Numéros publiés


2017| 28 27
2016| 26 25
2015| 24 23
2014| 22 21
2013| 20 19 18
2012| 17
2011| 16 15 14
2010| 13 12 11
2009| 10 9
2008| 8
2007| 7 6
2006| 4
2005| 3 2 1
2004| 0

Lectures

Carnets de lectures

Actualités

Appel à comm

Prochains Numéros

La revue

Ligne éditoriale

Comités de rédaction

Normes de rédaction

Mentions légales

Versione PDF

La définition en contexte dans la communication technique asymétrique: stratégies et enjeux

Hélène Beciri


Le processus de définition se trouve au centre des activités langagières. Qu’il s’agisse de l’apprentissage de la langue par les enfants, de la pratique d’une langue seconde, de l’appropriation de concepts nouveaux liés à des données techniques ou culturelles, toutes les situations de développement linguistique donnent lieu à la production de séquences définitoires.
A côté des définitions formalisées présentes dans les dictionnaires, les définitions en contexte jouent un rôle important dans l’acquisition des compétences lexicales et notionnelles indispensables à la communication. Présentes dans les échanges verbaux sous formes d’actes du langage ordinaire (RIEGEL 1990), elles se retrouvent en grand nombre dans les textes, qu’ils soient généralistes ou spécialisés.
A l’intérieur de cet ensemble, nous nous intéresserons aux séquences explicitantes rencontrées dans les textes techniques visant des lecteurs non-experts, dans le domaine des nouvelles technologies: revues informatiques pour utilisateurs, documentation de produits, sites internet1. Ces textes font partie des écrits dits de divulgation (DESMET 2006), mais ils sont à distinguer des discours de vulgarisation, car ils visent le plus souvent un objectif plus précis, qui est l’appropriation de savoir-faire et de connaissances opératoires (BECIRI 1999).
Ce type de communication se caractérise entre autres par un traitement particulier de l'explicitation lexicale. Contrairement aux ouvrages lexicographiques qui construisent des réseaux définitionnels hors contexte – même si certains usages et collocations s'y trouvent signalés – , les textes visant un public peu spécialisé utilisent un ensemble de stratégies définitoires visant à éclairer le sens des termes en discours. Ceci permet aux lecteurs d'accéder au contenu technique proposé sans recourir à un dictionnaire, et de se construire progressivement une représentation générale du domaine.
Ces stratégies, que l'on retrouve partiellement à l'oeuvre dans la presse généraliste, sont indispensables à l'intercompréhension entre locuteurs aux niveaux de compétence différents. Leur étude fait notamment apparaître une interaction forte entre lexicologie, terminologie et pragmatique, au service de l’élucidation du contenu, et donne à réfléchir, entre autres, sur la difficulté de certains choix terminologiques.

I. Discours spécialisés et transmission des connaissances

La définition est un enjeu fondamental dans la transmission des connaissances. On oppose souvent dans ce domaine l’approche lexicographique et l’approche terminologique, qui diffèrent à la fois dans leurs présupposés et leurs méthodes.

I.1. Cadre de la désignation
La différenciation traditionnelle entre mot (langue générale) et terme (langue spécialisée) porte sur la précision de la désignation: les mots de la langue n’auraient que des virtualités de sens, à préciser en contexte de discours, tandis que le terme, objet d’un choix prescriptif, serait censé désigner un objet spécifique – concret ou abstrait (DE BESSE 1990).
La norme ISO 1087 (1990) consacrée au vocabulaire de la terminologie définit ainsi objet, notion et terme:

Objet: Elément de la réalité qui peut être perçu ou conçu.
NOTE - Les objets peuvent être matériels (par exemple: moteur) ou immatériels (par exemple: magnétisme).
Notion: Unité de pensée constituée par abstraction à partir des propriétés communes à un ensemble d'objets.
NOTE - Les notions ne sont pas liées aux langues individuelles. Elles sont cependant influencées par le contexte socioculturel.
Terme: Désignation au moyen d'une unité linguistique d'une notion définie dans une langue de spécialité.
NOTE - Un terme peut être constitué d'un ou de plusieurs mots (terme simple ou terme complexe) et même de symboles.

Dans cette perspective, la définition est vue comme absolue, liée à l’essence de l’objet; le terme qui le désigne ne peut correspondre qu’à un concept unique, il sera donc univoque dans le domaine considéré; « les notions, entités conceptuelles, priment en terminologie sur leurs expressions, linguistiques ou non, considérées en fait comme des variables, certes importantes, mais inessentielles » (RASTIER 1996).
La terminologie classique se place ainsi sur le plan de la notion, ou concept2, dont la valeur est réputée universelle3, et pose d’emblée l’univocité du terme dans un domaine spécialisé. L’exactitude nécessaire des définitions et la monosémie supposée du terme spécialisé contrasteraient ainsi avec la polysémie du lexique général; d’où les critiques fréquentes des spécialistes sur les textes dits de vulgarisation, qu’ils accusent de manquer de précision et d’exactitude dans l’emploi des termes ou leur définition.
Dans cette perspective classique, les « langues de spécialité » sont avant tout perçues comme régissant l’usage des spécialistes du domaine, usage précis qui leur serait pratiquement réservé (KOCOUREK 1982). Cette vision du discours scientifique ou technique « sérieux » contraste avec le regard porté sur la langue générale – celle des non spécialistes, des profanes – dont le sens et les usages seraient plus flous, voire déformants.

I.2. Le terme, forme linguistique
François Rastier résume ainsi cette vision classique de la terminologie: « un concept est le signifié d'un mot dont on décide de négliger la dimension linguistique » (RASTIER 1996). Le terme n’est cependant pas un objet à part, mais bien une unité lexicale (mot ou expression) choisie pour désigner de façon spécifique, dans un cadre de communication précis. C’est donc également une forme linguistique, qui à ce titre participe au fonctionnement général du langage (CABRE 1998).
Les mots comme les termes s’inscrivent dans des discours de genres variés, et l’observation des corpus montre que le comportement des termes en discours est loin d’être aussi prédictible que le suppose la terminologie classique: « si l'on prend les termes pour point de référence, on doit convenir que les textes instaurent entre eux, modifient et problématisent des relations bien plus riches que n'en retiennent les divers formats de représentation des connaissances. Les textes ne sont pas faits de mots, pas plus qu'un domaine ne se réduit à une collection d'individus » (RASTIER 1996).
On constate ainsi des évolutions dans l’usage des termes, des allers-retours fréquents entre usages spécialisés et langue générale, qui aboutissent souvent à l’enrichissement de cette dernière. Enfin, les néonymes n’ont pas toujours pour origine des textes spécialisés, et leurs premiers utilisateurs « ne sont pas toujours les spécialistes, mais très souvent les divulgateurs » (DESMET 2006).
Le triangle sémantique terme/notion/objet (ou mot/concept/chose) ne suffit pas à rendre compte des rapports entre le terme, unité lexicale, et son contexte discursif: cotexte et entour situationnel. Il est nécessaire pour y parvenir de s’intéresser aux rapports entre plans complémentaires:
– le plan linguistique au sens strict: signifiant / signifié, relations syntagmatiques et paradigmatiques
– le plan métalinguistique: réflexivité, discours sur le code
– le plan cognitif: domaine de connaissance faisant l’objet du discours
– le plan pragmatico-culturel: situation et enjeux de la désignation.
En effet, si le fonctionnement linguistique au sens strict constitue une première étape évidente de l’étude du terme, l’activité métalinguistique est au coeur du processus définitionnel – a fortiori dans les discours concernés par la transmission de savoir. La connaissance du domaine est un préalable à toute tentative d’exposition ou de traduction raisonnée, et enfin, la prise en compte de l’entour pragmatique et des facteurs culturels liés à l’usage des termes sont des facteurs souvent déterminants dans l’interprétation des textes spécialisés de tous niveaux.
Une des caractéristiques des discours de formation et de divulgation (qu’ils s’adressent à de futurs spécialistes ou à un public plus large) concerne par exemple la nécessité de reformuler pour assurer la transmission du contenu cognitif en jeu. « La monoréférentialité pose des problèmes d’adéquation dans les textes de vulgarisation, où il faut tenir compte à la fois des impératifs de précision de l’information, de fidélité aux sources savantes et d’adaptation aux connaissances présumées du public visé » (LERAT 1995). L’apport terminologique dans ce genre de textes ne peut être que progressif, et le réseau notionnel construit par étapes successives – sous peine d’échec de la transmission.

