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Saint-John Perse entre errance et alliance

Giovanna DEVINCENZO



1. Introduction

Suite à une décision irrévocable de son père, en 1899, l'enfant Alexis Leger1 quitte sa Guadeloupe natale à l'âge de douze ans avec sa famille, et il n'y reviendra jamais plus dans sa vie, du moins physiquement. Un choix d’autant plus résolu que, d'après une anecdote, lors d’une escale technique inattendue à l’aéroport de Pointe-à-Pitre, le poète préféra rester dans l’avion plutôt que de revoir son île de naissance.2 Ce ne sera que par son œuvre qu'il retrouvera l'univers antillais de son enfance. Les poèmes de Saint-John Perse se nourrissent en effet d'un fructueux dialogue avec la culture des Antilles en témoignant ainsi du fait que, dans son propre cœur, il n'a jamais abandonné son pays natal. La naissance aux Iles – au pluriel et avec une majuscule parce qu'elles représentent pour lui les îles par excellence, distinguées des autres îles du monde – et leur abandon prématuré ont marqué profondément la vie de cet homme et poète nomade qui a pu retrouver l'enfant d'antan grâce à son aventure poétique. Le jeune Alexis vit le départ de la Guadeloupe comme une perte irrévocable, «comme un exil sans retour possible» (LEVILLAIN 2005: 18). Et même s'il ne l'avouera jamais, ce traumatisme donna naissance à un poète. Notre clé d'accès à ce parcours d'exil et d'alliance entrepris par Saint-John Perse sera le dialogisme avec ses Iles. Nous montrerons comment le dialogue avec les Antilles anime la vie d' Alexis Leger aussi bien que le souffle créateur de Saint-John Perse qui à la question «Pourquoi écrivez-vous?», répondra sèchement, «Pour mieux vivre».3

2. A l'origine de l'errance

La naissance antillaise a été déterminante à la fois pour l'existence d'Alexis Leger et pour l'écriture de Saint-John Perse. Comme l'explique GLISSANT (1981: 430):

Si Perse était venu à un autre monde, s’il était venu ailleurs au monde, il eût été certes plus contraint par des enracinements, des atavismes, une glu de terre qui l’eût attaché ferme. La naissance antillaise au contraire le laisse ouvert à l’errance. L’univers pour l’errant n’est pas donné comme monde que le concret limite mais comme passion d’universel ancré au concret.

La vocation à l'errance et le constant désir de mouvement qui règlent la vie du diplomate Alexis Leger aussi bien que l'œuvre poétique de Saint-John Perse se trouveraient alors inscrits dans ses origines créoles. Par sa propre naissance, ce béké se trouve à faire face à la complexe question de l'enracinement et du déracinement. Plutôt qu'un lien avec un espace particulier, le fait d'être créole entraîne «l’appartenance à une histoire de déplacement» (GALLAGHER 1998: 21), vu la descendance d'une famille française très ancienne. Très fier de ses ascendants, Saint-John Perse les considère comme des pionniers, des esprits aventureux et c'est dans leur sillage que, lui aussi, il entreprend avec enthousiasme et curiosité le voyage de sa vie. Mais, son parcours ne sera pas simple parce qu'il rencontrera bien des écueils le long de son chemin.

Alors qu'il tenait à remarquer son affiliation au groupe des Français des Iles quand il était dans sa Guadeloupe natale, une fois débarqué à Pau, le jeune homme ne cherche pas «à se enraciner dans l'humus français dont il était originaire» (LEVILLAIN 1987: 51). La France de l'hexagone qu'il vient de découvrir est un espace limité géographiquement et elle se révèle par la suite décevante pour le jeune Leger qui s'attendait au contraire à un territoire ouvert sur le monde, comme l'était son «ancienne France des Îles»,(O.C.: 934) expression qu'il emploie pour désigner les Antilles. Sur la base de cela, on comprend alors le sens des mots qu'il adressera diverses années plus tard à son ami américain Archibald MacLeish:

Je ne vous parle pas non plus des Antilles, qui, pour avoir profondément mêlé mon enfance à la vie animale et végétale des Tropiques, n'en demeurent pas moins pour moi de l'essence française, et la plus vieille. (O.C.: 551)4

