera sous l’appellation générique de discours ordinaires : annuaires, catalogues, cartes postales, affiches, dépliants et prospectus publicitaires, guides touristiques…6 Parmi les catalogues, ceux de la thalasso, ancienne méthode de soins qui recourt à l’action combinée de la mer, de ses composants et de ses dérivés (les oligo-éléments, les algues et les boues), de l’air et du climat marins.
L’eau, la mer comme moyens pour guérir étaient déjà connus et utilisés chez les Romains (salus per aquam) et chez les Grecs (Hérodote, Ve siècle av. J.-C., les couplait avec le soleil pour soigner grand nombre de maladies, notamment les affections gynécologiques ; pour Euripide « La mer lave tous les maux des hommes », citation reprise d’ailleurs dans le catalogue d’un Institut de thalassothérapie7).
En Europe, le médecin anglais Charles Russel publie vers 1750 un ouvrage fondateur en ce qui concerne les soins par l’eau de mer, The Use of Sea Water ; en France, en 1778 un des tout premiers centres de soins par l’eau de mer est ouvert sur la plage de Dieppe par Lepec de la Clôture. En 1789, l’année de la Révolution française, le docteur Maret fait paraître un traité sur La manière d’agir des bains d’eau douce et d’eau de mer et de leur usage.
Parmi les nombreux centres de thalasso dont se parent les côtes bretonnes l’Institut marin Roc Kroum de Roscoff a fêté en 1999 son premier centenaire de la fondation. Le mot thalassothérapie est lui-même d’origine française, formation savante formulée par le docteur de la Bonnardière en 1867. Afin de mieux cerner la thalasso dans une optique médicale en 1986 est fondée la Fédération Internationale de Thalassothérapie « Mer et santé ». C’est elle qui donnera la définition officielle suivante :

Dans un site marin privilégié, la thalassothérapie est l’utilisation combinée, sous surveillance médicale et dans un but préventif et curatif, des bienfaits du milieu marin qui comprend : le climat marin, l’eau de mer, les boues marines, les algues, les sables et autres substances extraites de la mer8.

Ces quelques jalons historiques posés, notre attention va se focaliser sur les catalogues eux-mêmes (les sites internet en sont ordinairement une reproduction fidèle). Il s’agit de publications élégantes, souvent très soignées, format 21 x 30, comprenant de 16 à 32-40 pages environ, avec encarts et fiches pour les réservations, les tarifs des traitements et des programmes (remise en forme, minceur, soins jeune maman, aide au sevrage tabagique, etc.), de l’hébergement et des repas .
Le message iconique est séducteur, couleurs douces, féminines où se déploie toute la palette des bleus, des turquoise et des blancs. Le code chromatique9 dans ces icones inclut le rose-blanc du sable et des coquillages et la couleur chair (léger hâle, pas de bronzage marqué) de la peau féminine (les femmes sont majoritaires dans ces catalogues), le rose miel des saunas, des chambres, de certains salons d’hôtel, le vert profond des bains d’algues.
Si nous examinons le code du regard 10, les femmes et les hommes photographiés dans nos catalogues nous regardent (dialogue je-tu), mais plus souvent encore regardent ailleurs, vers l’indéfini du grand large (le plan du récit selon Benveniste ?), ou bien encore, les yeux sont baissés, ou fermés, dans la contemplation d’une félicité intérieure, due à un bien-être apaisant, à l’oubli de ses propres malaises ou infirmités physiques. Doux sourire aux lèvres – qui peuvent être entrouvertes - , le sourire de Danaé enveloppée par la pluie (les embruns) dorée (la luminosité des bords de mer).
Au niveau textuel nous avons cité les discours procéduraux qui parcourent ces textes et les informent. «Dire de faire, et comment faire» pour ce bien-être extraordinaire qui se construit, justement, si les procédures sont dûment suivies :

Entrez et laissez le charme agir (TD, 4)11

C’est dans ce cadre chaleureux que vous pourrez faire voyager vos sens autrement, au gré de vos envies (TD, 12)

Franchissez les portes du rêve (TMS, 10)

Choisissez le forfait ou les soins qui vous interpellent, vous réchauffent à leur seule évocation (TMS,
13).

