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Raconter le départ : « Cannibales » de Mahi Binebine

Elisa BRICCO



Résumé

L'article présente une lecture narratologique et thématique du roman Cannibales de Mahi Binebine. Très ancré dans l'actualité contemporaine, l'intrigue met en scène l'attente du départ d'un groupe de dépossédés vers l'Eldorado européen. A travers la succession des voix narratives, par un jeu intéressant de la polyphonie textuelle, l’auteur arrive à raconter le désespoir et les dessous de la migration clandestine, son 'système' brutal et inhumain. C'est toute la misère du monde contemporain qui est dénoncée dans un texte où l'engagement auctorial, éthique et politique, est très présent.

Abstract

The article presents a narratological and thematic reading of the novel Cannibales by Mahi Binebine. Deeply rooted in contemporary actuality, the plot depicts the pending departure of a group of dispossessed to the European Eldorado. Through the succession of narrative voices, for an interesting construction of polyphonic text, the author comes to describe the desperation and the below of the illegal migration, a brutal and inhumane 'system'. All the misery of the contemporary world is exposed in a text where we can find out a very precise authorial posture dealing with ethical and political commitment.

Mahi Binebine1 est un peintre et romancier marocain. Né en 1959 à Marrakech, il a fait ses études à Paris et il a enseigné les mathématiques pendant huit ans. Parallèlement, il s’est consacré à l’écriture et à la peinture. Depuis 2002, après avoir habité à Paris et à New York, il est rentré à Marrakech où il se consacre désormais à la peinture et à l’écriture, il a publié huit romans.

Le titre de cette étude évoque le sujet principal du roman Cannibales que Binebine a publié en 1999, c’est-à-dire le départ tragique des aspirants immigrés africains vers l’Eldorado européen. Une citation illustrant quelques caractéristiques de l’œuvre de cet auteur me permettra d’introduire mon propos : « Son œuvre est traversée par les grandes transformations qui ont marqué le Maroc mais aussi le monde. » (Lahsen Bougdal : 97). En effet, j’ai choisi de me pencher sur ce roman parce qu’on y traite un sujet très actuel, douloureux et apparemment sans issue, celui de l’immigration clandestine. C’est un ouvrage étonnant parce qu’on y met en scène seulement l’attente de la traversée de cette petite portion de mer de 17 km entre le Maroc et Gibraltar. Toutefois, dans l’espace d'une nuit le lecteur est confronté avec toute une panoplie de situations qui le plongent dans des cultures, dans des dynamiques familiales et des lieux très différents et multiples. Par une parfaite amalgame d’ingrédients, dans la briéveté d'une nuit, l’auteur arrive à dire la tragédie du départ dans toute sa complexité.

Mahi Binebine est un romancier marocain contemporain qui raconte le monde d’aujourd’hui avec ses contradictions, ses caractéristiques, sans complaisance et avec beaucoup de vérité. Il fait partie de cette nouvelle génération de romanciers qui, selon le critique Najib Redouane2, depuis les années quatre-vingt-dix apparaît au Maroc. Ce sont des jeunes écrivains qui cherchent à se dégager de l’emprise des grands auteurs et textes fondateurs de la littérature marocaine, et qui s’attachent de plus en plus à raconter l’actualité contemporaine. Il s’agit d’« une génération qui, dotée de sa propre démarche littéraire, de son style et de ses thèmes, positionne la littérature comme une action dans l’actualité et une prise
en charge du présent dans sa dimension évolutive.» (p.11)

La question de l’immigration dans le roman

L’une des grandes thématiques que cette littérature en langue française a abordée de manière systématique est celle de l’exil, de la migration et de l’immigration, selon les cas et selon les périodes. Ainsi que l’explique Christiane Albert dans son ouvrage consacré à L'immigration dans le roman francophone contemporain3, on peut distinguer trois périodes différentes pendant lesquelles le roman francophone a représenté ce thème. Au cours de la première, qui commence autour des années trente du 20e siècle et s'achève dans les années soixante, l'immigration est prise en compte par des romans autobiographiques. Les auteurs sont des intellectuels venus en France pour visiter le pays ou poursuivre leurs études ; ils mettent en scène des situations d'exil vécues par des travailleurs immigrés ou des étudiants africains confrontés à la culture occidentale. Dans les années 70, on observe une multiplication de textes qui donnent une place centrale à la problématique de l'immigration. Surtout du côté maghrébin, les récits mettent en scène des personnages d'immigrés confrontés à un questionnement lié au double écart culturel et géographique par rapport à leur culture d'origine. Au cours de la troisième période, celle qui nous intéresse et qui commence autour des années 1980, émerge la figure de l'écrivain migrant. Et on définit la littérature migrante par des traits à caractère ethnique (littérature beure) ou social (littérature de l'immigration). Les migrants sont des écrivains qui « désancrent littérature et nation et récusent toute conception monolithique de l'identité, toute identification avec une nation ou un pays où s'ancrerait une 'identité racine', et revendiquent leur appartenance à des univers culturels différents et non exclusifs les uns des autres »4. Mahi Binebine a été lui aussi un migrant et dans plusieurs de ses romans les problématiques liées aux conditions de vie des immigrés sont très présentes.