I.3. Structuration lexicale
Qu’on les considère comme des mots de la langue ou comme des termes, les désignations spécialisées ne sont pas des formes isolées: elles sont regroupées en structures lexicales, et en conséquence elles ne peuvent se définir que les unes par rapport aux autres, en fonction de leur comportement en discours – l’objectif étant la création d’une représentation elle-même structurée. Ces rapports de catégorisation, d’analogie, d’antonymie, ne concernent pas directement les objets du monde, mais les représentations qui en sont créées via le système linguistique; et à ce titre ils peuvent être, et sont très souvent, différents d’une langue à l’autre4. Une tentative de définition indépendante sera vouée à l’échec, car elle ne permettra pas au récepteur de se créer une représentation du système.

II. Parcours de construction d’un système notionnel
La transmission de connaissances dans un domaine spécifique suppose la construction d’un ensemble de représentations qui peut être obtenue, soit par la consultation d’outils de référence, soit par l’exploitation d’indices contextuels.
II.1. Les outils de référence
Encyclopédies, manuels de formation et dictionnaires terminologiques sont les ouvrages traditionnellement recommandés pour acquérir une connaissance approfondie dans un domaine spécialisé. Les ouvrages encyclopédiques et les manuels de formation présentent d’une façon qui se veut exhaustive les réseaux de notions d’un domaine et les termes qui leur sont associés (approche onomasiologique, souvent complétée par un ou plusieurs index). Les dictionnaires terminologiques, monolingues ou plurilingues, offrent de leur côté une approche sémasiologique qui permet théoriquement de reconstituer ces mêmes réseaux par le biais de références croisées.
Dans le cas du dictionnaire terminologique, la présentation d’une nomenclature complète va permettre la comparaison entre définitions de termes qui semblent proches, voire même le parcours intégral d’un micro-domaine spécialisé. L’exploration comparative des définitions, pour des éléments lexicaux qui semblent apparentés, permet de découvrir les liens ou au contraire les différences entre termes, et d’approfondir ainsi sa connaissance du domaine.
A l’aide de ces outils de référence, il est donc théoriquement possible d’aboutir à une vision structurée du domaine ou du champ lexical étudié; mais ce parcours raisonné n’est pas toujours effectif dans la pratique, et le lecteur se heurte parfois à des difficultés.
Certains problèmes tiennent à la conception même des ouvrages; ils ont pour origine des contraintes matérielles dans leur réalisation. Dans le cas des dictionnaires en particulier, la taille de l’équipe éditoriale donne lieu à une parcellisation des tâches qui peut avoir des conséquences sur la cohérence des définitions: des termes apparentés sont parfois définis de façon individuelle, sans lien avec les autres entrées de l’ouvrage, alors qu’ils devraient faire l’objet d’un traitement systématique. Cet objectif d’exhaustivité et de cohérence est spécialement difficile à atteindre pour les dictionnaires terminologiques multidomaines comme le Grand Dictionnaire Terminologique 5 et pour les ouvrages « mixtes » comme le Petit Larousse Illustré – qui se veut à la fois dictionnaire encyclopédique et dictionnaire de langue6.
Côté utilisateur, l’exploitation du jeu des renvois exige du lecteur une forte activité d’interprétation, qui peut se heurter à des obstacles (termes inconnus dans les définitions, niveaux de complexité inadaptés...). En conséquence, le lecteur franchit rarement plus de trois étapes lors d’une recherche donnée, après quoi il va changer d’outil, ou bien abandonner sa recherche (enquête de R. Galisson, citée par LEHMANN 1990).

II.2. L’explicitation en contexte
Les séquences explicitantes figurant en contexte dans les documents destinés aux non spécialistes ont un fonctionnement et des potentialités différents. On en trouve des exemples dans les supports spécialisés (revues, sites Internet) mais aussi dans la presse d’information généraliste: actualités techniques, pages scientifiques des journaux.
Dans ce cadre communicatif, l’objectif est plus ciblé. On présente au lecteur un aspect précis du domaine considéré: nouveau produit, nouvelle méthode... Cette différence de situation induit une différence dans les stratégies adoptées pour l’explicitation lexicale.
Les séquences explicitantes, de longueur et de contenu très variable, visent avant tout un objectif de catégorisation pragmatique; le but est ici encore de structurer les connaissances du lecteur autour de représentations-clés qui vont le soutenir dans sa compréhension du texte. Cependant, cette transmission des connaissances ne va pas se faire par le biais de définitions canoniques et abstraites, mais en situation, à propos d’un thème précis, et en suivant une continuité fonctionnelle.
Les contraintes qui se posent dans ce type de textes sont de nature éditoriale, et liées au genre textuel. Le plus souvent, il n’y a pas de traitement exhaustif possible du domaine présenté. En effet, la presse généraliste offre prioritairement un point de vue sur l’actualité, elle ne vise pas l’exhaustivité. De même, dans le champ de la communication technique, même si l’objectif est plus clairement l’appropriation de connaissances spécialisées, les textes visent le plus souvent l’acquisition d’un savoir ou d’un savoir-faire précis, et non une connaissance encyclopédique du domaine.
Enfin, les rédacteurs se concentrent en général sur un aspect de la réalité évoquée, ce qui va les amener à citer, et expliciter, quelques termes seulement – ceux qui correspondent aux notions indispensables pour comprendre les informations apportées. Seuls les rapprochements ou oppositions les plus saillants vont donc être mis en lumière dans le contexte proche.

