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L’intercompréhension: de la définition d’un concept à la délimitation d’un champ de recherche ou vice versa ?

Marie-Christine JAMET



L’acception la plus fréquente aujourd’hui du mot intercompréhension est apparue peu avant les années 90 dans l’univers des recherches en linguistique appliquée et didactique des langues, et renvoie à un processus de communication entre des locuteurs de langues apparentées où chacun parle sa langue et comprend celle de l’autre, c’est-à-dire à une situation de « compréhension mutuelle plurilingue ». Or, d’une part cette définition est loin de correspondre à la réalité des pratiques didactiques où prime l’activité de lecture et pas une interaction verbale orale; d’autre part, elle recouvre en partie seulement ce que le mot signifie dans les différents articles dont il est le mot-clé principal. En outre, plus le champ de recherche suscite d’intérêt, au-delà des langues romanes qui ont été pionnières, comme l’a montré le colloque de Lisbonne, Dialogos em Intercompreensão (CAPUCHO & al., 2007), plus on a l’impression que certaines discussions naissent tout simplement du fait que les chercheurs ne parlent pas exactement de la même chose. De là, l’intérêt d’une réflexion qui essaie de voir comment un terme que la linguistique utilisait dans les recherches en dialectologie pour tracer les limites géographiques des aires dialectales, s’est étendu aux familles de langues, et bascule de la linguistique à la didactique des langues. Notre réflexion se veut avant tout lexicographique et terminologique. Il s’agira de voir comment il est possible de définir un terme relevant des sciences humaines, en tenant compte de son usage dans la littérature spécialisée d’aujourd’hui dont les limites du champ de recherche sont en constante évolution. Notre parcours sur la définition du concept1 d’intercompréhension sera essentiellement sémasiologique (du signe vers la chose) car d’une part nous partirons du signe tel qu’il est défini dans les dictionnaires – dictionnaires de langues, encyclopédiques et/ou de spécialité – en langue française, d’autre part, nous parcourrons les discours tenus sur la notion, afin de voir comment elle se caractérise à l’intérieur de la littérature scientifique2 : elle peut y être explicitement définie, ou bien on peut s’y référer par le biais de la reprise anaphorique du terme par une périphrase synonymique, ou encore, on peut voir se dessiner à travers la description des phénomènes ou les exemples donnés les caractéristiques pertinentes qui entreront dans la définition du terme. Nous tenterons de proposer, à la fin de notre parcours, plusieurs définitions pour un dictionnaire de langue et un dictionnaire de linguistique et un dictionnaire de didactique des langues.

1. Les définitions des dictionnaires de langue ou de spécialité

À quel concept renvoie le terme intercompréhension ? Cette seule question permet de dégager déjà les différents pôles de la problématique terminologique: le signe linguistique (du domaine de la parole) et le concept (du domaine de la pensée), auxquels s’ajoute la problématique du référent. Comme l’explique Loïc Depecker (1999: 22), « le terme est pris entre la pensée constituée (le concept), la langue (le signe linguistique), le réel (l’objet ). »
Nous commençons notre étude par les dictionnaires de langue et de spécialité, dans différentes éditions auxquelles nous avons pu avoir accès, afin de voir comment la notion est définie et s’il s’agit de définition linguistique ou de description de type encyclopédique. Alain Rey (1979:42) distingue en effet ces deux types d’après la nature des traits qui sont fournis dans l’énoncé définitionnel: traits pertinents ou caractéristiques, ces derniers intervenant aussi dans la définition terminologique qui est à mi-chemin entre la définition linguistique et encyclopédique:

(1) Reste à distinguer définition et description. Alors que la première doit expliciter tous les traits pertinents de signification (définition linguistique) ou tous les traits conceptuels pertinents et seulement eux, la description peut accumuler traits pertinents et traits caractéristiques, mais non pertinents. En fait, bien des définitions de dictionnaires (linguistiques, distinguant des sens et des usages) et surtout d’encyclopédies (distinguant des classes d’objets et des notions) sont des descriptions.

Le terme intercompréhension figure dans le Petit Larousse de 1988 (dans l’édition de 1987, il n’y figurait pas encore) avec la définition suivante :

(2) LING. Compréhension réciproque.

Le mot est placé dans le champ de la linguistique en tant que terme spécialisé. Sa définition correspond à l’étymologie évidente et non précisée du mot, composé du préfixe inter qui est paraphrasé dans son acceptation de réciprocité, et du substantif compréhension non redéfini.
Le terme figure dans le Petit Robert de 2000 (il n’y était pas dix ans auparavant), assorti d’une date d’apparition (1913), de l’indication de sa composition morphologique (« de inter- et compréhension ») et de la définition suivante:

(3) DIDACT. Faculté de compréhension réciproque entre locuteurs, entre groupes humains.

En fait, les « petits » dictionnaires intègrent avec un peu de retard un terme déjà apparu dans les versions en plusieurs volumes. Ainsi peut-on lire dans le supplément du Grand dictionnaire alphabétique et analogique de la Langue française, Le Robert de 1974, la définition suivante :

(4) (XXe, de inter- et compréhension). DIDACT. Compréhension linguistique réciproque entre deux ou plusieurs hommes ou groupes humains.

L’abréviation DIDACT., comme cela est expliqué dans la liste des abréviations signifie que le mot ou l’emploi n’existe que dans la langue savante des ouvrages pédagogiques et non dans la langue parlée ordinaire. Souvent, l’abréviation DIDACT alterne avec SC. (sciences). Le classement à l’intérieur du champ de la linguistique était possible sous l’abréviation LING. L’intercompréhension relèverait-elle d’une autre science que la linguistique, ou bien de champs pluridisciplinaires mal identifiables pour que soit préférée l’abréviation plus générale? La datation du mot reste vague. On constate qu’en (4) ne figure pas le vocable faculté comme en (3). Dans la définition du Petit Robert, il faut donc interpréter le complément prépositionnel de compréhension comme prédicatif par rapport au mot faculté : l’intercompréhension est une faculté, et cette faculté est la compréhension réciproque (comme dans les expressions du type la ville de Paris où la ville est Paris). Le fait d’ôter le mot faculté devant le nom compréhension met les termes de compréhension et d’intercompréhension sur le même plan par rapport au verbe sous-jacent: « faculté de comprendre » pour la compréhension, faculté de « se comprendre » pour l’intercompréhension, substantif déverbal du verbe réfléchi de sens réciproque, se comprendre, quoiqu’on entende déjà dans les conversations de spécialistes le néologisme pléonastique: s’intercomprendre de même sens. L’adjectif linguistique permet de distinguer parmi les différents emplois du mot compréhension celui qui est lié à la compréhension des discours ou des hommes qui les produisent (je comprends ce que tu dis = je te comprends) et pas à la compréhension des problèmes, des situations (je te comprends = je comprends tes raisons, ton comportement, etc.). La précision deux ou plusieurs hommes ou groupes humains évoque probablement le champ des recherches en sociolinguistique (qui étudie le dialogue par exemple) ou en ethnolinguistique (sur les langues ou dialectes parlés par les groupes humains), mais la distinction entre deux et plusieurs locuteurs n’apparaît guère pertinente.
Dans le Grand Larousse de la langue française, le mot figure dans l’édition de 1975 avec une définition plus précise donnant une mention vague de la date d’apparition, et une citation d’un linguistique faisant autorité, Dauzat, citant à son tour un autre linguiste, Ronjat :