Aujourd’hui, tous les pays qui donnent sur la Méditerranée vivent et sont confrontés au phénomène de l’immigration clandestine. C’est un fléau contemporain, l’une des grandes injustices d’aujourd’hui, que les écrivains racontent parce qu’il est urgent et juste de diffuser des nouvelles sur cette situation tragique. Encore Najib Redouane prend en compte ce phénomène dans son ouvrage cité ci-dessus :

« Beaucoup d’écrivains se sont intéressés à [la] quête désespérée vers les pays du Nord d’immigrants clandestins qui tentent de rejoindre l’Eldorado européen au péril de leur vie. En effet, cette thématique tragique et d’actualité occupe en plus une place considérable chez une nouvelle génération d’écrivains marocains. La multitude des écrits des dernières années montre que plusieurs écrivains ne sont pas restés indifférents devant la tragédie actuelle de ces groupes d’hommes et de femmes, appelés « Harragas » [ du verbe ‘h’rag’ brûles, parce qu’ils brûlent leurs papiers pour ne pas être reconnus et renvoyés par la police espagnole] qui, en partance vers « la terre promise » sur des barques de fortune, s'enfuissent au fond des eaux internationales méditerranéennes au large du Détroit de Gibraltar devenu un des plus grands cimetières du monde. Par des récits poignants qui incitent à s’interroger sur les causes de cette situation dramatique, ils réussissent à mieux capter cette troublante tragédie avec ses pertes, ses déroutes, ses espoirs avortés. » (23)

Focus sur le roman Cannibales

Dans Cannibales, les personnages restent à la phase de ‘candidats à l’émigration’. Le roman développe la réflexion sur les motivations qui poussent une personne à tenter l’immigration clandestine, même en risquant sa propre vie. En effet, le récit raconte une tentative d’embarquement pour l’Espagne à partir d’une plage marocaine. C’est près de Tanger qu’un petit groupe de personnes attend le moment opportun pour embarquer et traverser le détroit. Ce sont huit personnes en tout, sept migrants et le passeur : Azzouz, le narrateur, et son cousin Réda, Nouara et son bébé, l’Algérien Kacem Djoudi, Youssef et deux Maliens, Pafadnam et Yarcé. Tout se passe pendant cette nuit, où l’espoir se mélange à la peur, où nous rentrons tour à tour dans les existences des personnages pour comprendre les motivations qui les ont poussés à partir.

Mahi Binebine a expliqué dans un entretien5 qu’il a écrit ce roman pour arriver à donner un visage et une consistance humaine à des êtres qui, dans les journaux, dans les statistiques et dans les discours officiels ne sont que des nombres et des figures : « J’ai eu souvent l’impression que les êtres dont on parlait étaient réduits à des ombres, des chiffres, des spectres anonymes. Je me suis alors lancé dans l’aventure donquichottesque de leur donner des noms, des visages, des identités. » Il veut parler de ce désespoir tout contemporain : « J'ai raconté dans Cannibales le désespoir d'une génération. Les gens veulent partir. J'ai lu dans un sondage que 75% des jeunes ont envie de se barrer. C'est incroyable ! Ils veulent partir, parce qu’ils ne rêvent plus chez eux »6. Dans la démarche de l’écrivain, il se trouve sans doute une volonté de dénonciation vu que le Maroc est un pays où les structures sociales demeurent désespérément archaïques, voire féodales et qu’il n’offre pas de véritables perspectives d’avenir pour les jeunes. Il y a en même temps l’irrésistible attrait qu’exerce l’image des pays européens diffusée par les chaînes de télévision Occidentales qui inondent désormais tout le Maghreb.

Interrogé récemment sur son passé d’immigré étant donné la récurrence du thème de l’émigration dans ses toiles autant que dans ses livres, l’auteur a répondu que : « La tragédie de l'immigration clandestine me hante depuis longtemps. Voilà sept ans que j'ai écrit mon roman Cannibales et dans le Détroit comme ailleurs, les jeunes gens continuent de mourir noyés [...] C'est une honte. J'ai mal pour ces jeunes et pour leurs familles. [...], je ne suis pas obsédé par mon passé d'immigré qui, par ailleurs, fut bien douillet. Et puis, je peux voyager à ma convenance, et pas en pateras »7.