III. Les procédés de définition en contexte

III.1. Définitions et public visé
Le degré d’explicitation des termes en discours est inversement proportionnel à la spécialisation du public – chacun peut constater que l’on trouve une plus grande concentration de termes définis dans les textes visant les non spécialistes que dans les échanges entre experts. Cependant, les procédés de définition en contexte sont loin de concerner les seuls lecteurs non spécialistes.
De même qu’il existe des ouvrages de référence visant des publics plus ou moins avertis, de même l’explicitation en discours n’est pas limitée à la seule divulgation vers un public non expert. Elle peut aussi s’adresser aux spécialistes, avec des procédés formels souvent comparables mais un contenu informatif entièrement différent.
Voici un exemple de définition tous publics, extraite d’une source peu spécialisée (article informatif sur le contrôle technique automobile):

Il est préférable d’arriver au centre de contrôle avec une voiture en bon état plutôt que de risquer une « contre-visite » (un nouveau contrôle obligatoire après réparations) à cause de défauts que vous pouvez déceler vous-même.
(Le Particulier n° 1023, mars 2008)

Le terme contre-visite, balisé par des guillemets, est ici suivi d’une explicitation entre parenthèses, rédigée en langage courant, ce qui correspond aux attentes des lecteurs ciblés.
Voici maintenant un extrait d’une note d’information du CERTA, destinée à un public expert7. Cette série de commentaires sur une interface logicielle donne une liste des commandes affichées sur l’écran des utilisateurs non experts (colonne de gauche), et fournit (à droite) une glose à l’intention des spécialistes:

beciri1

8


On voit que l’auteur, dans sa démarche glosatrice, en vient à expliciter pour ses lecteurs une expression qui semble pourtant parfaitement transparente (effacer les éléments supprimés), en utilisant des termes techniques (purge du cache) qui ne sont familiers qu’aux informaticiens.
Cette stratégie, qui peut sembler étrange vue de l’extérieur, répond pourtant également aux besoin des lecteurs visés: en effet, certaines expressions apparemment claires destinées aux utilisateurs peuvent être ambigues sur le plan technique – susceptibles de désigner par exemple des opérations différentes. Il est important pour un administrateur réseau de connaître avec précision la nature des opérations évoquées (ici, effacement provisoire ou définitif, emplacement des données), informations que lui apporte précisément cette glose contextuelle.
Les définitions en contexte destinées aux spécialistes constituent un champ d’investigation à part entière. Dans la description qui suit, je ne m’intéresserai qu’aux stratégies d’explicitation visant les non spécialistes.

III.2. Intérêt d’une approche contrastive
J’ai entrepris depuis plusieurs années de comparer les séquences définitoires rencontrées dans des corpus de textes de même genre – visant des lecteurs non spécialistes d’informatique – mais de langues différentes – français et anglais (BECIRI 1999, 2003). Ce travail m’a amenée à réfléchir entre autres sur les problèmes de traduction qui étaient posés par ce type de séquences, et sur la nécessaire prise en compte des dimensions métalinguistique et pragmatique dans leur analyse.
S’il est bien connu qu’on ne peut traduire un texte sans un minimum de connaissances sur le domaine traité, l’objectif du texte, et les circonstances de sa production, il m’a paru intéressant d’observer les implications de cette contrainte sur l’usage et la définition des termes en discours.
Nous verrons que ceci concerne non seulement les procédés d’élucidation (explicites ou implicites) utilisés, mais aussi les choix des formes elles-mêmes: comment ces formes sont-elles choisies en fonction du public ? Quel est l’apport des termes imagés dans l’élucidation du sens par le lecteur ? En effet, les formes dites motivées jouent un rôle important dans la compréhension du texte, ce qui leur confère souvent une fonction définitoire implicite.
Mais faisons d’abord un rappel des différents types de définition observables en discours. Cette typologie sera illustrée par des exemples récents en français et en anglais, issus de sites Internet visant les utilisateurs non spécialistes.

III.3. Contextes définitoires, contextes explicitants
Les contextes qui éclairent le sens des termes peuvent contenir deux sortes d’indications:
– des informations insérées par le rédacteur afin de préciser le sens des forme utilisées, et que j’ai regroupées sous l’appellation de contextes définitoires (ou définitions au sens large). Ces contextes peuvent prendre la forme de phrases autonomes, de séquences plus brèves (appositions, parenthèses), ou encore de contextes transphrastiques.
– des indices de nature isotopique ou situationnelle, dont la présence dans le texte permet un parcours interprétatif de nature plus indirecte (contextes dits explicitants).
J’ai décrit de façon séparée (BECIRI 2003A, 2003B) le fonctionnement de ces deux types de séquences, mais il existe de nombreux exemples de contextes combinant les deux stratégies.
Les contextes définitoires contiennent souvent un marqueur (fr ETRE / CE QUE C’EST / ON APPELLE, ang BE / MEAN / CALL ou autres) qui souligne l’intention de définir un élément lexical donné. Ce dernier peut être mis en valeur typographiquement dans la séquence (caractères gras, italiques), ou encore balisé par des guillemets. En voici quelques exemples.

Je suppose que chacun d'entre vous sait ce qu'est un lien: un texte sur lequel on peut cliquer pour se rendre sur une autre page.
Le site du Zéro, http://www.siteduzero.com/tutoriel-3-13502-creer-des-liens.html
On appelle «Web» (nom anglais signifiant «toile»), contraction de «World Wide Web» (d'où l'acronyme www), une des possibilités offertes par le réseau Internet de naviguer entre des documents reliés par des liens hypertextes.
Introduction au World Wide Web, http://www.commentcamarche.net/contents/www/www-intro.php3
Dual-booting means installing two operating systems on your computer and, at start-up, choosing which one to launch.
« Dual-Booting Win XP and Vista », PC Magazine, Avril 2007 http://www.pcmag.com/article2/0,2704,2109434,00.asp
RAM is the memory that the computer uses internally to run the programs. The more RAM you have, the better your computer will operate.
Buying a Personal Computer, http://www.rookiescomputers.com/inf/buyapc.html#4

Dans les contextes à indices isotopiques, la mise en relation d’éléments lexicaux voisins permet au lecteur d’inférer le sens d’un terme qui n’est pas défini de façon formelle. Par exemple dans le passage ci-dessous, qui décrit les échanges de données sur Internet, il est possible d’approcher le sens de packet-switched protocols grâce aux occurrences de packet et de switch qui jalonnent le texte (en italiques dans l’original).