Charme, rêve, évocation : cet univers extraordinaire est là, à portée de la main, véritable caverne d’Ali Baba, sans toit ni murs, où une instance dialogale s’installe même avec les soins : les nommer fait partie de l’enchantement puisqu’ils sont là et vous interpellent .12
Les données procédurales qui s’actualisent ici en discours par des impératifs et des futurs sont savamment agencées et l’injonction est estompée par le contexte : le rêve, l’appel du grand large, la douceur et la chaleur (au sens propre : du soleil, de la plage, de l’eau des piscines, au sens figuré : de l’accueil) :

Partez pour de longues balades […] Appréciez le charme et l’authenticité de l’Ile de Batz (CR,11)

tout est là pour convaincre et pousser à l’action13, action dont le propre est d’appartenir à d’autres, éléments de la nature environnante, personnel soignant, personnel de l’hôtel. Comme dans les contes de fée, des mains sont là pour vous soigner, vous masser, vous materner (dans les icones aussi, de nombreuses photos de soins montrent le corps soigné et des mains soignantes).
Ces catalogues sont donc des textes mixtes par la co-présence de l’iconique et du linguistique, et genre discursif hybride où l’on retrouve le discours promotionnel dominant, mais savamment entrelacé au discours scientifique (les composants et les dérivés de la mer, le climat marin, les propriétés de l’eau de mer, des soins). Très important, ingrédient d’amalgame, le discours descriptif qui ne cache pas quelque ambition littéraire :

C’est ici, en Cornouaille maritime, que la mer vient trouver refuge pour livrer aux hommes ses plus
prestigieux trésors (TD,3)

Fermez les yeux et laissez-vous envelopper de douceur. Terre d’Asie, d’Afrique, d’Arizona. Equatoriale ou du Nouveau Monde, autant de destinations exotiques complices de votre bien-être (TSM, 11).

La présence des discours procéduraux a déjà été évoquée, mais ce qui caractérise l’hybridité de ce genre discursif c’est la caution que chacun des genres apporte à l’autre : le discours scientifique cautionne le discours promotionnel et procédural, le discours procédural à son tour cautionne les descriptions, surtout lorsqu’elles utilisent des procédés chers à la littérature, et qu’on pourrait par là apparenter à la paralittérature de voyage14.
L’émetteur de l’énonciation est indéterminé : l’institution, les dirigeants du centre de thalasso avec toute leur équipe. L’invitation aux soins, l’explication des bienfaits du climat et des cures – discours à vocation didactique – est balancée entre nous et vous :

Nos médecins, spécialistes en médecine du sport et rééducation fonctionnelle, vous conseillent, après examen médical, un programme de soins adaptés (TMS,5)

Particulièrement tonifiante, l’eau de mer utilisée dans les soins d’hydrothérapie et en aquagym effectue une pression naturelle sur tout le corps […] Vous retrouverez ainsi la légèreté de vos jambes (TD, 10).

Au niveau de la micro-linguistique, le lexique, nous irons voir ce qui concourt à établir le réseau de sens pour le « bien-être », d’après la thalasso, et les rapports qui se tissent en discours entre le curiste, le milieu naturel (la mer, le paysage), le milieu médical et le milieu d’accueil, de confort (l’hôtel, la résidence, le restaurant).
Parmi les lexèmes à plus haute fréquence dans les catalogues cités : corps, bien-être, détente, mer, air 15:

Cure équilibre. Destinée aux personnes en bonne santé, cette cure permet d’être à la fois bien dans son corps, bien dans sa tête et bien dans son alimentation (TD, 8)

Le corps a besoin de retrouver son énergie (CR, 13)

La meilleure prise en charge de soi-même passe bien sûr par la détente, mais aussi par une activité physique (TMS, 13)

Niché au creux de la baie de Douarnenez et bien protégé des vents, le centre de thalassothérapie vous fait immédiatement profiter des bienfaits de l’air marin (TD, 7)

L’eau, l’air, les algues, le climat : une synergie exceptionnelle d’éléments naturels (CR, 4).

Les rapports curiste-environnement sont révélateurs et utiles pour fixer la specificité du bien-être pour la thalasso et pour justifier à nos yeux la récupération du mythe antique de Danaé.
Le bien-être implique ici l’individu à deux niveaux, au moins : niveau physique (esthétique y comprise), et niveau mental.
Participent au premier
• des éléments naturels : l’air, l’eau, la mer, le climat, la pression atmosphérique16
• les soins : algothérapie, biocéalgues, reminéralisation, remise en forme, massages, palper-rouler, bain bouillonnant, affusion manuelle, enveloppement d’algues… A noter l’utilisation du lexique de spécialité. Certains catalogues présentent d’ailleurs de petits glossaires explicitant les caractéristiques de chaque soin.
Quant au bien-être mental, il est redevable lui aussi
• à des éléments naturels : la mer, l’océan, l’air, le paysage, les couleurs, la lumière
• au cadre qui entoure le curiste. Différents composants pour ce cadre :
- composants humains (les médecins, le personnel soignant, les diététiciens, le personnel d’accueil à l’hôtel, au restaurant)
- composants architecturaux (terrasse sur l’océan, point de vue sur la baie, fauteuils profonds, verrières, piscine panoramique sur la mer, utilisation de matériels naturels tels que le bois).
Les uns dans les autres et pour les autres, le télescopage cadre naturel cadre architectural, paysage naturel, paysage urbain peut être surprenant, quoique convergeant vers le but suprême du bien-être :