Du côté du Maghreb, la création de l’espace Schengen en 1990 s’est traduit par la réduction drastique des visas accordés et a suscité un sentiment d’enfermement surtout parmi les jeunes. D’où l’explosion de l’immigration clandestine. Le durcissement des politiques migratoires dans les pays traversés et d’accueil et les conditions de vie de plus en plus difficiles dans les pays de départ, ont changé le visage de la migration clandestine. Elle est devenue massive et très risquée. C’est aujourd’hui une migration de désespoir, et cela est évident si l’on considère les moyens utilisés. En plus des routes du désert, la traversée du détroit de Gibraltar à bord d’embarcations fragiles, les pateras, est devenue un moyen pour rejoindre directement les côtes espagnoles de la part des candidats à l’émigration. Le roman est de ce point de vue un véritable document qui raconte toute la tragédie des voyageurs, étape par étape, avec un regard qui n’est jamais ouvertement critique mais plutôt ironique. Comme il arrive par exemple lorsqu’on montre comment le fonctionnement de la traversée est présenté aux futurs voyageurs :

« La traversée du détroit ? Une simple formalité ! Cinq mille misérables francs français, et bonjour l’Espagne ! Puis une nuitée sur une confortable couchette du train express et on se réveille à Hendaye, frais et dispos, sous un soleil radieux. Pépé, l’associé espagnol à qui il faudrait remettre la seconde moitié de la somme, ferait le reste : une charmante randonnée pédestre à travers les Pyrénées, de façon à contourner le poste frontière, et le tour serait joué. Oui, monsieur : un jeu d’enfant ! [...] un système rodé, à toute épreuve, quasi infaillible. » (p.105)

Malgré la possibilité d’une fin tragique, la migration clandestine devient aussi une migration d’espoir. Le clandestin est celui qui brave la mer, la faim, la soif, celui qui risque sa vie pour atteindre un objectif : celui d’accéder à une vie meilleure, au marché du travail et de chercher à sortir sa famille de la pauvreté.

Le roman dissèque ainsi la thématique de l’immigration : on s’y s’interroge sur les motivations qui poussent les personnages à partir, mais on rend compte aussi de plusieurs situations qui concernent l’organisation logistique des départs clandestins, ainsi que de la vie des sans papiers en France.

Résumé du livre

Azzouz est la voix principale du roman, il raconte son histoire ainsi que celle des autres personnages. Enfant du bled marocain, il est l’aîné de huit frères et sœurs, le seul qui a pu faire des études, puisque l’école se trouvait très loin du village et que sa famille avait besoin du travail de tous pour pouvoir survivre. Malgré cela, il avait eu la possibilité de s’instruire et il savait bien que cela aurait pu être sa voie d’accès à de meilleures conditions de vie. Adolescent, la chance lui a souri puisqu’il a eu l'incroyable opportunité d’aller poursuivre ses études à Marrakech pour fréquenter l’école de Sœur Bénédicte. Malheureusement, toute sa situation reposait sur la bonhomie et la générosité de la religieuse, et donc, à la mort soudaine de celle-ci, ses rêves se sont effondrés. Dépourvu d’un guide, Azzouz, poussé par son cousin Réda - handicapé à cause d’un incident domestique, qui lui donne l’idée de partir en France chercher fortune - décide d’utiliser l’argent, que lui avait laissé Sœur Bénédicte pour payer ses études universitaires, pour émigrer.

La jeune Nouara entreprend cette aventure pour rechercher son mari qui est parti en France. Depuis un an elle n’a plus des nouvelles de lui, ainsi elle décide de partir avec son bébé, que le père n’a même pas connu. Le narrateur, un peu douteux et pressentant une suite problématique, se pose la question : « Avait-elle le droit d’infliger cette misère à son bébé ? »8. En fait, de premier abord Nouara pourrait donner l’impression d’être une femme amoureuse qui est capable de tout pour son bien aimé, même de risquer sa vie et celle de son bébé. Pourtant, c’est parce qu’elle a vu son rôle de femme mariée bouleversé par le départ et surtout par l’absence immotivée et prolongée de son mari, qu’elle veut éclaircir sa situation, d’autant plus que si son mari avait vraiment disparu sa vie changerait complètement.

Kacem Djoudi est un Algérien de Blida. Il avait été instituteur au temps où la paix régnait dans son pays. On ne sait pas exactement, mais les indices nous font croire qu’il a perdu toute sa famille dans une attaque militaire. Après cette tragédie, il est devenu un « vétéran de la clandestinité » et il a déjà fait plusieurs tentatives de traversée vers l’Europe.

Le quatrième voyageurs, Pafadnam, est un géant Malien à sa troisième tentative de départ. « Il n’était pas vraiment démuni, comme le sont d’ordinaire les candidats au départ. » (p.76). Dans son village, il a un morceau de terre où il a construit sa maison et un potager, mais cela ne vale rien puisqu’il ne plet jamais et qu’il est impossible de cultiver quoi que ce soit ; ainsi, il n’arrive pas à nourrir sa femme et ses enfants. Son cousin, qui est déjà en France, lui a envoyé l’argent pour la traversée. Il a donc quitté sa famille promettant de revenir les chercher après avoir trouvé un travail. En réalité, les difficultés ont été multiples, et le seul fait d’arriver à Tanger a été une victoire pour lui, parce qu’il a dû traverser des champs de mines et échapper à plusieurs points de contrôle.