(5) (de inter-3 et de compréhension ; XXe siècle). Capacité pour des sujets parlants de comprendre les énoncés émis pas d'autres sujets parlants appartenant à une même communauté. Jules Ronjat, pour délimiter le franco-provençal et le provençal, a mis en valeur le facteur d’intercompréhension : s’entend-on facilement entre voisins ? Les parlers appartiennent au même groupe. (Dauzat)

Le mot compréhension n’est pas relié en (5) à une discipline, mais la citation permet de le classer dans le champ du linguistique. Il est explicité par une périphrase et l’idée de réciprocité est imparfaitement rendue puisque la compréhension n’est évoquée que dans une seule direction de l’échange communicatif: X comprend Y. Deux nouveaux traits conceptuels sont introduits, à savoir la corrélation entre intercompréhension et même communauté linguistique et la notion de voisinage géographique.
Le Grand Robert de la langue française (édition de 1992) et Le Robert électronique détaillé (1994) proposent une définition plus précise :

(6) DIDACT. Compréhension linguistique réciproque entre deux ou plusieurs hommes ou groupes humains. Le facteur d'intercompréhension est essentiel pour la définition des langues, des dialectes. Intercompréhension entre locuteurs de deux variantes d'une langue. - Compréhension réciproque (en général).
DÉR. Intercompréhensible.
Etymologie: 1913, Ronjat3, en linguistique (in T.L.F.); de inter-, et compréhension.

Cette définition introduit deux « traits conceptuels» nouveaux: celui de définition des langues et dialectes et celui de variantes de langue qui dans le Grand Larousse se déduisaient de la citation donnée en exemple et ne figuraient pas dans l’énoncé définitionnel. La première et la dernière phrases donnent les traits distinctifs pertinents. Dans le groupe nominal, facteur d’intercompréhension, qu’on pouvait déjà lire dans la citation de Dauzat , notre mot cible sert à déterminer la nature du facteur dans une construction à valeur prédicative. Le choix du mot facteur indique qu’on se situe dans un processus en action (celui de la définition des langues ou dialectes) où l’intercompréhension apparaît comme un outil de discrimination. La définition intègre donc la fonction de l’intercompréhension et pas seulement son identité. Le troisième énoncé de la définition (6) renvoie à un élément jusque là non mentionné: que deux personnes qui ne parlent pas exactement de la même façon puissent se comprendre. Cet aspect aura, comme on le verra, des implications importantes dans le champ de recherche. La définition (6), quoiqu’appartenant à un dictionnaire de langue, de par son classement à l’intérieur des langages scientifiques et les quelques traits caractéristiques fournis, relève partiellement de la description terminologique qui vise à expliciter le concept plus qu’à circonscrire les sens et les emplois d’un mot.

L’indication de l’étymologie en (6) renvoie à une autre source dictionnairique: le TLF (1983 pour la version papier consultée, et 2004 pour la version électronique) dont l’exemple permet de situer le contexte du premier emploi du terme, classé en linguistique:

(7) LING. Faculté de compréhension réciproque (entre deux ou plusieurs personnes ou groupes de personnes). [Texte avec orth. simplifiée] Ces discussions n'ont du reste pas été complètement inutiles, car elles ont servi de point de départ à une précieuse analise des faits d'intercompréension (...), analise dont les résultats sont confirmés par nombre d'autres témoignages, comme par mon expérience personnelle. Non seulement dans les assemblées félibréennes, qui réunissent des ommes de quelque culture ou tout au moins de quelque entraînement linguistique, mais aux foires, dans les cabarets des villages situés à la rencontre de parlers différents, j'ai toujours vu se poursuivre sans difficulté, entre gens des pays les plus divers, les conversations familières comme les discussions d'affaires. On a le sentiment très net d'une langue commune, prononcée un peu différemment (RONJAT t. 1, 1930, p. 31). En tant que véhicule de communication entre les hommes, le langage se définit comme un ensemble de procédés linguistiques qui s'imposent à une population donnée grâce auxquels l'intercompréhension des sujets devient possible (Traité sociol., 1968, p. 265).
Étymol. et Hist. 1913 ling. (RONJAT, Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes, Macon, 1913, p. 13). Composé de inter-* et de compréhension*.


Le nom de Jules Ronjat, spécialiste de grammaire historique occitane, figure aussi dans le grand Larousse. Le TLF précise le titre de l’ouvrage, relevant de la dialectologie, où le néologisme fait son entrée. D’après la citation de cet auteur tirée d’un ouvrage postérieur (1930) et donnée comme exemple d’emploi dans le TLF, on voit que l’intercompréhension permet de vérifier le degré de similitude entre des variétés linguistiques. Probablement à l’époque, ce qui intéressait Ronjat était de montrer l’existence d’une langue régionale provençale (« on a le sentiment très net d’une langue commune »), malgré les disparités de surface réduites à de très légères différences de prononciation (« prononcé un peu différemment) et de la légitimer par rapport à la langue centrale qui, dans la France de la IIIe République, menait un combat pour sa prédominance absolue. Cet extrait permet de mieux comprendre les enjeux de l’intercompréhension qui est un outil pour vérifier sur le terrain (Ronjat parle des foires et des cabarets de village, des conversations comme des négociations d’affaire) si les gens se comprennent malgré les différences perceptibles. Le concept de différence – qui n’apparaît pas dans les définitions génériques si ce n’est dans le Grand Robert avec le mot variantes – est néanmoins fondamental pour comprendre comment l’intercompréhension peut être un facteur de discrimination et de définition des langues ou des dialectes.
En revanche, la seconde citation du TLF, tirée d’un traité de sociologie daté de 1968 de Gurvitch, met l’accent, comme l’exemple donné en (5), moins sur la différence que sur la similarité, et le principe en est : si les gens appartiennent à la même communauté linguistique, alors il y a intercompréhension (conséquence). C’est du reste ainsi que le vocable est défini dans le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage de Dubois et al. (1994:252), dictionnaire terminologique de spécialité, et seul dictionnaire de linguistique à proposer une entrée pour le terme:

(8) On appelle intercompréhension la capacité pour des sujets parlants de comprendre des énoncés émis par d’autres sujets parlants appartenant à la même communauté linguistique. L’intercompréhension définit l’aire d’extension d’une langue, d’un dialecte ou d’un parler.