Ici les marées sont les plus grandes d’Europe. Protégée par ses remparts, la cité corsaire participe à l’état de bien-être. Captivante, libre, rassurante, elle offre son caractère et sa force (TMS, 3).

Par imprégnation, dirait-on, le paysage, la ville, l’Histoire sont des éléments qui participent du bien-être au même titre que les algues et les oligo-éléments. Enveloppé d’eau, de lumière et de paysages le corps à soigner libère le stress et l’échange se fait, échange global, sans effort de la part du curiste. Se laisser aller, ne pas s’opposer à la nature océane qui est devant vous et va vous absorber. L’extérieur pénètre dans l’intérieur et l’intérieur relâche ce qui le crispe, le fait souffrir, le raidit.

L’attirance du grand large

Tous les catalogues dépouillés, sites web y compris, font l’unanimité en ce qui concerne d’une part les spécificités des soins et de l’autre le but des cures, ce bien-être somme toute assez vague et jamais défini avec précision. Redondants par contre des champs sémantiques vers lesquels convergent sèmes et sémèmes de ces textes.
Au niveau rhétorique, de métaphore en métonymie (« couleurs, lumières océanes », «voguer vers le bien-être »), sinon en synesthésie (« respirer la clarté », « plage baignée d’air vif ») les opposés finiront par se rencontrer et l’inversion rhétorique respectera la boucle bouclée, circularité parfaite si chère à l’antiquité : d’une part l’ouverture vers l’infini d’un horizon à peine cerné par une ligne, de l’autre le repli, le retour sur soi pour se ressourcer et repartir vers ce même quotidien stressant qu’on vient de quitter.
Pour parvenir au bien-être il suffit d’un pas et le seuil franchi nous voici envahis, éblouis : tous nos sens sont mis à contribution par l’eau, l’air :

Franchissez les portes-fenêtres et posez un pied sur le balcon… La mer, votre voisine, frappe à votre oreille (TMS, 14).

Le paysage, venons-nous d’affirmer, est un aimant comme l’air marin, le vent, la mer. Sans limites et de partout, il suffit que la rencontre se fasse et une des caractéristiques du bien-être thalassothérapeutique est justement cette globalité, cette totalité : l’union tant souhaitée du corps avec l’univers des bords de mer.
L’eau des soins (piscines, eaux bouillonnantes, cols de cygne) n’est qu’une reproduction à peine retouchée (eau chaude, jets sciemment dirigés vers les zones souffrantes du corps) de la nature, une mise en abyme d’où on peut émerger à tout instant : quitter la baignoire, la piscine, l’aquatonic pour aller à la plage, plonger dans la mer.
Les données architecturales sont là pour magnifier le paysage, le contraire du trompe-l’œil. Architecture tremplin vers la vraie nature, la mer véritable, mais aussi architecture protection puisque les larges baies vitrées, les passerelles sur les rochers séparent de la façon la plus manichéenne qui soit le bien du mal, la mer amie de la mer ennemie :

Depuis cette nouvelle piscine qui surplombe les rochers, vous pourrez profiter de tous les bienfaits de l’eau de mer en jouissant de la vue panoramique exceptionnelle offerte sur la baie de Roscoff (Wth).

La mer se donne en spectacle et le curiste peut choisir quand en faire partie. Par le regard le paysage marin est là à jamais, et par les yeux – sinon par les pores de la peau – il déteint en nous.