Yarcé, est introduit ainsi : « petit bonhomme timide, effacé, dont nous avions presque oublié la présence, tant il était retranché dans son coin, obscur et muet, ombre parmi les ombres de la nuit. » (p.21). Il était arrivé à Tanger trois ans auparavant pour travailler comme masseur chez un milliardaire anglais. Après le décès de son patron, Yarcé s’est retrouvé à la rue. Le hasard a voulu qu’il connaisse Morad et puisse devenir un candidat au départ.

Le dernier en attente pour la traversée est Youssef. Il est l’aîné de cinq enfants, et chez lui il travaillait toute la journée pour aider la famille. Le père était chaouch et habitait le rez-de-chaussée d’une maison avec d’autres locataires et ses deux épouses, qui cohabitaient en harmonie. Son salaire n’était pas suffisant pour les besoins de la famille, mais il avait d’autres entrées, car dans le quartier tous savaient « qu’il avait l’oreille de ses supérieurs » (p.64). Leur vie coulait tranquille, mais elle a été bouleversée quand le père a volé un sac de blé à la mairie. Le blé était contaminé avec de la mort-aux-rats et tous, sauf Youssef et son père qui n’en avaient pas mangé, sont morts. Fou de désespoir, le père a été interné dans un asile, tandis que Youssef n’a plus aucune raison de rester à Marrakech. Il a donc tout vendu, mais il a réussi à obtenir seulement les trois quarts du prix de la traversée. « Ce montant-là, tous les jeunes le connaissent ; chacun rêve de le réunir un jour ! » (p.70). Mais Morad, celui qui s’occupe de composer les groupes de migrants clandestins, a persuadé le passeur de lui faire un rabais. Et c’est ainsi qu’il a eu la possibilité de tenter une nouvelle vie.

On découvre le personnage du passeur, très mystérieux dans la description suivante : « Nous nous contentions de l’appeler “Patron”, avec une déférence craintive, comme on aurait appelé un instituteur brandissant sa baguette, un gendarme véreux au regard cruel, un sorcier jeteur de sorts, tout homme qui tient votre avenir entre ses mains. » (p.10). Le passeur, leur « Monsieur notre Sauveur » (p.27), peut être considéré comme un chef absolu, parce que c’est à lui de tout décider : il a la vie des clandestins dans ses mains. Par conséquent, c’est par le récit des autres que nous pouvons avoir une idée de ce personnage, puisqu’il parle très peu et il est très distant et discret. Par conséquent, c’est à travers les réactions à ses actions et les appréhensions des autres qu’on perçoit cet individu. Par exemple, lorsque le bébé de Nouara commence à pleurer à l’impromptu, poussant tous au désespoir par crainte d’être repérés par la police côtière, ils se tournent vers lui sachant qu’il déterminera si l’enfant pourra ou non rester parmi eux sur la plage : « Sur le qui-vive, nous attendîmes la sentence du passeur. Elle allait forcément tomber, et venant d’un tel fagot d’épines, nous savions qu’elle serait redoutable. » (p.20) Les mots de Binebine sont très évocateurs du sentiment d’anxiété qui s’est emparé des hommes et de leur conscience de son manque d’humanité.

Un autre personnage évoqué dans le roman est Morad, l’associé du passeur. Il n’est pas présent sur la plage, parce qu’il s’occupe de la négociation pour organiser la traversée, mais il est présent souvent dans le récit d’Azzouz. Il a joué un rôle essentiel dans la composition du groupe d’aspirants clandestins et c’est lui qui les a convaincus à partir. En fait, installé au café "France", quartier général où il rencontre les candidats au départ clandestin, il ne manque pas de
construire pour eux une image de l’Europe comme un paradis. Il est orgueilleux de son titre d’« Expulsé européen », et il aime raconter lesexpériences qu’il a vécues à Paris, où il a passé « dix longues années de bonheur » (p.26) : « Au café France, Morad ne tarissait pas d’anecdotes sur ses aventures d’antan. Il nous faisait baver avec ses histoires aussi insolites qu’excitantes. » (p.105). Là, il était Momo, le petit frisé de Chez Albert où il travaillait comme aide cuisinier. Son paradis en France se limitait à la cuisine du restaurant portugais et à son studio. Il ne sortait pas trop car il craignait d’être repéré et arrêté par la police. Ses histoires comme clandestin à Paris font rêver les futurs candidats : « Nos yeux de futurs clandestins, de conquistadores anonymes, s’allumaient à ceux, plaisamment hautains, de l’Expulsé européen. Il ménageait une pause comme pour nous laisser le temps de bien assimiler nos rêves. » (p.31).