Les Antilles lui ont fait cadeau d'une identité proprement française, voire d'une francité de vieille souche et elles lui ont ainsi permis de connaître la France qu'il perçoit comme la plus authentique, la plus proche des origines et qui a trouvé son épanouissement dans l'ouverture vers la mer et l'outre-mer. C'est là la France que Saint-John Perse sentira la plus propice à l'éclosion de son génie. Et son œuvre, tout comme sa personnalité, se développent sous le signe d'un dialogisme qui se trouve inscrit dans son berceau, cet univers antillais à la fois étendu vers le monde et replié sur lui-même. La créolité de Saint-John Perse n'a donc rien à voir, comme le dit FELS (2007: 34) «avec une identification ethnique; elle constitue un intermédiaire – presque un kaléidoscope – qui permet au poète d'affirmer sa francité».

Par leur propre conformation géographique et par leur histoire coloniale, les îles de l'archipel débouchent à la fois sur l'immensité de l'océan et sur la pluralité culturelle des quatre continents. C'est par ce biais que «la spécificité de la Guadeloupe deviendra la matrice de l’écriture persienne» (GALLAGHER 1998: 33). C'est à la latitude et au climat de ses Iles que Saint-John Perse «devra le goût d'un mode de vie naturel, accordé aux forces et aux rythmes élémentaires» (SACOTTE 1987: 56) et c'est aussi bien à leur configuration géographique qu'il devra «une certaine représentation de l'espace, simultanément replié vers un centre et ouvert sur l'infini» (SACOTTE 1987: 56). La présence de la mer, telle qu'elle est vécue par le jeune Leger aux Antilles occupera, elle aussi, une place centrale dans sa vie et dans son futur imaginaire poétique. L'élément aquatique lui est propre à tel point qu'il affirme que ce n'est pas du sang qui coule dans ses veines, «mais de l'eau de mer» (O.C.: 883). Et c'est l'océan le lieu où se consomme la tension dialogique pour le poète nomade. Il assimile les Antilles à cet espace de migration, de mobilité, de rapprochement et d'éloignement qu'est la province océanique. Et pour STERLING (1991: 319):

Il semble que chez Saint-John Perse la mer soit toujours, non pas un obstacle liquide et vertigineux mais le moyen le plus sûr de parvenir à cette liberté qu’est le renoncement à toute attache terrienne. Ainsi, la seule fixité sera celle d’une parole poétique, le seul ordre, celui du langage, la seule naissance, celle d’Atlantique, le seul nom, celui qui s’efface sur les sables, le seul poème indestructible, celui qui sait consentir à sa propre disparition.

Chez Saint-John Perse, il y a donc un lien consubstantiel entre errance et fixité qui fait que le poète ne reconnaisse son appartenance ni à l'Ancien ni au Nouveau Monde, mais à cet espace situé entre les deux qui est la mer, territoire fuyant, de déplacement et de mouvement où se consomme le jeu de l'écart servant à alimenter sans cesse le désir d'écriture du poète. «Maison de verre dans les sables» (O.C.: 123), l'œuvre de Saint-John Perse est d'une envergure universelle. Transparente et mouvante, elle se veut stable, mais d'une stabilité toujours déplacée, comme celle des sables, creuset de terre et de mer. C'est dans cette optique que le poète se reconnaît «homme d'Atlantique» (O.C.: 896), citoyen d'une aire ouverte, n’ayant été «le "berceau" d’aucune civilisation particulière, mais simple "lieu" de formation humaine» (O.C.: XLI).

Malgré sa ferme décision de ne jamais plus remettre pied sur son île de naissance, tout le long de sa vie Saint-John Perse ne cessera d'en chercher des avatars. Dès son arrivée à Pau, par exemple, le jeune homme manifeste un sentiment de malaise dû à une sensation d'étouffement. Comme il l'écrit dans plusieurs lettres à ses correspondants de ces années, les randonnées dans les Pyrénées, à Ossau ou à Bielle, sont les seuls moments où il a l'impression de retrouver le bonheur que lui avaient donné les grands espaces aérés de son île natale qui, avec sa forme circulaire d'un O, était impossible à oublier.