Le degré d’intercompréhension n’est pas mentionné, mais on sent que le présupposé – non dit – est que l’intercompréhension doive être totale pour pouvoir identifier une langue. L’intercompréhension de conséquence devient cause et le corollaire du principe énoncé ci-dessus serait: s’il y a intercompréhension, alors les gens parlent la même langue (ou le même dialecte). Le point focal est la constitution d’une identité définie par le « même » et l’établissement de frontières. Cette façon d’envisager l’intercompréhension est en syntonie avec les définitions de base mais diverge de l’usage fait par Ronjat, confirmé par d’autres recherches dans le même domaine et que le Grand Robert a intégrées en évoquant l’intercompréhension entre variantes différentes d’une langue, à savoir la possibilité de se comprendre malgré les différences.
Si l’on entreprend une recherche par mot-clé dans l’Encyclopédie Universalis sur CDRom (2006) qui ne présente pas d’entrée intercompréhension, on trouve, sur seize articles incluant le terme, des contextes d’emploi relevant pour quatorze d’entre eux de réflexions sur les notions de langue, de dialecte et de patois et sur les parentés linguistiques. Pierre Encrevé, rédacteur de l’article Dialectes et patois, écrit:

(9) Aussi doit-on se référer également aux critères de l'intercompréhension et de la parenté génétique. Tant que la communication linguistique s'établit sans difficulté, même si les systèmes diffèrent en certains points, on considérera qu'il s'agit d'une même langue. Lorsque l'incompréhension est nette, on distinguera deux langues.

On notera dans l’énoncé (9) que le concept de différence – minimisé sur quelques points seulement - est intégré à l’intérieur de celui de langue, probablement par allusion aux variations internes de type diatopique, voire diastratique. On voit aussi que le corrélat de notre mot cible est communication linguistique qui apparaît comme la conséquence de l’intercompréhension. L’usage de ce terme est donc encore fréquent dans les travaux s’inscrivant dans les champs de la socio/ethno-linguistique et de la linguistique comparative, notamment autour des langues d’Afrique ou des créoles. Citons par exemple les recherches de Yves Moñino (1995:44) qui a étudié vingt-et-une langues d’Afrique centrale et a établi des indices d’intercompréhension, terme qu’il définit par la périphrase synonymique d’intelligibilité mutuelle:

(10) Les parlers sont affectés d’indices d’intercompréhension: celle-ci peut-être totale (immédiate), bonne (la communication n’est plus gênée au bout de quelques jours), partielle (même après un certain temps, il faut faire un effort pour comprendre et demander fréquemment de répéter), mauvaise (on ne comprend pas, mais on reconnaît nombre de mots qui font dire que ce sont des langues parentes), ou nulle (on a le sentiment d’une langue étrangère, seul le linguiste peut faire prendre conscience aux interlocuteurs que leurs parlers sont apparentés.

Ainsi l’intercompréhension apparaît-elle comme un état de fait, spontané, relativement stable (Moñino évoque quelques jours d’adaptation éventuels) pour chaque locuteur, qu’on peut évaluer ou mesurer, ce qui constitue un indice pour circonscrire des langues ou des dialectes et délimiter des aires dialectales sur un « continuum linguistique » qui fait que le groupe A peut comprendre le groupe B, le groupe B comprendre le groupe C, mais le groupe A ne pas comprendre le groupe C (Moñino, 1995:40).
Lorsque les dictionnaires fournissent plus d’informations que la simple périphrase synonymique pour le terme d’intercompréhension, on voit que les définitions les plus précises, comme (6) et (7), suggèrent sans l’expliciter, dans la définition ou à travers l’exemple, l’idée d’une gradation, sur un axe linguistique allant du différent au même, qui détermine des degrés d’intercompréhension, et, comme (8), mettent l’accent dans leurs énoncés définitionnels surtout sur le processus utilisé dans la recherche où ce sont les degrés d’intercompréhension qui permettent de délimiter les aires linguistiques. Aucune des définitions proposées ne spécifie si la compréhension se fait à l’oral ou à l’écrit, toutefois, il semble bien, d’après les exemples donnés et au vu des recherches en dialectologie que l’intercompréhension en tant que facteur de définition des langues soit entendue comme la possibilité de se comprendre dans un échange oral.
Le Dictionnaire culturel en Langue française Le Robert de 2005, proche des éditions précédentes du même éditeur, distingue une définition essentielle semblable au dernier énoncé de (6) et une définition plus spécialisée. Or par rapport au Grand Robert de 1992 est introduit l’adjectif voisines venu qualifier le nom langues, que le Petit Robert de 2008, lui, n’a pas jugé bon d’ajouter.

(11) DIDACT. Compréhension réciproque. Spécialt.4 Compréhension linguistique réciproque entre deux ou plusieurs hommes ou groupes humains. Le facteur d’intercompréhension est essentiel pour la définition des langues voisines, des dialectes.

L’adjectif voisines qualifiant le nom langues a deux interprétations: proximité spatiale des langues ou bien proximité génétique ou typologique des langues. On verra que cette polysémie se révèlera importante pour la délimitation des champs de recherche. On peut s’interroger sur le choix d’ajouter ce qualifiant; il donne une information supplémentaire issue de la pratique ethnolinguistique qui fait que les chercheurs généralement tentent d’identifier les idiomes parlés dans un territoire géographique circonscrit – donc voisins – et qui peuvent être ou ne pas être parents génétiquement. L’adjectif apporte-t-il quelque chose de neuf à la définition initiale si celle-ci se réfère, comme il semble encore, au domaine de la linguistique comparative? On peut en douter. En revanche, la date d’introduction de l’adjectif dans la définition pourrait suggérer l’intégration d’une dimension nouvelle autour du concept d’intercompréhension qui a surgi dans le panorama des sciences humaines à partir des années 80 et surtout dans les années 90 et que corroborent les emplois de la majorité des liens internet listés lorsqu’on tape aujourd’hui le terme intercompréhension sur le moteur de recherche Google: plus de 33000 pages sont annoncées en anglais, français, espagnol et italien. Les cooccurrences des mots intercompréhension et langues voisines ou son synonyme langues apparentées (qui excluent la polysémie de voisin) sont très fréquentes, mais encore plus fréquentes sont les cooccurrences de intercompréhension et plurilinguisme.

2. Un autre champ de référence: la linguistique appliquée et la didactique des langues

À quoi renvoie donc l’intercompréhension aujourd’hui, au-delà de la définition minimale et générique de « compréhension réciproque », si ce n’est pas exactement à ce qui est évoqué par les dictionnaires courants ou le dictionnaire de spécialité? Pour répondre à cette question, nous parcourrons la littérature, moins pour retracer l’histoire des recherches récentes sur l’intercompréhension que pour examiner le mot en discours avec ses emplois et voir se dessiner à travers eux le nouveau référent qu’il faut mettre sous le terme. Une telle démarche pourrait apparaître paradoxale. Si un mot, comme le définissent Dubois et Dubois (1971) est « une unité de discours définie par son contexte », un terme ne devrait pas donner lieu à une prolifération de sens selon les contextes où il est employé. En fait, si la définition du concept va rester la même, ce qui va varier, c’est le troisième élément entrant dans la définition, à savoir le référent. En effet, le terme, comme le précise Loïc Depecker est « un signe linguistique à sens spécialisé, un élément actif et réactif » (1999:21). Et il va se modifier selon la façon dont il rebondit dans la communauté scientifique qui le développe, le complète, l’adapte, le modifie, lui associe des référents différents. Comme le souligne Patrick Chardenet (2007:476), citant Bachelard et se référant à l’intercompréhension: « un bon concept scientifique [est] alors un concept déformable, donc forcément sujet à des adaptations.» En nous situant en amont d’une définition terminologique à construire, essayons donc d’examiner comment un terme existant a pu être emprunté au domaine de la linguistique et quels sont les « traits conceptuels pertinents » indispensables à la définition du dictionnaire de langue et les « traits caractéristiques » nouveaux qui seront ajoutés dans une définition de type terminologique pour un dictionnaire de spécialité.