How does information travel through the Internet? [titre]
– Data is divided up into packets
– Data routes across the Internet can be switched to avoid congestion
– Entire mechanism is handled by the TCP/IP protocols.
The Internet is based on packet-switched protocols. Information is carried in packets, which can be imagined as small parcels being passed from computer to computer. Large chunks of data are usually broken up into several smaller packets before being sent through the network.
Introduction to the Internet, http://services.exeter.ac.uk/cmit/modules/the_internet/webct/ch-introduction.html

Enfin, dans les contextes à indices visuels ou situationnels, c’est la situation évoquée ou les éléments visuels présents qui vont permettre d’accéder au sens. Ici par exemple, un indice visuel suffit à éclairer le sens de zone de texte:

beciri2

III.4. Association de deux ou plusieurs stratégies
Les éléments de définition formelle sont très souvent renforcés par la présence d’indices isotopiques ou situationnels. Dans l’exemple ci-dessous, le sens des termes bureautique et suite bureautique est ainsi cerné par l’emploi de plusieurs procédés définitoires complémentaires (ici encore, gras et italiques sont d’origine):

Qu'est-ce que la bureautique ? [titre]
On appelle bureautique l'ensemble des moyens et méthodes appliqués aux activités de bureau permettant de traiter informatiquement des informations écrites, visuelles ou sonores. (...) On appelle « suite bureautique » un ensemble de logiciels permettant de répondre aux besoins bureautiques. Une suite bureautique est ainsi notamment composée des logiciels suivants:
– un traitement de texte
– un tableur
– un outil de présentation (appelé parfois préAO ou pre-AO)
– une base de données
– un agenda.
Introduction à la bureautique, http://www.commentcamarche.net/bureautique/burintro.php3

Dans ce passage, le terme bureautique est éclairé à la fois par une définition fonctionnelle (moyens et méthodes permettant de...) et par une isotopie de niveau 19, ou la forme bureau vient éclairer le composé bureautique. Quant au terme complexe suite bureautique, il fait l’objet d’une définition fonctionnelle en compréhension (ensemble de logiciels permettant de répondre aux besoins bureautiques), mais aussi d’une définition en extension, avec la liste des applications les plus courantes. Ces deux procédés sont en outre renforcés par la même isotopie de niveau 1: bureau – bureautique – suite bureautique. Enfin, des marques typographiques viennent encore renforcer ces indices contextuels.
Voici un autre exemple, où le rédacteur combine définition fonctionnelle et référence à la situation (indice visuel):

Le navigateur, c'est le programme qui vous permet de voir des sites web. Si vous lisez ces lignes, c'est donc que votre navigateur est ouvert et que vous l'avez sous les yeux ;-)
Le site du Zéro, http://www.siteduzero.com/tutoriel-3-13475-0-avant-de-commencer.html#ss_part_1

III.5. Forme et contenu des séquences définitoires
L’observation des définitions dans les textes du domaine informatique destinés aux non-spécialistes fait apparaître plusieurs particularités.
III.5.1. Les phrases définitions
Tout d’abord, de façon attendue, la forme de définition canonique avec incluant et spécifiants est l’exception et non la règle – surtout dans les textes anglais. En dehors des glossaires parfois annexés à certains documents, on ne rencontre pratiquement jamais de structure de forme [Terme]: [hyperonyme] [spécifiant].
Les phrases-définition classiques avec copule sont elles aussi plutôt rares. Lorsqu’on rencontre des contextes de ce type, on s’aperçoit que leur contenu informatif est loin de se limiter aux séquences hyperonyme-spécifiants qui caractérisent les définitions de dictionnaires. Voir par exemple ces définitions d’ancre et de moteur de recherche, et la définition anglaise de USB port:

Une ancre, c'est une sorte de point de repère que vous pouvez mettre dans vos grosses pages XHTML. En effet, si votre page est très grande il peut être utile de faire un lien amenant plus bas dans la même page pour amener le visiteur directement à la partie qui l'intéresse.
Le site du Zéro, http://www.siteduzero.com/tutoriel-3-13502-creer-des-liens.html#ss_part_3
Un moteur de recherche10 (Searchbot en anglais) est une machine spécifique (matérielle et logicielle) chargée d'indexer des pages web afin de permettre une recherche à l'aide de mots-clés dans un formulaire de recherche.
Web - Moteur de recherche, http://www.commentcamarche.net/contents/www/moteur-recherche.php3
USB ports are a way to plug external devices into your machine. It allows you to plug a scanner, printer, joystick, or other devices into your machine and have them automatically be detected and start working without much input on your part. Do not buy a system that doesn't include USB ports.
Buying a Personal Computer, http://www.rookiescomputers.com/inf/buyapc.html#4

De fait, dans ce genre de textes, l’information sur les termes suit rarement le modèle classificateur des ouvrages de référence; elle est le plus souvent de nature fonctionnelle.
Ce genre d’information est plus facile à véhiculer dans une phrase définition qui a également une structure fonctionnelle, et on retrouve dans ce nouveau corpus de nombreux exemples de ce choix de formulation.
Les phrases définitions à structure fonctionnelle ne contiennent pas de deuxième membre en forme de paraphrase; l’unité à définir y est très fréquemment associée à un verbe d’action (par exemple PERMETTRE, SERVIR en français, ou USE, ALLOW en anglais), comme dans cette définition de XHTML et de CSS, ou celle de hard drive en anglais.

XHTML ? CSS ? C'est quoi ça ? [titre]
Il existe des langages qui servent à créer des programmes, comme le C++ ou encore le Java. Ces langages sont néanmoins complexes et destinés à des personnes qui ont déjà quelques connaissances en informatique. Les langages XHTML et CSS, eux, servent précisément à créer des sites web, et ils ont été créés de manière à être simples à utiliser. Mon rôle sera de vous apprendre à vous en servir.
Le site du Zéro, http://www.siteduzero.com/tutoriel-3-13475-0-avant-de-commencer.html#ss_part_1
Hard Drive:
The hard drive stores the information and programs in your computer.
Buying a Personal Computer, http://www.rookiescomputers.com/inf/buyapc.html#4

III.5.2. Les structures appositives
L’apposition est le procédé de définition favori de la presse généraliste. On le rencontre aussi dans les textes spécialisés, mais de façon un peu moins répandue11; c’est notamment le cas dans le corpus Internet exploré ici, qui réunit des genres de textes moins variés que ceux de mon étude de 199912.
Les structures de type appositif permettent d’éclairer le sens d’un terme de façon économique, en fournissant dans son contexte aval immédiat des informations concises de différentes sortes, par exemple
– un équivalent lexical plus clair (ici, touche shift = touche majuscules)

Sur les versions les plus récentes de MacOS X, il est possible de démarrer en safe mode. Il s'agit de maintenir la touche "shift" (majuscule, pas "caps lock") enfoncée tout de suite après la mise sous tension de l'ordinateur.
Forum MacBidouille, http://forum.macbidouille.com/index.php?showtopic=34486

– des éléments de définition en extension (ici, les types d’objets que l’on peut appeler volumes)

[organisation des fichiers sur Mac OS X] la racine du disque ( / ) est le plus bas niveau, il y a dedans plusieurs dossiers/fichiers, comme le dossier system, ou encore, le dossier Users, qui contient tous les dossier de départ des utilisateurs
Les autres volumes (autres disques, partitions, CD etc..) sont accessibles dans le dossier Volumes à la racine du disque de démarrage.
Le terminal pour les nuls, http://www.macbidouille.com/articles/164/page2