Cette forme du cercle, structure géométrique inscrite dans l'espace du réel est celle, symbolique, de l'origine: matrice, ventre fond; elle est aussi celle de la perfection [...]; elle est enfin la figuration conventionnelle d'un son particulier: une lettre, et, du coup, elle rejoint encore par là l'origine, celle d'un langage. Car [...] pour bien des cosmogonies le son primordial est en effet le O, du om indien à l'oméga de notre Antiquité où avec l'alpha se fondent tout autre signe et toute réalité existante (SACOTTE 1987: 56-57).

L'espace insulaire reste un lieu bénéfique où l'individu peut s'épanouir en toute liberté. Aussi, à la fin de son séjour en Chine,5 le poète décide-t-il de rentrer en France à travers l'Amérique et les îles du Sud. Et dans une lettre du 29 mars 1921 à Gustave-Charles Toussaint, Grand Juge consulaire en session à Shanghaï, il écrit: «Je quitte la Chine sans esprit de retour. Il ne faut s'accoutumer nulle part [...]. Courons donc nous renouveler. Passer outre est le mot d'ordre» (O.C.: 895). Du besoin de cette «fugue en Océanie» (O.C.: 882), il en parle aussi à sa mère dans une lettre datant peu ou prou des mêmes jours. Le 2 avril 1921, il monte alors à bord d'un paquebot japonais qui lui permet d'explorer les petites îles du Détroit Coréen et la Mer Intérieure du Japon. Ensuite, un autre bateau le conduit jusqu'aux îles volcaniques des Hawaii, dont notre curieux voyageur apprécie le paysage singulier. Il visite aussi les îles Fidji et Samoa qui le frappent pour la beauté de l’artisanat local; à Tonga, il assiste à une représentation d'Esther de Racine, par des jeunes filles qui, ne connaissant pas un mot de français, avaient appris les vers de la pièce par cœur. Enfin, les îles de la Mer du Sud, et en particulier Tahiti, lui transmettent toute la splendeur des tableaux de Gauguin qui lui étaient fort chers.6 Ce long voyage l’enrichit à la fois du point de vue humain et personnel et lui donne une nouvelle force d’esprit née de l’aventure. Cinq années loin de la France lui paraissent des siècles. Et une fois rentré, son regard est celui d’un étranger et ses habitudes lui paraissent si inaccoutumées que celles des peuples des îles qu’il vient de visiter. Dès lors, la nécessité d'entreprendre des voyages dans des espaces immenses et comme hors du temps se fait incontournable pour lui. A partir de 1925, il commence alors à voyager sur la mer; il explore l'Atlantique en voilier jusqu’aux îles Aran et le long de la voie pour Newfoundland. Cette «convoitise de l'ailleurs» (MAYAUX 1994: 20) se rattache bien évidemment à cette double séduction de la permanence et du mouvement que l'on a fait remonter aux origines antillaises du poète.

C'est entre 1942 et 1969 que les retrouvailles de Saint-John Perse avec ses Antilles se font de plus en plus concrètes. Répondant par échelons à l'appel de son pays de naissance, pendant les années de son exil américain, il entreprend à plusieurs reprises divers séjours dans les plantations de la Caroline du Sud, de l'Alabama et de la Louisiane. En 1942, il se réjouit des beautés sauvages d'une île inhabitée du Maine où il se rend en «row-boat» (O.C.: 905). En 1944, il séjourne aux Sea Islands, au large des côtes de Géorgie et ensuite, à partir de 1949, notre poète voyageur se rapproche toujours d'avantage de son espace originaire, en visitant les Antilles anglaises. Le premier de ces voyages caribéens l'amène aux îles Vierges, «avec séjour à Saint-Thomas et à Saint-John» (O.C.: XXV). A cet égard, les nombreux dépliants et guides touristiques que le poète a pour la plupart classés personnellement dans ses dossiers documentaires concernant les Caraïbes et qui aujourd'hui sont soigneusement gardés dans les fonds de la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence, «détaillent les splendeurs tropicales» des «espaces jadis familiers de la Guadeloupe ou [des] horizons insulaires plus lointains» (VENTRESQUE 1990: 52). L'île est un espace privilégié où l'on peut vivre à l'abri des méfaits d'une société corrompue, en contact avec une nature vivifiée.