L’osmose

Champ sémantique, voire thème dominant (comme l’a été l’attirance du grand large) , clef de voûte de toute la construction discursive de nos catalogues pour souligner les traits les plus pertinents des soins et du bien-être de la thalasso, moyens et fin de cette thérapie qui se veut proche de la nature, l’osmose est bien un maître terme. Echange, apports d’éléments nécessaires à l’organisme, élimination des toxines, oxygénation des tissus : va-et-vient salutaire, qui plus est, vital, comme le souffle, la respiration : inspiration, expiration, sudation, réhydratation, notre anatomie a besoin de ces oppositions, nulle vie sans ces mouvements contraires. Mouvements de la mer aussi : flux, reflux, marées.
L’osmose («Phénomène de diffusion qui se produit lorsque deux liquides ou deux solutions de concentrations moléculaires différentes se trouvent séparés par une membrane semi-perméable laissant passer le solvant mais non la substance dissoute» nous dit le dictionnaire17) prévue par notre corpus d’étude connaît une étape préparatoire , l’exposition, où le corps est exposé à la lumière, à l’air, à l’eau matrice, aux soins, et elle s’accomplit , suivant les éléments, par captation: la lumière encore (soleil, réverbération d’où surenchère de bienfaits) et assimilation : par la peau (contact du soleil, de l’eau, des algues, des boues) :

Par phénomène d’osmose à travers la peau, ces composés biologiques [ceux de la mer] agissent directement sur l’organisme, en le purifiant et en lui apportant les éléments nécessaires à sa santé. L’eau de mer a également un pouvoir hydrostatique important qui facilite le mouvement articulaire et contribue à la tonification et à la détente musculaire (Wth).

En ce qui concerne la lumière, alors que l’éblouissement extérieur participe de l’osmose et que la nature elle-même capture le curiste, lequel « élimine les tensions, le surmenage » , les toxines, à l’intérieur des centres de thalasso, dans les salles de soins, les salles d’attente, la lumière est tamisée, douce, modulée sur un ton mineur si nous voulons la comparer à une composition musicale. Feutré et aquatique, l’univers bulle de la thalasso ne peut en aucun cas heurter ni exciter le curiste. Tout est mis en place – scénario et comparses – pour que les acteurs principaux (les curistes clients) se livrent à un maternage perdu ou oublié.

La régression fœtale

Le refrain des discours qui sillonnent ces catalogues est celui d’un retour aux origines fœtales, non pas pour sombrer dans le néant de la pré-conception, mais pour se ressourcer. La symbolique liquide amniotique – eau de mer – mer (mère ?) berceau de l’humanité est puissamment évoquée ; le sème /liquidité/ jalonne nos catalogues presque à chaque paragraphe.
L’exposition à la lumière, à la chaleur est l’étape préliminaire à l’osmose, comme nous l’avons vu, pendant laquelle tout curiste se métamorphose en Danaé prête, offerte à l’eau bienfaisante et fécondante18 (eau brumisée, légère pluie des aérosols, par exemple, dans notre contexte).
L’imposant dispositif de soins, d’architecture dialoguant avec le paysage, de soucis diététiques et esthétiques prédispose à l’acceptation d’être materné. Par la phase contemplative - « entrer dans un repos ouaté », TMS, 6 - les synergies cadre naturel (le climat, le paysage des bords de mer), cadre artificiel (le centre de thalasso, l’hôtel, le restaurant), loisirs (randonnées, golf, voile) s’actualisent pour que le curiste « [quitte] la frénésie du quotidien » (TMS, 5). L’univers qui le cloisonne, malgré l’appel du grand large, est disposé à l’écoute, à la convivialité (dans la communication la fonction conative y est éblouissante), afin qu’il réapprenne à écouter son propre corps : c’est la régénérescence par conséquent, si naturelle, si anatomique puisque la densité de l’eau de mer et celle du corps humain sont proches. La régression fœtale est un alibi exceptionnel : profiter du temps et du lieu, être là, corps chouchouté par les soins et par la nature environnante comme le bébé dans le ventre ou dans les bras de sa maman, être là donc, mais ailleurs aussi, puisque l’invite est pressante à laisser flotter l’imaginaire et les rêves.
L’évasion sans le déplacement, autre mythe majeur de l’humanité quand l’ailleurs vient à nous se réalise pendant un séjour thalasso. La mer changeante modifie le paysage, celui-ci à son tour acquiert son identité par la mer : dialogue d’énergies entre les deux, dont profitera le curiste, pour qui retrouver son énergie, suite à la régression fœtale, signifie récupération de l’équilibre corps esprit.
Une fois de plus, le vieil adage « mens sana in corpore sano » ne sera pas démenti.