– une information fonctionnelle (ici, le fait que le système affiche la suite du chemin d’accès)

Pensez à utiliser la touche Tabulation, qui permet la complétion automatique (très pratique pour les chemins)
Le terminal pour les nuls, http://www.macbidouille.com/articles/164/page5

– ou encore la forme développée d’une abréviation, qui suffit parfois à l’élucider:

a typical analogue modem may have a bandwidth (or speed) of 56 kb/s (kilobits per second), and a broadband modem anything between 256 to 2048 kb/s. This compares to the campus ethernet network, which has bandwidths of between 10 and 2000 Mb/s (megabits per second).
Introduction to the Internet, http://services.exeter.ac.uk/cmit/modules/the_internet/webct/ch-introduction.html#sec-what-is-internet

Dans ce type de structure, il arrive aussi que la définition figure en amont, et que le terme soit cité à la suite entre parenthèses, mettant ainsi l’accent sur la dénomination:

La structuration du système DNS s'appuie sur une structure arborescente dans laquelle sont définis des domaines de niveau supérieurs (appelés TLD, pour Top Level Domains), rattachés à un noeud racine représenté par un point.
Internet - Noms de domaines, http://www.commentcamarche.net/contents/internet/dns.php3

II.5.3. Contextes transphrastiques: exemple des comparaisons à objectif définitoire
Les contextes définitoires de format supérieur à l’unité phrase sont très nombreux dans le domaine, comme on peut s’y attendre à propos de textes informatifs. On en trouvera une description détaillée dans (BECIRI 1999). J’en commenterai ici une sous-catégorie particulière: les comparaisons à objectif définitoire. Il s’agit de séquences généralement longues (un paragraphe entier, voire plusieurs) où le rédacteur développe une métaphore filée destinée à transmettre au lecteur une caractéristique importante concernant l’objet du discours. Ici par exemple, le procédé est utilisé pour souligner le rôle essentiel du système d’exploitation dans le fonctionnement de l’ordinateur:

Operating System Functions [titre, en gras dans l’original]
At the simplest level, an operating system does two things:
1. It manages the hardware and software resources of the system. (...)
2. It provides a stable, consistent way for applications to deal with the hardware without having to know all the details of the hardware.
The first task, managing the hardware and software resources, is very important, as various programs and input methods compete for the attention of the central processing unit (CPU) and demand memory, storage and input/output (I/O) bandwidth for their own purposes. In this capacity, the operating system plays the role of the good parent, making sure that each application gets the necessary resources while playing nicely with all the other applications, as well as husbanding the limited capacity of the system to the greatest good of all the users and applications.
How Stuff Works, http://computer.howstuffworks.com/operating-system2.htm

L’isotopie familiale constitue le fil conducteur de ce texte. L’emploi de husbanding (sème BONNE GESTION + connotation CHEF DE FAMILLE) vient y compléter l’image évoquée par the role of the good parent, compete for the attention, playing nicely with..., et l’objectif général the greatest good of all est mis en valeur par sa position en fin de phrase.
Cette image du système d’exploitation attentif au bien-être de tous les composants de l’ordinateur permet au lecteur de prendre conscience de l’importance du système et de retenir les exemples de tâches qu’il prend en charge, mais aussi de comprendre son rôle essentiel de coordination – rôle très souvent souligné en français par l’expression métaphorique (connue au point d’en être usée) « chef d’orchestre de l’ordinateur ».
La métaphore filée est également utilisée pour souligner les relations entre termes proches constituant un mini-réseau lexical. Dans l’exemple qui suit, la métaphore du logement aidera ainsi le lecteur à intégrer le lien qui unit server, son (para)synonyme host et le composé hosting charge:

You can think of a Web server as an apartment complex, with each apartment housing someone's Web page. In order to store your page in the complex, you need to pay rent on the space. Pages that live in this complex can be displayed to and viewed by anyone all over the world. Your landlord is called your host, and your rent is usually called your hosting charge.
How Web Pages Work, http://computer.howstuffworks.com/web-page1.htm

Cet usage cognitif des métaphores filées est surtout fréquent dans les textes anglais. Le procédé est en effet plus facile à mettre en oeuvre dans ce qui est la langue d’origine de la plupart des termes du domaine, ces derniers étant souvent des créations métaphoriques en forte relation d’analogie, alors que ce n’est pas toujours le cas de leurs équivalents français (BECIRI 2004).

III.6. Stratégies de définition en contexte
A travers la diversité des séquences, on peut observer un certain nombre de stratégies récurrentes visant à guider le lecteur dans son exploration du domaine. Il s’agit de l’aider à repérer les termes, à les élucider autant que possible grâce au seul contexte proche, et à appréhender les notions dans un cadre situationnel précis.
III.6.1. Baliser les termes en discours
Les séquences définitoires ont fréquemment un rôle de balisage. Elles ont pour premier effet de faire prendre conscience au lecteur qu’il se trouve en présence d’un terme. Ceci est particulièrement important lorsque le terme se présente sous la forme d’un mot de la langue générale. Ici par exemple, la définition du verbe interpréter a pour avantage de faire clairement comprendre qu’il a une valeur spécifique, en rapport avec l’exécution du code HTML:

Le navigateur interprète (c’est à dire traduit) le document reçu sous une forme simple pour nous autres humains. S’il s’agit d’une image, il l’affiche; S’il s’agit d’un texte, il l’affiche également; [...] S’il s’agit d’un son (MP3/WAV/OGG VORBIS...), il lance le logiciel associé
http://clx.anet.fr/spip/article.php3?id_article=111

Certains contextes cherchent en outre à attirer l’attention du lecteur sur les différences, souvent importantes, entre termes proches. On trouve ainsi des mises en garde comme la phrase citée plus haut concernant la touche shift (majuscule, pas "caps lock"), qui soulignent des termes à ne pas confondre sous peine de fausse manipulation. De même, le paragraphe ci-dessous attire l’attention des responsables d’entreprise sur la différence entre e-Commerce et e-Business:

Le terme e-Commerce (appelé également Commerce électronique), souvent confondu avec le terme de e-Business, ne désigne en réalité qu'une facette du e-Business couvrant l'utilisation d'un support électronique pour la relation commerciale d'une entreprise avec des particuliers.
Introduction au e-Business, http://www.commentcamarche.net/contents/entreprise/e-business.php3

III.6.2. Eclairer le sens à l’aide de formes alternatives
A côté de ces séquences qui opèrent une distinctions entre termes, on trouve aussi des contextes qui exploitent les désignations alternatives. Certains contextes enchaînent les variantes lexicales en les présentant comme quasi-interchangeables:

De nos jours, "surfer" sur le Web est un acte entré dans le quotidien de bons nombre de personnes. Nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser ce service par le biais de logiciels appelés "navigateurs", "butineurs" ou encore "browsers" pour les anglicistes. Introduction au protocole HTTP, http://clx.anet.fr/spip/article.php3?id_article=111

Cet enchaînement de synonymes ou de parasynonymes a parfois un effet d’explicitation. Une forme syntagmatique motivée peut ainsi venir éclairer un emprunt opaque:

Le Terminal a vu le jour dans Mac OS avec la version X. Terminal.app est une application, qui ouvre un shell: un interpréteur de commande
Le terminal pour les nuls, http://www.macbidouille.com/articles/164/page1

Les textes du domaine sont caractérisés par l’usage de nombreuses variantes de forme, en anglais comme en français. Parmi tous les termes disponibles pour désigner un objet, les rédacteurs choisiessent très souvent, soit une création métaphorique, soit un composé syntagmatique (BECIRI 1999). Dans les deux cas, ces désignations motivées vont donner au lecteur une première indication sur le sens, indication qui pourra être ou non renforcée par des indices interprétatifs contextuels. C’est le cas ici avec la forme développée du sigle RAM, et la référence au signet (ou marque-pages) qui vient éclairer le calque opaque favoris.