C'est finalement à partir de 1957, lors de ses séjours sur la presqu'île de Giens, «cette charnière entre terre et mer» (O.C.: 1061), dans le Var, que Saint-John Perse "songe" pour la première fois à «[sa] paix à faire avec la terre» (O.C.: 1058), cette terre nourricière qu'il avait quittée tout jeune avec déchirement. Il aime la vie aux Vigneaux, la propriété que ses amis américains lui ont généreusement offerte; il herborise, il écrit, il y cultive toutes les passions de sa vie:

Les «iules» noirs de mon enfance grimpent au mur crépi de mes galeries de pierre, et le «gekko», ou «marbouya» des vieilles plantations antillaises, nous épie du plafond de la salle à manger, en quête peut-être de belles épaules nues comme celles à qui Romuald, le vieux butler noir de ma famille, aux soirs de grands dîners en décolleté, présentait un miroir de poche pour libérer l'emprise du petit monstre aux pattes adhésives (O.C.: 1060).

C'est à Giens alors que le poète retrouve l'enfant; c'est ici que l'alliance est consommée et que la boucle est bouclée.

3. Le voyage poétique, ou les Antilles recouvrées

Fidèle à sa décision de ne plus revoir sa Guadeloupe natale, Alexis Leger ne cesse pas néanmoins d'aimer son pays même à distance et il témoigne de cet amour au fil de son œuvre parue sous le nom de Saint-John Perse, identité relevant évidemment «d'un effet d'écriture» (GALLAGHER 1998: 20), et publiée tout le long de son existence mouvementée.

Dans Eloges, le dialogue avec l'univers antillais s'identifie comme l'un des moments essentiels de la création poétique de Saint-John Perse. Il faut néanmoins souligner que le poète ne nourrit aucun sentiment de nostalgie vis-à-vis de son lieu de naissance. Ainsi qu'il l'écrit dans Amers: «Le beau pays natal est à reconquérir, le beau pays du Roi qu'il n'a revu depuis l'enfance, et sa défense est dans mon chant» (O.C.: 268). Le souvenir de l'espace caribéen reste donc vif dans la mémoire du poète et c'est l'écriture poétique qui lui permet de combler la distance qui le sépare de ses Iles. Ses poèmes portent tour à tour les traces du paysage où le poète se trouve au moment où il les écrit: la Chine pour Anabase, les Etats-Unis pour Exil et Vents, le midi de la France pour les derniers recueils. Dans chacun d'eux cependant l'expérience de l'île perdue est incontournable et fonctionne en tant que principe unificateur de cette œuvre en mouvement. C'est «autour des Antilles que l’écriture [de Saint-John Perse] opère l’unité dont il a la hantise au point de faire de ses divers poèmes […] un texte unique» (VENTRESQUE 1995: 188). Dans la constante dialectique qui préside à l'articulation de tous les textes dans l'ensemble de l'œuvre, les Antilles ont une portée centripète favorisant une synergie où chaque poème a un sens à lui, mais il entre en même temps dans un tout auquel il donne et duquel il reçoit forme et sens.

Or dans son tout premier poème, Désir de Créole,7 écrit à l'âge de dix ans et revendiqué à regret tardivement, on fleure déjà les parfums du paysage tropical des Antilles. Et dans Eloges, titre du recueil contenant quatre suites de poèmes, dont l'une intitulée elle-même «Eloges», les souvenirs se font de plus en plus éblouissants et c'est la vue qui semble être privilégiée, à côté des sensations auditives et olfactives. Les descriptions des paysages de la Guadeloupe abondent dans l'ensemble du recueil. De la ville de Pointe-à-Pitre, où l'enfant a grandi, aux plantations de la Joséphine (caféière) et de Bois-Debout (exploitation sucrière), une esquisse suggestive de tout un passé heureux nous est offerte dans les vers de «Ecrit sur la porte», «Images à Crusoé», «Pour fêter une enfance» et «Eloges».