Enfin, après avoir connu toutes les histoires de vie des personnages, un signal du passeur rompt l’enchantement et amène vers le dénouement du récit en ramenant à nouveau sur la plage de Tanger soit les hommes en attente soit le lecteur : « C’est l’heure » (p.200). Tous entrent dans la barque, mais sans explication Réda reste sur place, pétrifié, son cousin, Azzouz, incapable de l’abandonner, reste lui aussi ; et ainsi ils ratent le départ. De manière aussi dramatique que dérisoire, on apprend le triste sort des autres passagers par la télé espagnole que Réda et Azzouz regardent dans la vitrine d’un magasin : « On voyait des policiers ramasser des corps gonflés comme des ballons : un homme avec un enfant curieusement attachés par un bout de tissu, deux Noirs, un Blanc et une femme aux nattes défaites. » (p.214)

La structure du récit

Cannibales est un roman polyphonique. En fait, même si le narrateur principal est Azzouz et il raconte une histoire dont il est aussi l’un des héros, à chaque fois que son attention se concentre sur un autre personnage, la focalisation bascule sur celui-ci qui prend en compte directement la narration et en devient le narrateur homodiégétique. Par cette circulation des voix narratives, le lecteur est transporté à maintes reprises dans différents endroits en Afrique et en France, afin de suivre le récit des aventures et des mésaventures des différents personnages.

L’action du roman se déroule en une seule nuit, mais il y a beaucoup plus que la simple description de cette nuit-là, puisque la très longue attente est scandée par les récits des souvenirs d’Azzouz et de ses compagnons d’aventure. L’auteur a mis en place un dispositif narratif qui mime le déroulement des faits racontés, donc qui n’est pas linéaire mais qui progresse en boucles successives. Or, au niveau diégétique nous pouvons repérer trois couches temporelles qui s’interpénètrent dans le récit : les événements de la nuit sur la plage qui correspondent à la couche la plus récente ; le récit des rencontres avec Morad au café de France à Tanger qui correspond à la période des préparatifs au voyage ; et celui des souvenirs des différents personnages qui sont les plus éloignés dans le temps. La narration est ainsi composée d’un récit cadre, celui des événements qui se passent sur la plage et de récits secondaires, qui contribuent à éclaircir le récit premier par l’explication des motivations et des causes qui ont poussé les protagonistes sur cette même plage. En conséquence, les souvenirs, qui sont rendus par des analepses à focalisation interne sur chacun des personnages à tour de rôle, ont une fonction bien déterminée : celle de rendre compte des circonstances qui ont poussé tous les personnages – y compris le narrateur – à décider de partir en Europe. Ainsi, par un mouvement de va-et-vient, de la plage au passé plus ou moins proche et vice-versa, le lecteur apprend des informations sur leur provenance, sur les causes qui les ont poussés à entreprendre le voyage, sur leurs attentes. Sur la plage, Azzouz raconte par exemple que son rêve de continuer ses études supérieurs à Toulouse est fini après la mort de sœur Bénédicte et son échec au baccalauréat : « Mon petit univers si paisible, si rassurant, s'écroulait tout à coup, emportant dans sa chute l’ensemble de mes rêves, mes espoirs et tout ce qu’il y avait de bon dans ma vie. » (p.168). Son rêve s’est transformé en celui du départ : « […] l’idée du départ s’était insinuée dans mon esprit, accaparant, à mesure qu’elle mûrissait, l’ensemble de mes pensées comme un virus capable d’anéantir le restant de mes rêves pour n’épargner que celui du départ. » (p.165) Et encore, ce n’était pas au confort que pensait Pfadanam qui, une fois arrivé en France, aurait dû aller travailler avec un cousin qui habitait déjà à Mantes-la-Jolie afin de pouvoir revenir au Mali chercher sa femme et ses enfants. Quand son cousin lui a envoyé la somme nécessaire pour tenter l’aventure de la traversée, il a cru pouvoir réaliser ce rêve, alors il « criait au reste du monde qu’il avait en poche son billet pour le Paradis ! Désormais, rien ni personne ne pourrait l’empêcher de partir. » (p.78)

Petit à petit cette superposition de récits nous permet d’avoir une idée assez composite voire complète des mécanismes psychiques, humains et sociaux qui sous-tendent la problématique de la migration désespérée. Chaque personnage raconte son histoire, tous ils ont été confrontés au choix personnel et à des dynamiques extérieures, aux mécanismes qui construisent le départ. Sur la plage se rassemble une petite communauté de démunis, qui n’ont plus rien à perdre sauf leur vie et entre eux se crée une sorte de groupe uni et solidaire fondé sur l’entre-aide et sur la compréhension réciproque des moments de peur, de faiblesse et de désarroi.

Le récit du départ comme dénonciation ?