Pour définir le nouveau champ, regardons les lieux des discours tenus autour de l’intercompréhension : des revues officielles traitant des politiques linguistiques – numéro spécial de la DGLF, publications du conseil de l’Europe -, des revues de didactique – notamment le Français dans le monde (revue et numéros monographiques), les Etudes de linguistique appliquée, des publications du CIEP, etc., des ouvrages monographiques ou recueils d’articles issus d’universitaires spécialistes de didactique des langues ou des linguistes qui s’ouvrent à la linguistique appliquée5 (voir bibliographie). Le champ s’est donc déplacé de la linguistique vers la didactique des langues en lien avec les politiques linguistiques.
Partons de l’observation de l’emploi du mot dans quelques-uns des premiers textes parus sur le sujet6 et rappelons le parcours diachronique de la notion. Comme l’expose Clara Ferrão Tavares (2007:587) qui a fait une étude lexicométrique du terme dans un corpus constitué par les différents numéros de la revue des Etudes de linguistique appliquée à partir de 1990, le terme d’intercompréhension figure en 1991 (n° 81) dans une référence bibliographique citant un article de 1989 « La gestion de l’intercompréhension dans les échanges entre étrangers et natifs » de M.-Th Vasseur 7. Mais nous observerons que l’intercompréhension concerne des interlocuteurs parlant une même langue qu’ils maîtrisent à des degrés divers. La deuxième occurrence citée dans les ELA date de 19928 et se réfère aux conséquences d’un échange communicatif réussi permettant une intercompréhension mutuelle, au sens d’une reconnaissance de l’autre. Nous sommes bien dans le cadre de la didactique des langues, mais le terme ne renvoie pas à la notion de compréhension multilingue comme ce sera le cas dans les publications successives. L’émergence de l’acception la plus fréquente aujourd’hui a été déjà brièvement retracée par Manuel Tost Planet (2005) qui affirme qu’au début des recherches se réclamant du même filon, le terme d’intercompréhension n’était pas employé, tandis que le concept se mettait en place à travers des mots comme compréhension réciproque, mutuelle, multilingue. On constate que ces dénominations par le jeu des adjectifs pourraient entrer dans ce qui serait une définition de notre mot cible. Dans un numéro du Français dans le monde de 1983, André Reboullet fait le compte-rendu d’un colloque La Latinité aujourd’hui. Déjà apparaissent les expressions intercommunication latine, intercommunication linguistique et culturelle, que l’on pourrait atteindre à condition que se mettent en place une volonté politique et des pratiques d’enseignement où seraient exploitées les « transparences » entre langues latines. Reboullet rappelle les idées déjà développées par Debyser, dans un numéro de 1970 de Langue française sur la linguistique contrastive, qui plaidait en faveur d’une mise en œuvre de « stratégies pédagogiques permettant le passage d’une langue latine étrangère à une autre langue latine étrangère (au niveau de la compréhension écrite) » (in REBOULLET, 1983:20). L’idée de famille de langues est introduite et ce sera un élément décisif pour la notion. Idéologiquement, lors de ce congrès, la notion de latinité se définit face au « bloc anglo-saxon ». Le concept a donc précédé le terme qui par la suite a été retenu.
Le terme même d’intercompréhension dans cette acception apparaît en novembre 1994 dans le titre d’un numéro de la Tribune Internationale des langues vivantes accompagné de ce qui aujourd’hui serait son corrélat: Plurilinguisme et intercompréhension. Les articles de la revue sont les actes d’un colloque organisé entre autres par le Conseil supérieur de la langue française. Certains des titres des contributions permettent de cerner le champ sémantique de la notion: « Apprendre à comprendre les langues » (Quemada), « Plurilinguisme et compréhension de l’écrit », « Dynamique de la compréhension », « L’Europe multilingue », « Multimedia et intercompréhension des langues ». Déjà y apparaît un article de Claire Blanche Benveniste, sur le projet Eurom4 qui venait d’être lancé. Les termes-clés sont donc: 1) plurilinguisme (ou multilinguisme)9 au moment où se constitue véritablement l’Europe aux prises avec le défi de ses langues multiples affirmant comme objectif de politique linguistique la nécessité de maintenir la diversité des langues et cultures (In varietate concordia), 2) compréhension et apprentissage de la compréhension, objets de la linguistique appliquée et la didactique des langues, centrée cependant sur l’écrit.
En 1996, le numéro 104 de la revue Études de Linguistique appliquée coordonné par Louise Dabène et Christian Degache a pour titre: Comprendre les langues voisines et regroupe des contributions de chercheurs impliqués dans le programme européen Galatea. Aucun des titres des contributions ne contient le mot intercompréhension, mais celui-ci apparaît dès la troisième ligne de la Présentation (Dabène, 1996:389):

(12) L’ensemble des contributions réunies dans le présent numéro a pour axe commun l’étude de la problématique spécifique de l’enseignement et de l’apprentissage de l’intercompréhension entre locuteurs de langues typologiquement et génétiquement apparentées, que l’on appelle communément langues voisines.

Dans cet énoncé qui précise les enjeux du numéro, le fait que soit envisagé l’enseignement/apprentissage de l’intercompréhension fournit deux paramètres: d’une part, l’intercompréhension est un objectif d’apprentissage linguistique, d’autre part, ce n’est pas un état de fait stable, mais par le biais de l’enseignement, c’est une compétence à construire et à développer. Louise Dabène situe ensuite la problématique de l’intercompréhension dans le cadre de « la sauvegarde de la diversité linguistique européenne » et la circonscrit à l’aire géographique romanophone définie comme un « continuum ». Par rapport aux recherches en dialectologie, on voit réapparaître la même idée de continuum, au long duquel se distribuent des variantes. Or ces variantes, dans ce nouvel univers de l’intercompréhension, sont des langues que personne ne considère, en synchronie aujourd’hui, comme des variantes mais bien comme des identités distinctes quoique présentant des ressemblances. C’est là un point de divergence important par rapport au concept d’intercompréhension lié à la dialectologie. L’intercompréhension est invoquée alors que spontanément les interlocuteurs ne se comprendraient pas dans un échange réel puisque selon la définition (9), on est en présence de langues différentes. La notion de parenté génétique ou typologique devient fondamentale puisqu’elle permet d’étendre les frontières du concept d’intercompréhension au-delà de sa sphère jusqu’alors habituelle. Les adjectifs synonymes de voisines sont destinés à revenir de façon récurrente dans la littérature spécialisée: langues voisines/langues apparentées ou langues parentes/langues affines. Dabène précise le sens qu’elle attribue à la notion d’intercompréhension dans l’énoncé suivant:

(13) il semble souhaitable de donner la priorité au développement de l’intercompréhension. Ceci devrait en effet permettre d’une part à chacun d’utiliser sa propre langue tout en se faisant comprendre, et, d’autre part, de rebondir sur la connaissance d’une langue pour en découvrir d’autres.