Après avoir franchi le seuil du court texte liminaire lu «sur la porte», le lecteur est amené à découvrir un univers poétique ayant une orientation essentiellement prospective. Les vers du premier poème d'Eloges révèlent le milieu géographique, économique et social qui animera les trois autres poèmes. Les enjeux régissant «une société coloniale fondée sur une stricte séparation entre Blancs et Noirs, maîtres et serviteurs» (CAMELIN, GARDES TAMINE, MAYAUX, VENTRESQUE 2006: 153) nous sont dévoilés par les yeux d'un homme, avec toute probabilité mulâtre, dont la tâche est de veiller sur la propriété des blancs, se montrant fier de sa proximité avec la classe dominante blanche et orgueilleux du «bras très-blanc [de sa fille] parmi ses poules noires» (O.C.: 7). Aussi le vocabulaire antillais qui colore ce bref écrit annonce-t-il, par l'emploi notamment de quelques mots empruntés au parler créole antillais, les caractères de l'univers quotidien où l'enfant Leger évoluera: l'amande de «kako» (O.C.: 7), graphie héritée du créole, au lieu par exemple de cacao, ou la «graine» (O.C.: 7) à la place des grains de café, ou encore, le «mouchoir de tête» (O.C.: 7) antillais et le «toit de tôle» (O.C.: 8) qui couvrait aux Antilles les maisons modestes. A travers une «écriture archipélique et écumeuse» (GLISSANT 1998: 11), Saint-John Perse peint ainsi les scènes de sa «toute première initiation à la succulence de la vie» (GALLAGHER 1998: 30).

Au cours de ces instantanés, il décrit l'univers créole qui est à l'origine de son imaginaire poétique: la variété multicolore qui anime les rues, les places et les marchés de Pointe-à-Pitre aussi bien que la Soufrière, le volcan toujours prêt à se réveiller, les collines argileuses et les plantations de ses oncles maternels situées en Basse-Terre, avec leurs étendues de caféiers et de cannes à sucre, où l'enfant se rend quand il ne va pas à l'école en ville. C'est «Pour fêter une enfance» que le jeune adolescent s'adonne à la description de cet espace tropical, caressé par «les souffles alizés» (O.C.: 29) et enrichi par la vivace végétation des tropiques, «icaques» (O.C.: 25), «pommes-rose» (O.C.: 26), «papaye» (O.C.: 27), «campêche» (O.C.: 28), «cannelier» (O.C.: 28) et «mangues» (O.C.: 30). Aussi fait-il allusion aux diverses religions coexistant aux Antilles: le vaudou du «sorcier noir» (O.C.: 24), le çivaïsme de «la nourrice jaune» (O.C.: 24), le catholicisme de la famille avec qui «l'on joignait nos mains devant l'idole à robe de gala» (O.C.: 29).

Il s'agit d'un croquis de l'île chérie où le poète a vécu un bonheur révolu. Dès le tout premier vers de «Pour fêter une enfance», l'invocation aux «Palmes» annonce la place privilégiée accordée à l'image de l'arbre et, par extension, au thème des racines créoles. Emblématique est aussi l'expression «King Light's Settlements» que Saint-John Perse choisit de placer en exergue au poème. Il s'agit d'une formule significative dans la mesure où, en jouant sur la double traduction possible pour le mot anglais «light», c'est-à-dire «lumière» et «léger», elle nous introduit dans les territoires du Roi Lumière, ou mieux de l'enfant Leger, dont l'île est le royaume.8 Or le jeune poète qui écrit est bien conscient de la distance qui le sépare de ces moments heureux vécus dans son royaume d'enfance. Ce monde a disparu irréversiblement avec les êtres aimés qui y vivaient. On ne peut pas ignorer en effet que le jeune adolescent compose cet ouvrage en France, au cours de l'été 1907, après la mort de son père adoré. On comprend alors sa douleur – «Je pleure, comme je/ pleure» (O.C.: 26) – pour la fin de cette période importante et significative de sa vie quand il était entouré par les beautés de la nature de son île aussi bien que par l'amour de sa famille. Et à présent il ne lui reste qu'à se demander: «Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus?» (O.C.: 25).

