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Maxime PIERRE


Si la Francophonie est bien cet espace où le français n’est pas vécu comme un centre mais comme l’une des variables en relation, alors l’aire caribéenne, qui précisément doit sa richesse culturelle et linguistique à la cohabitation et au métissage de plusieurs langues et cultures, se révèle particulièrement stimulante pour la réflexion contemporaine. L’adoption d’une approche comparatiste considérant aussi la production anglophone et hispanophone, permet de rendre efficacement compte d’une réalité socio-littéraire complexe et multiforme et nous parait particulièrement pertinente dans le cadre d’études sur les Caraïbes. Ces contributions témoignent en effet du caractère interculturel/transculturel de problématiques communes qui, au-delà des frontières linguistiques, se déclinent sous des formes plus ou moins marquées par les particularités locales.

Au croisement entre les questions de pluralité linguistique, d’identités culturelles (négritude, créolité, créolisation et antillanité), d’histoire et d’historicisation (esclavage, colonisation et émancipation, assimilation, métissage et auto affirmation), de création et de réflexion théorique entre retour aux sources et postmodernité (oralité et avant-gardes), globalisation et politiques régionales, l’aire dont nous avons choisi de nous occuper constitue ainsi le laboratoire d’une véritable ouverture sur le monde, ce que nous avons essayé de restituer dans les articles publiés ici.

Ce numéro, aboutissement de la journée de la francophonie de l’Université de Vérone de 2008 et enrichi par les textes de spécialistes ayant répondu à notre appel à contributions, s’organise autour de quatre grands volets:

1. «Rhizomes: identités à l’épreuve du divers» explore l’identité créole envisagée sous le signe de la diversité et de la relation. Resituée par Michel Beniamino dans le cadre des sciences humaines, la réflexion déconstructionniste deleuzienne sur les identités telle qu’elle est déclinée par Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant, est explicitée aussi par Samia Kassab qui développe la notion de diversalité comme alternative à l’hégémonie d’identités universalistes. La notion de divers, reprise explicitement par Glissant à Victor Segalen, donne l’occasion de relire trois auteurs littéraires de la période des colonies et de la décolonisation: Saint-John Perse, envisagé par Giovanna Devincenzo, en tant que cosmopolite marqué par une enfance guadeloupéenne, comme écrivain de la créolité, Lafcadio Hearn et Edgar Mittelholzer qui, l’un étant un blanc américain, l’autre un métis guyanais, témoignent dans les articles de Elena Pessini et Francesca Scalinci, d’un rapport complémentaire au divers dans l’espace caribéen.

2. «Voix: énonciations créoles» aborde le versant linguistique de la créolité. Chiara Molinari propose un cadre socio-linguistique d’analyse en reprenant les récits de Chamoiseau et Glissant replacés dans l’espace culturel martiniquais, où coexistent français et créole. Cette problématique est également envisagée par Gianni Tomiotti dans l’espace jamaïcain au travers des premières fictions d’Olive Senior, qui mettent en scène les conflits linguistiques et culturels dans les Caraïbes anglophones. Du côté de la pragmatique des discours, Antonella Emina envisage ensuite comment l’indéfinition identitaire créole crée chez Léon Damas une énonciation caractérisée par l’instabilité de la référence pronominale. Enfin, l’analyse de la deixis conduit Emmanuel Augustin Ebongué et Irène Ngampoua à prendre en compte, dans La Case du commandeur d’Edouard Glissant, un autre aspect de l’énonciation caribéenne: la manière dont elle renvoie à un ailleurs africain perdu.

3. «Échos: variables en relation» explore les résonances de la problématique créole en plusieurs lieux périphériques ou lointains. En comparant l’histoire de la Louisiane à celle des Caraïbes, Cécilia Camoin propose une relecture de cette région continentale comme espace créole. La procédure comparatiste prend une dimension philosophique dans l’étude consacrée par Brian Muñoz à Maria Zambrano pour qui Porto Rico constitue un laboratoire de pensée politique pour l’Occident. Dans le domaine romanesque, l’article de Carla Fratta et Anna Giaufret montre, quant à lui, les échos d’un même événement historique dans la littérature martiniquaise et corse. Dans le domaine théâtral, Emanuele Monegato explique comment la réécriture de La Tempête de Shakespeare permet à John Agard de questionner simultanément l’identité de la Guyane et celle de son colonisateur britannique, tandis que Bernard Urbani analyse à partir d’autres réappropriations de cette pièce, la convergence de mêmes idéaux anticoloniaux sur la scène martiniquaise d’Aimé Césaire et maghrébine de Tahar Ben Jelloun. Entre littérature et cinéma, Mireille Brangé envisage finalement comment Denis Laferrière décrit, dans l’adaptation de ses nouvelles et à l’écran, l’impact réciproque provoqué par la rencontre d’Américaines blanches avec de jeunes Créoles haïtiens.

4. «Traces: mémoire et histoire» tâche, pour conclure ce recueil, de montrer l’élaboration d’un rapport spécifiquement caribéen à l’Histoire, fréquemment rapporté à la thématique de la trace. Paola Ghinelli propose tout d’abord un usage de la notion de trace comme instrument herméneutique de la littérature caribéenne, dans la mesure où cette notion sert de matrice à de nombreux récits. La trace sert également de point de départ à Marinella Termite qui montre comment les repères géographiques organisés en cadences viennent se substituer à la mémoire douloureuse laissée par les traces de l’esclavage. Cristina Fiallega envisage ensuite un rapport apaisé aux traces de différentes cultures musicales et religieuses dans la musique des Caraïbes. Par contraste, Julia Borst montre, au travers des récits haïtiens contemporains, comment ce même motif peut s’avérer douloureux et lancinant, répétant indéfiniment les marques ineffaçables de l’Histoire.

La «créolité», envisagée par Edouard Glissant comme une «poétique de la relation», donne une nouvelle impulsion à la réflexion contemporaine. La résonance de ce paradigme - où se lisent désormais en filigrane les pères fondateurs de la Négritude - se développe aussi bien temporellement, puisqu’elle invite à relire le passé et à appréhender le futur, que spatialement puisqu’elle trouve des échos à la fois dans des zones voisines et lointaines des Caraïbes. Ce volume ne prétend pas, loin s’en faut, épuiser l’extrême richesse d’une aire géographique placée, en tant que lieu de croisement, d’échange et de métissage de langues et de cultures, sous le sceau d’une inépuisable multiplicité. Nous espérons toutefois que ces contributions convaincront de l’intérêt des problématiques des Caraïbes dans le champ des études dites francophones et au-delà et qu’elles pourront témoigner de l’importance de la production culturelle de cette région du monde qui, loin d’être une périphérie, impose de plus en plus sa centralité dans le regard contemporain sur l’humanité.


Pour citer cet article :

Maxime PIERRE , Présentation, Les Caraïbes: convergences et affinités, Publifarum, n. 10, pubblicato il 15/02/2009, consultato il 24/05/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=111

 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

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