How RAM Works [titre]
Random access memory (RAM) is the best known form of computer memory. RAM is considered "random access" because you can access any memory cell directly if you know the row and column that intersect at that cell.
http://computer.howstuffworks.com/ram.htm

Lors de la navigation sur le Web, il est courant de « tomber » sur un site internet ou une page intéressante et de vouloir noter son adresse pour pouvoir y revenir ultérieurement. C'est à cela que servent les favoris, parfois également appelés marque-pages (traduction littérale du mot anglais bookmark) ou encore signets.
Les favoris, http://www.commentcamarche.net/contents/www/favoris-bookmark.php3

La mention en contexte des variantes de forme n’a pas pour seule fonction de faire connaître les diverses formes terminologiques en usage; elle joue souvent un rôle important dans l’élucidation du sens. Ce phénomène impose certaines précautions lors de la traduction de ce type de textes. Quand on doit rendre de telles séquences dans une langue étrangère, on doit veiller à ne pas perdre les indications de sens qui étaient apportées de façon implicite par la motivation des formes originales.
III.6.3. Aider à la construction d’une représentation située
Le choix d’informations apportées au lecteur, à travers des procédés très divers, a toujours pour but d’aboutir à une précision sur l’objet du discours considéré en situation. Les auteurs peuvent choisir à cet effet une définition longue ou brève, détaillée ou non, voire même s’en tenir à la mention d’un équivalent en contexte, qui peut être une forme non spécialisée.
L’observation des séquences définitoires montre que l’éclairage apporté sur le terme en contexte ne vise généralement pas une définition en soi, absolue et exhaustive, mais une compréhension de son usage dans une situation bien précise (ce qui explique, entre autres, l’abondance des exemples). C’est cette démarche qui amène l’auteur du Glossary of library and web terms à inclure dans sa définition de keyword le cadre précis de la recherche envisagée:

Keyword
A word used to search a library database or the Internet.
http://www.dianahacker.com/resdoc/glossary.html

Non seulement les rédacteurs choisissent souvent de mettre en lumière ce qui correspond à l’usage local du terme, mais ils n’hésitent pas au besoin à assumer ouvertement un certain degré de polysémie. L’exemple qui suit illustre assez bien la notion de métonymie intégrée décrite par G. Kleiber (KLEIBER 1990)13. Ici encore, les italiques sont d’origine.

Strictly speaking, the Internet is a communications protocol, a language which computers use to talk to each other, called TCP/IP. This language is designed to enable computers to exchange data reliably and efficiently, though not necessarily quickly.
More generally, the term is used to signify the network of computers connected using TCP/IP: the connecting wires and the equipment used to route the information (the network infrastructure), and the computers themselves.
Even more generally, the Internet is often used to indicate the community of users and computers collectively. Though a very broad definition, this is perhaps the most useful and interesting — the Internet is really an information-based society.
Introduction to the Internet, http://services.exeter.ac.uk/cmit/modules/the_internet/webct/ch-introduction.html

Cette séquence offre un bon exemple de métonymie intégrée: de façon intéressante, l’acception d’Internet présentée comme la plus précise, voire le sens premier – puisqu’elle figure en première position, place soulignée par l’ajout de strictly speaking – est en soi une métonymie. L’auteur définit en effet Internet comme a language, et le présente comme synonyme de [protocole] TCP/IP, alors que la forme Internet désigne en fait le réseau qui fonctionne grâce à ce protocole.
Nous assistons ensuite à deux glissements d’emploi successifs, balisés par more generally et even more generally, où le terme Internet désigne l’ensemble des machines reliées par TCP/IP, puis l’ensemble des internautes qui utilisent ces machines.
Une telle présentation pourrait sembler contestable du point de vue terminologique. Pourtant elle reflète parfaitement l’usage actuel du terme en langue anglaise. En outre, son auteur fait incontestablement partie des spécialistes du domaine.14
Cette approche globale vise, non à définir l’« essence » d’Internet, mais à favoriser la construction d’une représentation dynamique par un locuteur humain, et à ce titre elle prend en compte les variations d’usage de la forme présentée, avec tout son potentiel métonymique.

III.7. Genres de textes et usages
Le bon usage des stratégies d’explicitation en contexte ne répond pas à des impératifs binaires de type grammatical (correct/incorrect, acceptable/inacceptable), mais fait partie des compétences rédactionnelles générales. A ce titre, les règles dans ce domaine sont en rapport avec le genre de document à produire, et l’observation fine des usages devrait permettre d’identifier pour chaque genre un ensemble de stratégies conseillées pour assurer la transmission des connaissances nécessaires à la compréhension du message. On pourrait alors, dans un contexte donné, décider de façon moins subjective si un choix de structure est plus ou moins adapté au type de communication engagé.
Ce degré de typicité est théoriquement mesurable en termes statistiques (écarts de fréquence entre les différents procédés d’explicitation selon les textes). Mais pour parvenir à identifier ces stratégies, il est nécessaire de disposer d’un gros corpus de définitions, trié par genres, et dont l’exploration pourrait fournir des indications précises sur ces usages. On pourrait ainsi, entre autres, comparer les stratégies utilisées dans les textes d’écriture traditionnelle et dans les textes écrits pour le web visant le même public, afin d’identifier points communs et spécificités.