Maintenant qu'il a été arraché au bonheur d'enfance, le poète se sent tel Robinson Crusoé qui, une fois soustrait à la pureté du milieu insulaire pour rentrer en ville, prend conscience de la corruption qui règne dans le milieu urbain et éprouve un sentiment d'écœurement, après avoir été réinséré dans cette réalité qu'il perçoit comme répugnante. S'appuyant sur une dimension picturale et suivant une articulation antithétique, les «Images à Crusoé» opposent ainsi l'environnement naturel de l'île à l'atmosphère malsaine qui domine dans la ville. Et toute tentative de transplanter une partie de l'espace insulaire dans l'espace urbain se révèle, par la suite, vaine. Contraint à vivre dans un endroit pourri et impur, «Le Perroquet» s'étiole, «Le Parasol de chèvre» est, lui aussi, entraîné par la déchéance d'un milieu qui ne lui reconnaît pas la précieuse valeur qu'il avait sur l'île. Quant à «L'Arc», il est désormais sans emploi et «La Graine» n'a pas réussi à germer. La seule voie possible à parcourir est alors l'écriture: «comme un typhon» (O.C.: 20), le souffle poétique apporte enfin à Crusoé le salut et le rend par conséquent un précurseur du poète.

Dans cette lignée, les dix-huit chants d'«Eloges» conduisent le poète à se réconcilier avec l'enfant et à conquérir l'autonomie et la liberté de projeter son futur à travers l'écriture. Le paysage paradisiaque de «Pour fêter une enfance» se montre maintenant dans ses aspects les plus hostiles et les plus dangereux. On assiste dès lors à un changement de ton et la louange laisse progressivement la place aux épanchements du cœur, à l'ironie ou au mécontentement. L'enfant est finalement déterminé à mûrir, à devenir un homme et cette démarche de distanciation par rapport à la jeunesse passée sur l'île est montrée au chant V où la question «Enfance, mon amour, n'était-ce que cela?...» (O.C.: 37) fait écho au vers de «Pour fêter une enfance»: «Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus?» (O.C.: 25). Il est évident que l'emploi de l'imparfait contribue à mettre en place une restriction temporelle du bonheur appartenant à une époque désormais révolue et dont on ne peut s'affranchir sans souffrance, comme le prouve l'apposition «mon amour». Il faut toutefois remarquer que ces poèmes «n'ont rien à voir avec un hymne à la nature tropicale. [...] [Ils] dépassent le cadre de la littérature exotique et la simple évocation de souvenirs personnels» (SACOTTE 1987: 62). A cet égard, c'est le poète lui-même qui tranche vigoureusement cette question dans une lettre à Gabriel Frizeau datant de 1909 où il écrit que « l'exotisme n'est, en dernier lieu, qu'une atroce grimace: un satanisme! Une fuite et une lâcheté!» (O.C.: 738). Et deux années plus tard, en 1911, dans une lettre de remerciements adressée à Valery Larbaud qui vient de réserver à son recueil Eloges paru en édition complète, des mots d'appréciation dans La Phalange, le poète revient sur la même question: «Je vous remercie par-dessus tout d'avoir pensé à me défendre, littérairement, contre l'«exotisme». Toute localisation me semble odieuse, aussi bien que toute datation, pour nos pauvres fêtes de l'esprit» (O.C.: 793). Dans cette optique, Saint-John Perse fuit l'évocation d'un univers restreint et il ouvre son expérience individuelle à une dimension universelle qui fait que, comme Alexis Leger, chaque adulte reconnaisse sa condition d'orphelin d'une île originelle perdue. L'emploi d'expressions comme «nos bonnes» ou «nos mères» au chant XV d'«Eloges», déplace la perspective vers un nous collectif, le nous «des enfants [qui] courent aux rivages! [...] un million d'enfants portant leurs cils comme des ombelles...» (O.C.: 49). Ainsi que l'écrit SACOTTE (1987: 62):

Les poèmes [de Saint-John Perse] échappent à l'anecdotique pour rejoindre l'universel. Il s'agit d'une enfance et il s'agit d'une île. Or, l'enfance comme l'île ont valeur d'archétype dans l'imaginaire collectif et se rattachent également à une rêverie de l'origine familière à chacun.