Les personnages de Cannibales ont en commun non seulement le fait d’être des candidats à l’immigration, mais en plus ce sont des individus marqués par la difficulté de vivre. À un moment donné, à cause de facteurs économiques ou personnels, ils ont décidé d’aller ailleurs, à la recherche d’une nouvelle vie, ou bien poussés par le rêve de celle-ci. Il est évident qu’à la base du désir de partir, il se trouve une profonde insatisfaction due au fait que l’âge, les expériences, les relations familiales et affectives, les conditions de vie passées et actuelles ne sont pas à même de réaliser les attentes du sujet et que par conséquent sa vie est devenue invivable. En fin psychologue et en connaisseur de ces malheureuses situations, Mahi Binebine expose quelques-unes des causes qui poussent ses personnages à la fuite, de la sorte qu’ils deviennent des exemples, les pièces d’une marqueterie représentant la déshérence, le malheur et la misère de cette partie au Sud de la Méditerranée. Ainsi, chaque personnage raconte l’histoire de son basculement dans la détresse et sa décision de changer son destin. Azzouz, par exemple, ne veut pas se contenter de sa condition d’habitant de la campagne où les perspectives de développement personnel et professionnel sont très limitées. Il comprend très tôt que les études sont le moyen pour échapper à cette situation : « J’avais eu assez tôt conscience que l’école était l’unique moyen de m’arracher au village, au labeur dans les champs d’autrui, à la garde des moutons dans la fournaise, aux accès de violence de mon père, à la langueur des jours, à cette pièce exiguë où nous dormions les uns sur les autres. » (p.88). L’insatisfaction envers son milieu est le moteur qui le pousse à quitter son village natal.

Pour d’autres, ce sont les malheurs qui se produisent malgré eux qui les obligent, par exemple, à affronter la vie même après la tragédie. C’est le cas de Kacem Djoudi qui a perdu toute sa famille. À propos de cette expérience, Azzouz, en porte-parole discret de l’auteur, se pose une question que chacun de nous pourrait se poser après avoir entendu le récit tragique du massacre de la famille de Kacem par un groupe de terroristes : « Comment un être humain pourrait-il survivre à cela ? Être mari, père, oncle, ami, et, une heure plus tard, le temps d’une promenade au clair de lune, n’être plus rien. Personne. Un amas de douleur. Un nœud de remords et d’amertume. Seul. Impuissant. S’en vouloir de vivre. » (p.86)

Une autre problématique prise en compte parmi les difficultés de vivre est celle des relations familiales. Le milieu familial est celui où l’individu forme son caractère, développe ses capacités de vie à l’extérieur, apprend à vivre avec les autres. Les personnages de Cannibales souffrent tous pour avoir vécu dans des familles trop misérables pour pouvoir se concentrer sur l’éducation et le bien-être des enfants. Par exemple, après le suicide de la mère, suivi de l’abandon du père, Réda, le cousin d’Azzouz, se retrouve seul avec un frère handicapé qui a perdu ses mains dans un incident. En outre, la grand-mère à qui ils ont été confiés, les considère coupables du sort de la famille. Ils grandissent ainsi avec une très faible auto-estime, ce qui comporte par exemple que Réda ne réagit pas aux provocations et se laisse humilier par ses camarades : « Réda demeurait sans réaction ; il semblait ailleurs, se laissant évacuer comme un sac rempli d’immondices. Porté par les railleries des consommateurs, triomphant, le garçon acheva son acte de bravoure par un violent coup de pied qui projeta mon cousin dans le caniveau. » (p.13) Et son frère finit par travailler pour un exploiteur qui l’oblige, avec d’autres enfants, à mendier dans les rues de Marrakech en échange de nourriture et d’un toit pour dormir.

En fin des comptes, ce sont des problématiques sociales dont parle Binebine : « J’écris ce Maroc qui nous fait mal. Un Maroc qu’on aimerait corriger quand on est écrivain... Gommer les choses qui ne vont pas. »9 Ici et là, on perçoit un regard critique envers son pays, dont il rend compte dans les commentaires qu’il fait prononcer à son narrateur, qui glose ainsi le suicide de sa tante : « On pense d’autant moins à se tuer qu’on aurait mille et une raisons de le faire. D’en finir une bonne fois avec les soucis, la misère, les autorités locales suceuses de sang. [...] nos compatriotes préfèrent mourir à petit feu, d’usure et de désolation. » (p.37)

De plus, à travers le récit de quelques épisodes vécus par les personnages, l’auteur raconte les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent et donc du Maroc contemporain. On apprend par exemple que l’accès aux soins médicaux est très difficile, et aussi le fait que souvent l’électricité n’atteint pas les quartiers pauvres des villes, ainsi Nouara : « … comptait vendre à H’mad le borgne le réfrigérateur qui, de toute façon, servait uniquement de buffet, vu que l’électricité n’avait toujours pas atteint le quartier. » (p.57). Et encore, il rend compte du fléau de la faim, par la description du comportement d’une jeune fille à table : « Tamou avait commencé par dévorer tout ce qui lui tombait sous la main, comme si elle découvrait la nourriture pour la première fois de sa vie. [...] Elle léchait les assiettes, rongeait les os, finissait les quignons de pain qui, d’ordinaire, revenaient aux oiseaux. Quant au chat, désespéré, il avait fini par déserter la maison. » (p. 50)