La possibilité d’intercommunication – qui était l’outil de définition des dialectes – s’applique maintenant à des locuteurs de langues différentes mais voisines et devient l’objectif final d’un apprentissage. De plus l’idée de pouvoir utiliser ce que l’on sait déjà pour apprendre du nouveau est sous-jacente à la dernière phrase et sera confirmée par la notion de « règles de passage » entre langues, souvent reprise dans les publications des spécialistes et didactisée dans la méthode allemande EuroComRom, et par celle de « règles de vigilance » visant à éviter les pièges de la transparence (Degache, 1997:4). À travers les différents articles de ce numéro 104, s’affirment les couples antithétiques ressemblance/similitude-transparence vs différence-opacité, traits sémantiques dont devra tenir compte la définition du terme, et qui tournent tous autour de la notion de contrastivité. Ce terme figure du reste dans le titre du premier article du numéro écrit par Dabène « Pour une contrastivité “revisitée” » où elle argumente en faveur d’une approche psycholinguistique de la contrastivité et pas seulement linguistique (1996:399). Précisons enfin, à travers une citation de Monica Masperi (1994:491) les caractéristiques du projet pédagogique Galatea qui permettent de mieux comprendre le contexte référentiel d’emploi:

(14) [...] à partir du moment où on se tourne vers une démarche pédagogique qui vise l’apprentissage d’une langue voisine par compétences dissociées, débutant par la compréhension écrite de la langue cible, le processus de transfert véhiculé par la relative transparence des deux codes est susceptible de devenir un atout majeur pour une entrée accélérée et gratifiante dans la LE à condition qu’il soit dûment supporté par la réflexion métacognitive du lecteur/apprenant.

On rajoute ici aux traits précédemment mis en évidence: 1) l’apprentissage n’a pas comme but immédiat l’intercommunication, mais le développement de la seule compétence de lecture dans le cadre d’un apprentissage par compétences dissociées; de fait Louise Dabène précise d’emblée que le travail sur la compréhension de l’écrit n’est qu’une phase initiale (1996:396); 2) l’apprentissage dans un premier temps implique un binôme de langues: langue source/langue cible apparentées; 3) l’apprentissage se fonde sur une activité métacognitive (de prise de conscience de son propre apprentissage). Ajoutons que le programme s’adresse toujours à des débutants adultes. On constate que la méthodologie développée à travers un produit pédagogique concret multimédia (cédérom) sélectionne seulement une partie des objectifs à développer pour arriver à la définition (14).
L’année suivante, le terme intercompréhension se retrouve dans le titre d’un numéro spécial du Français dans le Monde, Recherches et Applications, coordonné par Claire Blanche Benveniste et André Valli: L’intercompréhension: le cas des langues romanes (1997) où sont relatées les expériences liées à Eurom4, commencées quelques années auparavant, les équipes de Eurom4 et de Galatea travaillant parallèlement. Une partie des articles tourne autour du concept de multilinguisme, une autre autour de celui de parenté linguistique et enfin un troisième groupe autour du problème de la compréhension de l’écrit. On voit se confirmer trois dimensions dans la définition de la notion: la première qui est de l’ordre des politiques linguistiques, la seconde de l’analyse linguistique contrastive, la troisième de l’ordre de la psycholinguistique, les trois domaines s’interpénétrant bien sûr au sein des articles spécifiques. Dans sa présentation, Benveniste définit l’intercompréhension comme l’indique le titre de première partie:

(15) L’intercompréhension: comprendre les langues sans les parler (1997:9).

Ici l’aspect asymétrique de la communication exolingue – c’est-à-dire à travers deux ou plusieurs codes linguistiques différents - est encore davantage souligné que dans l’énoncé (13). Les principes fondamentaux de la méthode Eurom4 (sortie en 98 avant les cédérom de Galatea) sont similaires à ceux de Galatea: 1) l’écrit est privilégié avec une justification pratique de faisabilité (même si la définition générale va précisément beaucoup plus loin en évoquant une intercommunication, 2) les apprenants - adultes - sont débutants, 3) la méthodologie relève du transfert du connu qu’est sa langue vers l’inconnu de la langue qu’on découvre en exploitant les ressemblances; 4) la dimension cognitive est valorisée (par le processus d’inférences sur le linguistique essentiellement). Mais ce qui fait l’originalité du programme Eurom4, c’est que l’apprentissage est plurilingue et simultané: l’étudiant apprend trois langues à la fois. L’enseignement simultané est un principe qui devient de plus en plus co-extensif de la notion d’intercompréhension: on le retrouve dans la plupart des produits didactiques sur le marché depuis: programme EuroCom décliné sur les différentes familles de langues, romanes, germaniques et slaves, programme Galanet développant un enseignement coopératif sur une plateforme d’échanges en ligne et promouvant la communication plurilingue et exolingue, programmes pensés pour les enfants comme Parcours romans de l’Union latine ou Euromania, ouvrages publiés en Amérique latine (Interlat au Chili et Inter Rom en Argentine).

Sélectionnons maintenant dans la littérature abondante sur la question quelques articles seulement où l’on voit se dégager d’autres traits caractéristiques de la notion.
Déjà dans le numéro spécial du Français dans le monde (BENVENISTE & VALLI, 1997) un article évoquait la possibilité d’élargir le concept, sans le restreindre aux familles de langues:

(16) Peut-on poursuivre la stratégie de l’intercompréhension des langues parentes au-delà des limites d’un groupe relativement homogène, comme l’est celui des langues romanes, et, à ses côtés, germaniques ou slaves, pour la transférer à un niveau supérieur et continuer à l’appliquer non plus à l’intérieur de chacun de ces groupes, mais bien d’un cercle à l’autre ? Des pratiques analogues sont-elles envisageables à l’échelle cette fois de l’ensemble englobant toutes ces langues, à savoir la famille indo-européenne ? La réponse est sans doute positive, à condition de définir soigneusement les limites de l’entreprise. (ROUSSEAU, 1997:38)

Dans ce cas, la notion de différence est portée à l’extrême, et ce qui reste de semblable, ce peut être la typologie de langues (langues SVO, langue à cas, etc), ou alors les universaux du langage qui font qu’il y a toujours quelque chose de commun dans les différentes langues parlées. Mais lorsque le linguistique n’offre plus assez de ressemblances, cela ne signifie pas que l’intercompréhension soit impossible, mais qu’elle va s’appuyer sur d’autres facteurs que ceux des comparaisons interlinguistiques. Si nous observons les définitions données par Filomena Capucho lors d’un colloque à Dijon (2003), nous constatons en (17) l’introduction du non verbal comme élément participant à l’acte communicatif et susceptible de favoriser l’intercompréhension:

(17) Le concept d’intercompréhension
La capacité de comprendre et d’être compris dans une langue inconnue à travers des stratégies communicationnelles diversifiées (verbales et non-verbales).