IV. Recherche automatique de définitions en contexte: perspectives et difficultés
A mesure qu’on avance dans la description de la définition en discours, on ressent le besoin de données plus complètes, qui permettraient de mieux mesurer la diversité des stratégies d’explicitation. D’où l’idée d’explorer les possibilités de la recherche automatique de contextes définitoires. Mais l’obstacle ici est précisément la grande diversité de ces procédés: tout comme une lecture humaine subjective, une recherche portant sur un nombre limité de patrons jugés productifs risque en effet de mettre en lumière certaines structures d’une façon qui n’est peut-être pas statistiquement justifiée, en laissant de côtés d’autres modèles moins saillants, et d’aboutir ainsi à une vision déformée des usages.
Nous avons vu que les procédés définitoires en contexte sont caractérisés par une grande diversité de marques linguistiques. Le format de ces séquences est très variable: il peut aller de simples marques typographiques15 jusqu’à plusieurs paragraphes de texte.
La structure des séquences explicitantes est elle aussi d’une grande diversité,16 et en outre, comme les marques de cohésion textuelle, ces structures sont souvent polyfonctionnelles (PERY-WOODLEY 2005). Les séquences appositives, par exemple, peuvent se présenter sous la forme « X (ou Y) » – comme dans l’équivalence client/navigateur présentée ici:

Le navigateur (ou client) analyse (on dit parse en franglais informatique) l’URL qui lui a été fournie et tente d’établir un session TCP avec l’hôte mentionné, sur le port indiqué, et via le protocole choisi.
Introduction au protocole HTTP,
http://clx.anet.fr/spip/article.php3?id_article=111

Mais cette même structure est aussi fréquemment utilisée à d’autres fins. Dans le paragraphe ci-dessous, par exemple, le ou entre parenthèses est utilisé pour introduire une variante graphique du terme covoiturage. Un étiquetage automatique basé sur la recherche de séquences « X (ou Y) » en contexte aboutirait ici à une erreur sur la structure de définition utilisée.

Avantages du covoiturage pour les passagers et conducteurs [titre]
On entend par covoiturage (ou co-voiturage), l'utilisation d'un même véhicule par des personnes de foyers différents pour se rendre en un lieu identique ou emprunter un trajet commun.
http://www.covoiturage-campus.com/avantages-covoiturage.php

Les essais de recherche automatique de définitions se sont heurtées jusqu’à présent à cette multiplicité de formes, source de silence, et à la polyfonctionnalité des structures, qui occasionne au contraire trop de bruit (MELA 2005). De façon prévisible, l’exploration par patrons définitoires attendus ne donne accès qu’à une petite partie des séquences pertinentes, et génère en outre de nombreux faux positifs.
Il existe cependant des possibilités pour accroître la visibilité de ces séquences.
On peut choisir d’accéder au contenu définitoire par une recherche automatique de contextes concernant des néonymes déjà identifiés. Etant donné que ces formes nouvelles donnent plus souvent lieu à une explicitation contextuelle, on augmente ainsi la probabilité de relever des séquences explicitantes (BECIRI 2003A). Cette méthode est simple et rapide si l’on dispose déjà de relevés de néonymes en contexte, mais étant donné l’aspect limité de la recherche, les résultats ne seront pas exhaustifs – on ne peut aboutir ici encore qu’à des estimations sur les usages.
La solution la plus complète serait de procéder à une annotation sémantique préalable des contextes explicitants dans un corpus représentatif de textes ciblés, triés par genres, en fonction des objectifs et du public visé. Une telle annotation pourrait s’inspirer du modèle de traitement des anaphores discursives (PERY WOODLEY 2005). Ce travail suppose un investissement considérable, mais cela semble le seul moyen de garantir par la suite des résultats statistiques fiables. L’annotation systématique est en effet un « préalable nécessaire à l’emploi de méthodes quantitatives ». Il ne faut cependant pas sous-estimer les difficultés posées par l’étiquetage a priori (CONDAMINES 2005).
Enfin, l’étude contrastive des contextes définitoires pourrait utilement exploiter certains corpus spécialisés bilingues. En effet, comme le soulignent MELA et ROCHE, l’étude des énoncés définitoires sur des corpus alignés « révèle que souvent les gloses à marqueur lexical sont traduites par des gloses sans marqueur lexical et vice-versa: grâce à l’alignement, le repérage des gloses d’un corpus peut alors servir à pointer, dans l’autre corpus, les définitions en correspondance, même si elles ne sont pas marquées lexicalement » (MELA, ROCHE 2006). Cette approche contrastive devrait permettre des comparaisons intéressantes.
Conclusion
Les définitions en contexte apportent au lecteur des informations au niveau cognitif (informations de nature essentiellement fonctionnelle), mais cet apport est souvent ajusté en fonction de considérations d’ordre pragmatique. Ces contextes proposent aussi des informations métalinguistiques sur les usages, et des équivalents à valeur locale – synonymes ou parasynonymes plus ou moins spécialisés, variantes de forme – dont l’accumulation optimise les chances de compréhension du message.
A travers ces différents apports, les contextes définitoires permettent un repérage ponctuel en discours. A côté des contenus structurés proposés par les ouvrages de référence, leur fonction est comparable au rôle informatif des panneaux routiers qui balisent un parcours, par rapport à la cartographie intégrale d’une région; ils permettent au lecteur de progresser dans son parcours interprétatif, en s’appuyant sur son acquis linguistique et cognitif antérieur. Par leur interaction avec les formes lexicales spécialisées objet du discours, les séquences définitoires observées jouent un rôle décisif dans l’appropriation par les lecteurs de connaissances et de savoir-faire, et de ce fait leur analyse est fondamentale pour comprendre le fonctionnement de ces textes informatifs.