Mais l'emportement de l’auteur ne s’arrête pas là, il s’en prend aussi au système d’information publique, au service du royaume, qui ne représente pas un moyen de connaissance mais au contraire contribue à détourner l’attention des lecteurs et des spectateurs : « [...] le présentateur déversait un flot continu de nouvelles qui ressemblaient étrangement à celles de la veille, de l’avant-veille et des jours précédents : énumérations des visites prestigieuses rendues au Palais, messages de félicitations reçus au Palais ou envoyés par le Palais, inaugurations en grande pompe de grands travaux, premières pierres d’équipements sociaux – qui resteraient à jamais à l’état de petits monticules de ciment au milieu d’un terrain vide. » (p.67)

Les revers de la migration

La décision de partir prise, se présentent d’autres difficultés. La migration, qu’elle se fasse dans les règles ou dans la clandestinité est soumise à des trafics d’influence ou de manipulation. On a vu que Cannibales met en scène les figures du négociant et du passeur, de ceux qui tirent avantage de l’immigration clandestine, qui piétinent la détresse des autres misérables. Le roman rend compte de plusieurs épisodes où les voyageurs sont non seulement aveuglés par des récits qui les font rêver, mais où on se moque d’eux voire on abuse d’eux, de leur bonne fois. Par exemple, il peut arriver qu’on simule une traversée vers l’Europe seulement pour prendre l’argent de ceux qui sont moins prudents et font confiance au passeur, comme il est arrivé au malien Pafadnam : « Ils s’étaient mis à plusieurs pour saccager la barque d’un aigrefin qui soutenait les avoir conduit en Espagne alors qu’il s’était contenté de les balader en haute mer trois heures durant avant de les déposer sur une grève déserte près de Tétouan. [...] le passeur avait réussi à prendre la fuite, abandonnant sa barque et le sac contenant l’argent qu’on venait de lui verser. » (p.74)

Aussi, pendant l’attente du départ, les candidats à la traversée du détroit de Gibraltar, pour pouvoir être jugés fiables, ont dû se loger à Tanger dans « une tanière tapissée de nattes de raphia où régnait une odeur indéfinissable faite de relents de transpiration, de pieds mal lavés, de pisse d’enfants, de friture refroidie, de bouse de bestiaux, d’haleines fétides, de kif et de tabac mêlés à divers miasmes non identifiables. » (p.79)

En outre, pour partir ailleurs il ne faut pas simplement franchir une frontière physique, celle qui divise les pays, mais aussi une barrière psychologique. Affronter l’inconnu n’est pas aussi facile qu’il peut sembler. Ainsi, la peur se fait sentir : « Nous avions tous peur et froid, mais Réda paraissait le plus atteint. » (p.10). Par conséquent, l’indécision se manifeste et la possibilité de désister se pose et peut même se confirmer, comme il est arrivé à Réda : « Réda qui n’avançait pas. Il restait cloué sur place, pétrifié. » (p.204). Sur la plage, les personnages doivent affronter plusieurs situations difficiles et la crainte ne les facilite pas. Premièrement la faim, quelques-uns ne pensaient pas attendre longtemps pour le départ, ainsi ils n’avaient rien à manger parce que, très naïvement, ils espéraient consommer leur prochain repas en Espagne, comme l'expose Azzouz: « Quant à Youssef, Réda et moi, dans notre naïveté, nous avions pensé qu’il nous serait donné rien de moins que de dîner en Espagne ! » (p.26). De plus, vu que Tanger est un lieu de départ clandestin, la police côtière patrouille toujours et n’est pas très légère avec ceux qu’elle attrape en train de s’enfuir en Europe. Lorsque les personnages sur la plage entendent des aboiements de chiens, ils croient à l’arrivée des gardes-côtes. Ils sont figés par la peur, ils se cachent tous en retrait, sauf Nouara, qui s'est cachée avant sous une barque avec son bébé pour s’abriter du froid. Par l’instinct de protéger son enfant et aussi le désespoir devant le danger, elle arrive à mordre la patte d’un chien qui les a flairés : « Quand nous soulevâmes la barque, Nouara tenait toujours une des pattes qu’elle avait dû mordre à belles dents, car le pourtour de sa bouche était rouge de sang. » (p.110)

Enfin, Binebine affronte aussi le problème de ce qui arrive aux sans-papiers une fois arrivés à destination, c’est-à-dire la vie en clandestinité :