En outre, en plus du non-verbal entrent en jeu les dimensions pragmatiques et culturelles. Capucho pense la notion d’intercompréhension en relation à un autre concept: celui de compétence plurilingue et pluriculturelle qu’elle emprunte aux travaux de Coste, Moore et Zarate (1997) où celle-ci est définie comme la « compétence à communiquer langagièrement et à interagir culturellement possédée par un locuteur qui maîtrise à des degrés divers, plusieurs langues et a, à des degrés divers, l’expérience de plusieurs cultures, tout en étant à même de gérer l’ensemble de ce capital langagier et culturel » (in CAPUCHO, 2003). Et elle pose alors comme définition:

(18) La compétence réceptive dans une langue inconnue sera donc construite sur des synergies intérieures à cette compétence plurielle. Elle doit être envisagée non seulement comme le résultat de transferts au sein de la dimension linguistique, mais aussi des autres dimensions et SURTOUT du fonctionnement des composantes intrinsèques de la compétence discursive (i.e. stratégique, affective et cognitive).

Ces principes ont été mis en avant dans le projet d’éveil aux langues combiné au développement de l’intercompréhension appelé EU+i. On constate que le mot intercompréhension ici a pour périphrase synonymique « compétence réceptive dans une langue inconnue » et met donc l’accent sur le point de départ de l’iter de construction de la compétence (des apprenants débutants), et que la notion de transfert est élargie à l’ensemble de la compétence discursive définie sous ses différents pôles linguistiques, textuels et situationnels (CAPUCHO & OLIVEIRA, 2005: 13)
La reconnaissance du rôle joué par l’extralinguistique dans le processus de compréhension de la langue inconnue et dans celui de co-construction du sens à tous les niveaux discursifs est donc à retenir comme principe devant figurer dans une définition. Dans cette perspective, la parenté des langues est seulement un facteur facilitateur, mais pas intrinsèquement déterminant. Doyé (2005:20) souligne que des études empiriques doivent venir confirmer ces hypothèses d’élargissement à toute langue, ce que les travaux de Christian Ollivier présentés lors du congrès de Lisbonne (2007:67) viennent corroborer. Il teste trois groupes devant effectuer une tâche connue (réserver des chambres d’hôtel) : un réserve en langue maternelle (allemand), le second dans une langue inconnue (le portugais) proche d’une langue connue (le français), le troisième dans une langue non apparentée (le turc). Le taux de réussite pour la langue non apparentée, sans apprentissage, est tout à fait satisfaisant, même si les difficultés sont plus grandes (et en particulier la démotivation pour s’appliquer à comprendre).
Dans les pays eux-mêmes multilingues, comme la Suisse, les situations de communication plurilingue sont réellement vécues comme le souligne Marinette Matthey, intervenant lors du séminaire S’entendre entre langues voisines: vers l’intercompréhension, qui s’est tenu à Genève en novembre 2006; elle offre un exemple de conversation bilingue – français/dialecte alémanique – où l’intercompréhension est parfaite – qu’elle classe dans la catégorie de la communication endolingue, alors qu’elle définit la communication exolingue comme une situation communicative où la différence de codes entraîne la présence de signaux pour résoudre les incompréhensions (MATTHEY, 2008: 120). Laurent Gajo (2008: 133), lui aussi chercheur en Suisse, fait entrer dans la définition qu’il donne de l’intercompréhension le paramètre de « langue en contact »:

(19) En outre, elle [l’intercompréhension] peut s’appliquer d’emblée à des langues reconnues comme typologiquement proches (voisines) ou, de manière plus générale, à toute situation de contact linguistique.

Ce paramètre du contact fondé sur la proximité géographique et non plus génétique apparaît comme facilitateur. Mais le contact peut se faire aussi à travers une langue non apparentée avec celle de l’apprenant, mais que celui-ci connaît. Ce principe est mis en œuvre dans le programme ICE (Intercompréhension européenne) d’Éric Castagne (2005) où l’adjectif voisin signifie à la fois proximité génétique des langues cibles et proximité du groupe cible par rapport à l’apprenant parce que l’une de ses langues est déjà connue et donc en contact. C’est ce qui ressort de sa définition :

(20) [...] l’équipe d’ICE a commencé à recueillir des données qui ont confirmé que les objectifs fixés pouvaient être atteints, non seulement avec des langues apparentées, mais aussi avec des langues « voisines » (par exemple, apprentissage simultané de la compréhension de l’anglais de l’allemand et du néerlandais pour un public francophone ayant déjà des notions dans l’une de ces trois langues germaniques.)

En effet, dans une perspective d’enseignement, il faut distinguer les situations où l’apprenant parle une langue apparentée de celles qu’il apprend, ou bien si le groupe des langues apprises sont apparentées entre elles mais pas avec celle de l’apprenant comme c’est le cas dans les projets allemands EuroComRom par exemple (JAMET, 2007: 183). Dans ce cas, on voit apparaître dans les articles relatifs beaucoup plus souvent comme synonyme d’intercompréhension: compétence réceptive plurilingue (MEISSNER, 2007: 186).
Observons enfin cette citation de Peter Doyé, qui propose une définition de l’intercompréhension selon les deux concepts chomskyens de compétence et de performance :

(21) Pour un examen plus approfondi de l’intercompréhension, il est utile de faire la distinction entre compétence et performance, deux catégories qui peuvent être employées pour l’étude de tout phénomène linguistique. Sous l’aspect de la performance, l’intercompréhension se décrit comme l’activité de personnes de langues maternelles différentes qui communiquent en s’exprimant dans leur propre langue et en comprenant la langue de l’autre. Du point de vue de la compétence, l’intercompréhension est la capacité de comprendre d’autres langues sans les avoir apprises.


On constate que son idée de la compétence d’intercompréhension est similaire à celle liée aux études dialectales. Si l’intercompréhension est la capacité de comprendre des langues non apprises, cela signifie que le degré de ressemblance est tel que la communication peut s’établir malgré quelques ratés qui sont consubstantiels à toute interaction endolingue (pensons aux interprétations divergentes ou aux malentendus). Toutefois toutes les recherches dans le champ de la didactique des langues dont nous venons de parler envisagent le problème comme la construction d’une compétence qui permettra alors d’arriver à la définition que Doyé donne de la performance en intercompréhension en (21). Nous sommes loin de la définition du dictionnaire de linguistique (8), mais loin aussi de la définition de compétence d’intercompréhension donnée par Doyé à la fin de sa définition (21) .
Et pour conclure sur un dernier « trait » - moins scientifique - qui revient assez souvent, lisons cette définition de François Grin (2008:18) :

(22) L’intercompréhension: la faculté, pour des locuteurs de langues maternelles différentes, de tabler sur leurs compétences réceptives dans les langues des autres pour se comprendre mutuellement. [...] une pratique du quotidien, mais aussi un rêve qui semble à portée de main, si seulement on voulait bien le prendre au sérieux.

C’était ainsi du reste que nous commencions notre travail de recherche sur l’intercompréhension orale (2007:8):

(23) Et si l’intercompréhension était une anti-Babel ? Un rêve où le fait que chacun parle une langue différente de celle des autres ne soit plus une punition divine puisque cela n’empêcherait pas de se comprendre?