Références bibliographiques

ADAM, Jean-Michel, « Types de textes ou genres de discours ? Comment classer les textes qui disent de et comment faire ? », Langages, n. 141, 2001, p. 10-27
ADAM, Jean-Michel, La linguistique textuelle : introduction à l’analyse textuelle des discours, Paris, Armand Colin, 2005
BARTHES, Roland, Communications, n. 4, 1964
CANALIS, Giorgia, Lessico francese della salute e del benessere : cataloghi della talassoterapia (2003-2004), tesi di laurea, Università degli studi di Torino, Facoltà di Lingue e letterature straniere, a.a. 2003-2004
Le Petit Robert électronique, Paris, Le Robert, Havasinteractive, 1997
MARGARITO, Maria Grazia, «Paris italianissimo? Dénominations italiennes des Pages Jaunes: lexique, stéréotypes, image des autres», Etudes de linguistique appliquée, n. 97, janvier-mars 1995, p. 31-41
MARGARITO, Maria Grazia (dir.), L’Italie en stéréotypes. Analyse de textes touristiques, Paris, L’Harmattan, 2000
MARGARITO, Maria Grazia, Lecture(s) de l’affiche publicitaire, CDRom accompagnant le volume Cahier de lecture(s) de l’affiche publicitaire, MARGARITO, Maria Grazia (dir.), Fasano di Puglia / Paris, Schena Editore, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003



Notes

↑ 1webmaster@www.thalasso.com (dorénavant Wth).

↑ 2Dorénavant TMS.

↑ 3Dorénavant CR.

↑ 4Dorénavant TD.

↑ 5La recherche au départ ne s’était pas limitée à ces quelques catalogues, cf. CANALIS, Giorgia, Lessico francese della salute e del benessere : cataloghi della talassoterapia (2003-2004), tesi di laurea, Università degli studi di Torino, Facoltà di Lingue e letterature straniere, a.a. 2003-2004, toutefois le corpus de travail dont nous rendons compte ici est représentatif de la totalité des catalogues dépouillés.

↑ 6MARGARITO, Maria Grazia, «Paris italianissimo? Dénominations italiennes des Pages Jaunes: lexique, stéréotypes, image des autres», Etudes de linguistique appliquée, n. 97, janvier-mars 1995, pp. 31-41; MARGARITO, Maria Grazia (dir.), L’Italie en stéréotypes. Analyse de textes touristiques, Paris, L’Harmattan, 2000.

↑ 7Catalogue qui ne fait pas partie du présent corpus: Institut Miramar Crouesty. On y trouve aussi – la littérature comme caution – la célèbre citation d’après Baudelaire : « Homme libre toujours tu chériras la mer ».

↑ 8Voir Historique dans le site www.thalassofederation.com.

↑ 9Nous renvoyons à l’imposante littérature concernant la lecture des codes iconiques, à partir de l’incontournable «Rhétorique de l’image» de Roland BARTHES, Communications, n. 4, 1964.

↑ 10Cf. MARGARITO, Maria Grazia, Lecture(s) de l’affiche publicitaire, CDRom accompagnant le volume Cahier de lecture(s) de l’affiche publicitaire, MARGARITO, Maria Grazia (dir.),Fasano di Puglia / Paris, Schena Editore, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003.

↑ 11Les chiffres après le sigle indiquent la page de référence du catalogue.

↑ 12En paraphrasant un titre bien connu: «Quand dire c’est soigner»…

↑ 13ADAM, Jean-Michel, « Types de textes ou genres de discours ? Comment classer les textes qui disent de et comment faire ? », Langages, n. 141, 2001, p. 10-27 ; id., La linguistique textuelle : introduction à l’analyse textuelle des discours, Paris, Armand Colin, 2005.

↑ 14Cf. WERLY, Nicole, « De cliché en fil d’Ariane. Voyage à travers l’Italie des revues de voyage », MARGARITO, Maria Grazia (dir.), L’Italie en stéréotypes. Analyse de textes touristiques, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 71-125.

↑ 15Sur un corpus de départ de cinq catalogues CANALIS, G. cit., établit un tableau de fréquence de 30 lexèmes, dont les 10 premiers sont : corps, eau de mer, soins, massage(s), mer, bien-être, détente, beauté, peau, relaxation.

↑ 16«La pression barométrique plus élevée augmente la teneur en oxygène, l’océan adoucit les écarts thermiques et la lumière est renforcée par la réverbération: tout concourt au bien-être», TD, 7.

↑ 17Le Petit Robert électronique, Paris, Le Robert, Havasinteractive, 1997, s.v. osmose.

↑ 18Danaé est sujet très fréquenté en peinture: le Titien, il Correggio, Greuze, Gustave Moreau, Klimt…

Pour citer cet article :

Mariagrazia Margarito, Le sourire de Danaé. Lexique et instances discursives dans les présentations des centres de thalassothérapie, Bouquets pour Hélène, Publifarum, n. 6, pubblicato il 05/02/2007, consultato il 18/11/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=8

 

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