« …apprendre à devenir invisible, à se fondre dans une foule, à raser les murs, à éviter de fixer les gens, à n’adresser la parole à personne, à enterrer son amour-propre, à fermer son cœur aux vexations et aux brimades, à jeter son couteau à cran d’arrêt dans une bouche d’égout, apprendre à s’effacer, à n’être personne : une ombre noyée dans la masse, un chien couchant, un simple ver de terre, voire un cafard. Oui, apprendre à être un cafard. » (p. 82)

Le fardeau de cette vie ‘invisible’ peut être tellement pesant qu’il est présent même dans les rêves, ou plutôt, dans les cauchemars. Lorsqu'il était encore à Paris, Momo avait un cauchemar qui lui revenait nuit après nuit dans lequel son patron lui offrait une infinité d’avantages s’il consentait à lui céder un morceau de sa chair. Tout ce que Momo ne pouvait pas avoir à cause de sa condition de clandestin lui avait été accordé en rêve : travailler en salle plutôt que terré dans la cuisine, changer de logement, avoir une augmentation de salaire, jusqu’au rêve extrême, celui d’obtenir une carte de séjour. Mais pour pouvoir accéder à cette vie de luxe, il avait finalement dépensé la quasi-totalité de son corps, et il ne lui restait que sa tête. Un jour, Morad avait été repéré, ou dénoncé, à la police et il avait été expulsé définitivement de la France et de l’Europe, voilà pourquoi il s’adonnait au triste commerce humain à Tanger.

Conclusion

En conclusion, je pense que pour définir la démarche scripturale de Binebine dans ce roman, et aussi toute l’œuvre de cet auteur on pourrait très bien utiliser la notion d’engagement. Loin de l’engagement idéologique que l’on a connu au XXe siècle, l’engagement des auteurs contemporains est politique, se développe dans le social et se concrétise par le récit de l’aujourd’hui, des problèmes sociaux qui nous entourent et par une dénonciation des malheurs actuels.

La démarche de Binebine est tout à fait littéraire, son roman est construit de manière très composite et ne se limite pas à raconter des faits et des situations, mais par le jeu des voix narratives et par l’entrelacement des plans temporels il présente au lecteur une réalité miroitante à plusieurs facettes et cela favorise sa réflexion outre que sa connaissance. La terrible réalité de la migration clandestine, si actuelle, hélas !, acquiert par la littérature une dimension humaine qui se détache des images télévisées que nous connaissons tous, et nous sommes sans doute à même de nous forger une idée plus personnelle, de décider d’approfondir et surtout de mieux poser notre jugement.


Notes

↑ 1 Les informations sur l'auteur et ses œuvres ont été extraites du site de Mahi Binebine, www.mahibinebine.com , et de son interview dans l'émission « Mais encore? » sur 2M Maroc, in http://dailymotion.virgilio.it/video/xc8pyn_binebine 3sur4_news, 14.07.2013.

↑ 2 N. REDOUANE, Mouvances littéraires marocaines, in N. REDOUANE, (éd.), Vitalité littéraire au Maroc, Paris, l’Harmattan, 2009, p.11-25.

↑ 3 A. CHRISTIANE, L'immigration dans le roman francophone contemporain, Paris, Karthala, 2005.

↑ 4 A. CHRISTIANE, op.cit., p.81.

↑ 5 M. BINEBINE, « Des rêves à l’eau », La Croix, URL : http://www.mahibinebine.com/Mahi_BineBine/Textes/Entrees/2009/10/16_Des_reves_a_leau.html, cons. 14.07.2013.

↑ 6 M. BINEBINE, « Interview Mahi Binebine entre douleur et plaisir », URL : http://www.mahibinebine.com/Mahi_BineBine/Les_etoiles_de_Sidi_Moumen_files/Revue%20de%20presse%20les%20e%CC%81toiles%20de%20Sidi%20moumen.pdf , cons. 14/07/2013.

↑ 7 M. BINEBINE, « Binebine, le malaise d’un artiste plasticien », Aujourd’hui le Maroc, URL :http://www.aujourdhui.ma/maroc-actualite/magazine/binebine-le-malaise-d-un-artiste-plasticien-37979.html , cons. 14.07.2013.

↑ 8 M. BINEBINE, Cannibales, Éditions de l’Aube poche, 2005 (1999), p.48. Toutes les autres citations de ce roman seront suivies du numéro de la page.

↑ 9 « Mahi Binebine, artiste aux talents multiples », France 24, [EN LIGNE] : http://www.france24.com/fr/20080808-mahi-binebine-artiste-talents-multiples-peinture, cons. 14.07.2013.

Pour citer cet article :

Elisa BRICCO, Raconter le départ : « Cannibales » de Mahi Binebine, Lire le roman francophone. Hommage à Parfait Jans (1926-2011), Publifarum, n. 20, pubblicato il 15/07/2013, consultato il 28/05/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=250

 

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Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

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