L’intercompréhension: un rêve ? Si le rêve est le moteur de la recherche dans une vision idéalisée d’un plurilinguisme diffus, ce ne sera certainement pas un trait distinctif de notre définition... car le rêve a un sens bien réel sur le plan didactique.

3. Pour une définition actualisée de l’intercompréhension

Comment proposer une définition plus actualisée du terme intercompréhension ? Comment articuler les deux mouvements contradictoires de la prolifération polysémique chaque fois qu’un facteur nouveau intervient et de la restriction sémantique du terme scientifique qui tente de circonscrire son référent? Quel mécanisme devient opératoire: l’attribution d’un nom à un ensemble de phénomènes ou, à l’inverse, la tentative de délimiter et de classifier le champ du réel à partir de la définition préalable du terme ? Pour ce qui est de l’attribution du nom au champ nouveau de recherches des années 90, s’il n’est pas apparu tout de suite comme nous l’avons dit, il s’est vite imposé comme terme fédérateur. Reste à voir maintenant comment en proposer une définition/description en tenant compte de la variation des contextes d’emploi afin de pouvoir conclure, une fois les contours de la notion posée, ce qui dans la réalité des pratiques relève de l’intercompréhension ou simplement de la compréhension d’une ou plusieurs langues étrangères.

3.1. Une définition lexicographique pour le dictionnaire de langue.
Il nous semble que même pour un dictionnaire de base, tel le Petit Larousse ou le Petit Robert, outre la périphrase « compréhension réciproque ou mutuelle » qui reste valable et justifie le maintien d’un terme unique malgré des référents différents, une définition un peu plus précise serait possible. Nous pourrions proposer:

(24) LING. Intercompréhension. 1) Faculté des individus ou des groupes humains de se comprendre mutuellement 2) Condition rendant possible la communication malgré les différences de code linguistique entre les interlocuteurs.

La définition resterait dans le champ général de la linguistique. Le sens 1 donne la définition la plus générale possible où nous préférons expliciter le mot compréhension plutôt que de reprendre tel quel ce qui constitue un segment de notre mot-cible composé. Ce sens 1 est suffisamment large pour englober tous les aspects évoqués ci-dessus et en particulier le fait que le terme peut être utilisé à l’intérieur d’une même communauté linguistique (comme en (8). Le deuxième emploi, qui couvre aussi bien les recherches dialectales que celles récentes sur les langues voisines, prend en compte l’idée de variantes et peut même être valable dans le cas de langues non affines utilisées dans un échange plurilingue.
Pour un dictionnaire plus complexe qui donne déjà des éléments de nature terminologique. On pourrait préciser la fonction de l’intercompréhension:

(25) LING. Intercompréhension. 1) Faculté des individus ou des groupes humains de se comprendre mutuellement 2) Condition rendant possible la communication malgré les différences de code linguistique entre les interlocuteurs.
Spécialt. – Sociolinguistique et ethnolinguistique: facteur servant à distinguer les dialectes et langues. – Didactique des langues: compétence développée en prenant appui sur les ressemblances entre langues généralement voisines pour faciliter le processus d’apprentissage de la compréhension de celles-ci dans le but de s’exprimer chacun dans sa langue et de comprendre l’autre.
Etymologie: de inter-compréhension. 1913, Ronjat, à propos des ressemblances entre patois provençaux.

On voit que nous choisissons comme en (6) de ne pas compliquer la définition en introduisant une distinction entre parlers et dialectes comme le fait le dictionnaire de linguistique (8). La définition en didactique des langues reste la plus neutre possible, et sélectionne les traits pertinents (celui de ressemblances des langues). Les autres traits: exploiter l’univers culturel, les stratégies de décodification déjà acquises par ailleurs, etc. figureront dans un article de terminologie. Nous rajouterions, dans l’étymologie le contexte d’emploi de la première apparition du terme.
S’il fallait comme pour le TLF rajouter des citations, nous pourrions inclure l’exemple (10) qui permet de bien cerner la notion aujourd’hui dans le champ de la sociolinguistique et de l’ethnolinguistique. Et pour le terme de didactique des langues, nous pourrions mettre la citation (13), plus générale. La citation (14) plus précise contient trop de termes difficilement interprétables pour des non-spécialistes comme compétences dissociées, LE, réflexion métacognitive. En effet, comme le dit Dubois (in BLANCHON, 1997: 171), l’adaptation au public potentiel du dictionnaire est fondamentale:

(26) Les lexicographes doivent adapter la paraphrase synonymique scientifique afin de la transcoder dans une forme écrite capable d’être reçue par le groupe socio-culturel qu’ils ont défini comme étant le récepteur potentiel de l’information contenue dans le dictionnaire.

3.2. Une définition terminologique pour un dictionnaire de spécialité.
Le rôle de la définition terminologique et de «situer clairement et immédiatement la notion dans un système notionnel, c’est-à-dire, nous dit la norme ISO 70410 (2000):

(27) la décrire à un niveau d’abstraction donné, distinguer la notion des notions apparentées, établir des relations entre la notion en cause et les autres notions du système afin de déterminer la place qu’occupe cette notion à l’intérieur du système [...] la définition doit contenir les caractères essentiels de la notion représentant un objet particulier. (in BLANCHON, 1997: 170)

Il peut arriver qu’un terme reste le même tandis que la science évolue et donc modifie le rapport au concept et/ou au référent. C’est donc le cas de notre mot-cible, qui vit aussi bien dans le domaine de la sociolinguistique que dans celui de la didactique des langues: outil dans un cas, compétence à développer en vue d’un apprentissage dans l’autre. La réactualisation du dictionnaire de linguistique pourrait se faire en insistant davantage sur les aspects psycholinguistique impliqués par la notion d’intercompréhension dans le champ de la didactique des langues. Par exemple:

(28) Intercompréhension. Etymologie: de inter- et compréhension. 1913, Ronjat, à propos des ressemblances entre patois provençaux.
L’intercompréhension désigne la faculté de comprendre son interlocuteur et d’être compris en retour. En sociolinguistique et ethnolinguistique, le degré d’intercompréhension entre différents groupes utilisant des codes linguistiques présentant entre eux des variations permet de délimiter les aires linguistiques: l’incompréhension est le signe de l’existence de langues différentes, la compréhension partielle permet de classer les variantes sur un continuum, la compréhension totale (incluant la variation des registres) d’identifier une même communauté. En didactique des langues, l’intercompréhension est une compétence développée en prenant appui sur les ressemblances entre langues généralement voisines génétiquement pour faciliter le processus d’apprentissage de la compréhension de celles-ci. Les stratégies utilisées pour la construction du sens au moment de la lecture ou de l’écoute d’une langue étrangère impliquent une activité cognitive de type métalinguistique (prise de conscience des zones de transparence formelles et de signifiés), méta-pragmatique (utilisation des connaissances acquises en LM pour savoir quels besoins langagiers correspondent à une situation déterminée) et méta-culturelle (connaissance encyclopédique du monde) en activant des stratégies inférentielles. L’objectif est de parvenir à des situations de communication plurilingue où chacun s’exprime dans sa langue et comprend celle de l’autre.