Bibliographie
A. ASSAL, « La notion de notion en terminologie », Meta, vol. 39, n° 3, 1994, p. 460-464.
H. BECIRI La néologie dans le domaine microinformatique professionnel en français et en anglais: création lexicale et explicitation en contexte (Thèse de doctorat, université Paris7), Lille, ANRT, 1999.
H. BECIRI, « Néologismes et définition en contexte: pour une typologie des indices interprétatifs formels », in Le mot et sa gloseLangues et Langages n°9, A. Steuckardt et A. Niklas-Salminen (sous la dir. de), Aix en Provence, Publications de l’Université de Provence, 2003 (A).
H. BECIRI, « Néologie et transmission des connaissances: l’apport des contextes explicitants dans les discours généralistes et spécialisés », in L’innovation lexicale, J.F. Sablayrolles (sous la dir. de), Paris, H. Champion, 2003 (B).
H.BECIRI, « Un ‘village global’ ? – Images et codes culturels dans le lexique des nouvelles technologies », in Dictionnaires bilingues et interculturalité, A. M. Laurian (sous la dir. de), Berne, Peter Lang, 2004.
M.T. CABRE, La terminologie – Théorie, méthode et applications, traduit du catalan, adapté et mis à jour par M. Cormier et J. Humbley, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa (Regards sur la traduction) et Paris, Armand Colin (U- Linguistique), 1998.
A. CONDAMINES, « Sémantique et corpus, quelles rencontres possibles ? », in Sémantique et corpus, A. Condamines (sous la dir. de), Traité IC2 (Information Commande Communication), série Cognition et traitement de l'information, Paris, Hermès Sciences Pub., 2005.
B. DE BESSE, « La définition terminologique », in La définition (Centre d’études du lexique), coll. Langue et Langage, Paris, Larousse, 1990.
J. CHAURAND, La définition [postface] (Centre d’études du lexique), coll. Langue et Langage, Paris, Larousse, 1990.
I. DESMET, « Néologie de spécialité et néologie banalisée en Informatique et TIC: de la recherche aux dictionnaires de langue générale », in La langue française dans l'aventure informatique, colloques LEXIPRAXI 2005-2006, Paris, AILF, 2006.
D. GOUADEC, « Terminologie, traduction et rédaction spécialisée », in Langages n°157, Paris mars 2005 - pp. 14-24.
G. KLEIBER, « Sur la définition sémantique d’un mot – Les sens uniques conduisent-ils à des impasses ? », in La définition (Centre d’études du lexique), coll. Langue et Langage, Paris, Larousse, 1990.
R. KOCOUREK, La langue française de la technique et de la science, Wiesbaden, Brandstetter Verlag, 1982-1991.
A. LEHMANN, « De définition à définition – L’interprétation dans le dictionnaire par le jeu des renvois », in La définition (Centre d’études du lexique), coll. Langue et Langage, Paris, Larousse, 1990.
P. LERAT, Les langues spécialisées, coll. Linguistique Nouvelle, Paris, PUF, 1995.
A. MELA, « Le repérage automatique des gloses de nomination seconde », in Langues et langage, les marqueurs de la glose, A. Steuckardt (sous la dir. de), Aix en Provence, Publications de l'université de Provence, 2005.
A. MELA, M. ROCHE, « Des gloses de mot aux types de textes: un bilan différencié », in Actes du XXVIIe Colloque Corpus en Lettres et Sciences sociales (CALS'O6) - Des documents numériques à l'interprétation, Albi, 10-14 juillet 2006.
http://revue-texto.net/1996-2007/Parutions/Livres-E/Albi-2006/Mela.pdf
http://www.univ-montp3.fr/~amela/PUBLICATIONS/
M.-P. PERY-WOODLEY, « Discours, corpus, traitements automatiques », in Sémantique et corpus, A. Condamines (sous la dir. de), Traité IC2 (Information Commande Communication), série Cognition et traitement de l'information, Paris, Hermès Sciences Pub., 2005.
F. RASTIER (1996) « Le terme: entre ontologie et linguistique » in La banque des mots, 1995, n°7, p. 35-65.
http://www.revue-texto.net/1996-2007/Inedits/Rastier/Rastier_Terme.html
M. RIEGEL, « La définition, acte du langage ordinaire – De la forme aux interprétations », in in La définition (Centre d’études du lexique), coll. Langue et Langage, Paris, Larousse, 1990.
L. ROMARY, M. VAN CAMPENHOUDT « Normalisation des échanges de données en terminologie: le cas des relations dites ‘‘conceptuelles’’ », Terminologie et intelligence artificielle, Rencontres No4, Nancy, 2001, pp.77-86.
M. VAN CAMPENHOUDT, Abrégé de terminologie multilingue, TERMISTI, 1997. http://www.termisti.refer.org/


Notes

↑ 1Ces sites affichent clairement leur objectif et leur public. Par exemple, le site CommentCaMarche se présente ainsi: « Gratuit et accessible à tous, ce site de communauté permet de se dépanner, se faire aider et se former à l’informatique et aux nouvelles technologies. » http://www.commentcamarche.net/ccmguide/ccmintro.php3

↑ 2Les deux termes sont considérés comme synonymes par l’ISO: ASSAL 1994, VAN CAMPENHOUDT 1997 – « Système de notions: l’approche viennoise », http://www.termisti.refer.org/theoweb2.htm . Rastier les distingue, en précisant que « c'est le travail terminologique qui transforme la notion en concept. » (RASTIER 1996).

↑ 3Les difficultés liées à ce présupposé théorique ont amené des évolutions dans la pratique: La norme TMF de l’ISO (norme 16642 de 2003, Computer applications in terminology – Terminological markup framework) permet ainsi de « distinguer des niveaux de description successifs: données dites ‘conceptuelles’ communes à toutes les langues, données propres à une langue, données propres à un terme » (ROMARY, VAN CAMPENHOUDT 2001), évolution incomplètement explicitée d’un point de vue théorique. On peut dire qu’actuellement « un fossé évident sépare les pratiques réelles des théories » (Ibid.).

↑ 4Il va de soi que les représentations d’artefacts sont en rapport plus direct avec les propriétés des objets désignés, et varient moins avec la diversité des langues que les représentations de procédures ou de phénomènes naturels. De par leur origine humaine, les relations entre le nom des pièces d’un moteur, ou les éléments d’un plan, par exemple, devront nécessairement être perçues de façon similaire par toutes les personnes concernées par ces créations, quelle que soit leur langue. C’est très probablement le poids de ces dénominations techniques d’objets industriels qui est à l’origine de la vision essentialiste de l’école de Vienne.

↑ 5http://www.granddictionnaire.org/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp

↑ 6Voir par ex les entrées montage et mixage du Petit Larousse 2007, qui sont définis de deux points de vue différents alors qu’ils sont tous deux cités dans l’encadré cinéma de la p 247.

↑ 7Le Centre d'Expertise Gouvernemental de Réponse et de Traitement des Attaques informatiques (http://www.certa.ssi.gouv.fr/certa/certa.html) travaille « en réseau avec les services chargés de la sécurité de l'information dans l'ensemble des administrations de l'État ». Ses interlocuteurs sont pour la plupart des spécialistes du domaine (ingénieurs informaticiens, administrateurs réseau), chargés entre autres de retransmettre les informations et les alertes qui leurs sont communiquées par le CERTA.

↑ 8Source: note d’information du CERTA sur les Outils d’indexation et de recherche (21/11/2006) http://www.certa.ssi.gouv.fr/site/CERTA-2006-INF-009/

↑ 9sur les trois niveaux d’isotopie, voir BECIRI 1999 et 2003B.

↑ 10en gras dans le texte d’origine.

↑ 11Voir BECIRI 1999: les structures appositives représentaient près de 55% des contextes définitoires relevés dans le corpus de presse généraliste, contre moins de 45% dans le corpus spécialisé.

↑ 12Outre des textes dits « de formation », analogues à ceux qui sont explorés ici, le corpus de 1999 comprenait des articles informatifs sur l’actualité logicielle (présentation de nouveautés, bancs d’essais, comparatifs) et aussi des textes publicitaires (voir BECIRI 1999, chapitre IX).

↑ 13Ce texte pointait les aléas de la sémantique essentialiste, et montrait les potentialités d’une approche prototypique du sens.

↑ 14voir http://services.exeter.ac.uk/cmit/staff/gary_stringer/

↑ 15virgules, parenthèses, et aussi formats de caractères – qui échappent régulièrement aux collectes en texte seul. D’un autre côté, une recherche automatique de contextes définitoires basée sur la seule typographie sera nécessairement infructueuse, de par le bruit excessif qu’elle va générer.

↑ 16Voir notamment la diversité des opérateurs de définition relevés dans BECIRI 1999 (chapitre XI).

Pour citer cet article :

Hélène Beciri, La définition en contexte dans la communication technique asymétrique: stratégies et enjeux, Autour de la définition, Publifarum, n. 11, pubblicato il 01/03/2010, consultato il 17/12/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=127

 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

Site réalisé avec DOMUS