Pour ce qui est d’un dictionnaire de didactique des langues, il existe déjà une définition terminologique dans le Dictionnaire de didactique du français, sous la direction de Jean-Pierre Cuq paru en 2003. S’adressant à des étudiants ou des spécialistes d’enseignement, elle fournit davantage d’informations sur la méthodologie d’enseignement/apprentissage développée autour de la notion contemporaine:

(29) Intercompréhension
Ce concept a été mis en avant au cours de l’évolution récente de l’enseignement des langues étrangères aux adultes. Il s’agit de développer, par une méthodologie appropriée, la compréhension réciproque de sujets locuteurs de langues génétiquement apparentée (ou langues voisines) comme les langues romanes, à partir de l’usage par chacun de sa propre langue. Les idées-force de cette méthodologie peuvent se résumer ainsi:
- sélectionner et hiérarchiser les objectifs d’apprentissage;
- inciter les sujets à s’appuyer sur l’ensemble de leurs compétences culturelles autant que linguistiques, que celles-ci aient été acquises ou non en milieu scolaire (musique, voyages, fréquentations, etc.);
- construire les rudiments d’une grammaire de la compréhension en dégageant les points de convergence translinguistiques (règles de passage) et en soulignant les pièges à éviter (règles de vigilance);
- entraîner, ainsi, progressivement l’apprenant à dynamiser son potentiel cognitif.
Les orientations ainsi définies se sont concrétisées, au cours de la décennie 1990-2000, par une série de réalisations méthodologiques multimédias internationales dans le domaines des langues romanes, appuyées par les institutions européennes.

Précisons seulement ce qu’il conviendrait d’ajouter ou de préciser six ans plus tard. Si l’enseignement aux adultes a caractérisé les premières méthodes, il faut ajouter que cette méthodologie est utilisée aussi pour les enfants et les adolescents – et de ce fait a un rapport avec « l’éveil aux langues ». Il conviendrait de mieux souligner, dans le premier point de la liste ci-dessus, la différence entre l’objectif final d’apprentissage qui est effectivement l’intercommunication – mais qui ne peut exister que si l’autre, dans l’autre pays, fait la même démarche que moi – et les objectifs partiels pour l’instant présents dans les produits didactiques qui ont privilégié la lecture (donc sans interaction), ont introduit l’oral d’abord dans l’oralisation de l’écrit et commencent tout juste à insérer la dimension orale communicationnelle (comme dans Galanet où des documents oraux peuvent être insérés). Il faudrait préciser également dans les objectifs d’apprentissage le choix entre un apprentissage de plusieurs langues simultanément ou pas, et le fait qu’une langue apprise peut servir de pont pour d’autres. Enfin, il faudrait indiquer que le développement des compétences réceptives peut se faire aussi avec des langues cibles non apparentées avec celles de l’apprenant, mais apparentées entre elles, ou à l’extrême entre langues différentes. L’expression « rudiments d’une grammaire de la compréhension » apparaît maladroite, d’une part parce que le mot rudiment a pour connotation l’idée d’élémentarité et de simplification peut-être excessive, d’autre part parce qu’en fait on a besoin d’une grammaire de l’intercompréhension (et pas seulement de la compréhension) en mettant au cœur de la réflexion la contrastivité, pensée en fonction de l’objectif pédagogique à atteindre et non pour le plaisir d’un savoir linguistique approfondi. Enfin, les dates à la fin de la définition devraient rendre compte de la vitalité de ce secteur encore aujourd’hui et l’inscrire de façon plus nette dans le cadre politique sous-jacent qui fait du développement du plurilinguisme une priorité pour l’Europe et pour ses citoyens, non pas pour se protéger de l’Anglais, mais en terme d’écolinguistique, pour valoriser la richesse culturelle que sont les langues. Il nous semble que c’est l’application de l’ensemble de ces traits distinctifs – et pas seulement de l’un d’entre eux - qui permettra de décider si une démarche pédagogique d’enseignement des langues relève ou non de l’intercompréhension.

Dans un article récent, Christian Ollivier (2008:128) écrivait: « Le terme d'intercompréhension reste ignoré des dictionnaires généralistes et même de certains dictionnaires de didactique ». Le terme n’était pas ignoré, mais ne reflétait pas les recherches actuelles. Nous espérons avoir œuvré dans le sens d’une réparation de ce manque, et avoir proposé des pistes définitionnelles qu’une réflexion élargie à la recherche scientifique produite dans d’autres langues que le français pourra compléter et affiner.

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Notes

↑ 1Nous utiliserons dans cet article indifféremment les mots concept et notion pour nous référer à l’intercompréhension, malgré leur ambiguïté en français qu’a soulignée Alain Rey (1979:30 ) ; nous les emploierons en tant que synonymes, sans tenir compte de la variation de sens liée à l’usage quotidien qui associe à la notion précisément une connotation d’indéfinition par rapport au concept plus scientifique.

↑ 2Nous limitons le champ d’investigation quasi exclusivement aux publications en langue française, bien que le concept étudié au niveau européen, fasse l’objet de définitions dans d’autres langues.

↑ 3En raison d’une erreur de transcription dans le Grand Robert, on trouvera mention de Roujat au lieu de Ronjat.

↑ 4Abréviation de spécialement.

↑ 5Nous ne rentrons pas ici dans les discussions sur le fait que le terme linguistique appliquée ne peut être considéré comme un synonyme de didactique des langues.

↑ 6Nous avons retenu les textes les plus diffusés et visibles. Il est possible que les termes évoqués figurent dans d’autres articles légèrement antérieurs, mais ce qui compte, c’est la tendance générale que les ouvrages les plus accessibles révèlent. Quand nous analysons les implications d’un énoncé pour la définition de la notion, cela ne signifie donc pas nécessairement que l’auteur soit exactement le premier à avoir introduit certains paramètres.

↑ 7Article paru dans le volume de l’Association des Sciences du langage : L’interaction, Buscila, 1989.

↑ 8Il s’agit d’un article de Tournier , « Des dictionnaires de langue aux inventaires d’usages » (1992:53), dans le numéro double 85-86 où le mot est inclus dans la citation suivante : « ...l’activation communicationnelle étant, par l’intercompréhension qu’elle engendre, constitutive du social... ». Le terme ici se réfère à la deuxième acception du verbe comprendre (comprendre l’identité de l’autre), et pas comprendre le discours de l’autre, et il s’agit d’une conséquence et non d’un préalable à la communication.

↑ 9L’indécision entre plurilinguisme et multilinguisme parcourt la littérature. Les textes officiels européens réservent aujourd’hui plurilinguisme aux compétences de l’individu, et multilinguisme lorsque plusieurs langues coexistent sur un même territoire.

↑ 10Organisation internationale de normalisation.

Pour citer cet article :

Marie-Christine JAMET, L’intercompréhension: de la définition d’un concept à la délimitation d’un champ de recherche ou vice versa ?, Autour de la définition, Publifarum, n. 11, pubblicato il 01/03/2010, consultato il 21/11/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=144

 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

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