Poussé par un «grand besoin d'affranchissement du lieu» (O.C.: 793), le jeune poète est prêt à entreprendre finalement la voie de l'errance et à s'ouvrir à la diversité du réel, tout en établissant un constant dialogue avec ses Antilles. Et tout le long de son existence, au cours de ses nombreux voyages autour du monde entier, Saint-John Perse s'engage à renouer, à l'échelle planétaire, avec cette variété qui était à portée de main dans ses Iles. Le docteur Anders Osterling, dans son discours prononcé en 1960, à l'occasion de la cérémonie inaugurale de présentation des Prix Nobel, avoue à ce propos que:

[...] le timbre qui domine chez [Saint-John Perse], c'est celui qui veut exprimer l'humain, saisi dans toute sa multiplicité, toute sa continuité, et l'homme éternellement créateur qui, de siècle en siècle, lutte contre l'insoumission, pareillement éternelle des éléments. Il s'identifie à toutes les races qui ont vécu sur notre orageuse planète; notre race est antique, dit-il dans un poème, notre face est sans nom. Et le temps en sait long sur tous les hommes que nous fûmes (GOMBAUD-SAINTONGE 2002: 24).

Se déplaçant entre steppe et désert, entre terre et mer, Saint-John Perse s'ouvre à l'expérience du déplacement et il devient «le vecteur d’une déterritorialisation qu’il fait sienne» (DELEUZE et GUATTARI 1980: 477). Tour à tour, il puise dans la réalité qu'il a sous les yeux. S'il s'agit de la Chine ou de l'Amérique, ses poèmes porteront des traces de civilisations ou de paysages chinois ou américains. Il faut néanmoins noter que dans ces textes les renvois au réel se présentent de façon beaucoup plus épurée et abstraite par rapport aux poèmes d'Eloges par exemple. L'univers antillais est évoqué ici par le biais d'allusions ou de comparaisons assez voilées, sans plus être central comme auparavant. Ainsi dans Anabase, texte né sous l'égide de la rencontre du poète avec l'Orient, la «haute demeure/de bois» des plantations créoles d'Eloges est-elle remplacée par la tente du poète nomade. Le sujet poétique se présente ici par conséquent «sous les traits d'un Conquérant avide d'espace et d'action» (CAMELIN, GARDES TAMINE, MAYAUX, VENTRESQUE 2006: 211) illustrant ses propres aventures. Et la dimension dialogique y est activée dans la mesure où le «substrat d'images antillaises toujours diffuses» (CAMELIN, GARDES TAMINE, MAYAUX, VENTRESQUE 2006: 213) fusionne avec les nombreux renvois aux paysages et à la culture de l'Extrême-Orient.

Or si Anabase est le résultat d'un exil factice que le poète peut décider d'interrompre à tout moment pour revenir chez sa famille, en France, l'expérience du véritable exil se présente dans toute sa portée dramatique et inéluctable, puisque le poète est cette fois forcé de quitter l'Hexagone contre sa volonté. De 1940 à 1957, Saint-John Perse ne peut pas faire retour en France.9
Il s'éloigne donc de l'Europe, traverse l'Atlantique et entreprend le même voyage en Ouest que ses ancêtres avaient fait avant lui. Il gagne alors la côte orientale des Etats-Unis où il se retrouve loin de son pays, de l'amour des siens aussi bien que de sa langue maternelle.

Ce sont les poèmes d'Exil qui enregistrent la pluralité des sensations qui dérivent de ce bouleversement douloureux dans la vie de l'homme et du poète. Ces vers semblent vouloir cerner l'instant et le lieu originels. Dès le tout premier chant, Saint-John Perse trace les coordonnées spatiales de l'endroit qu'il a choisi pour vivre sa nouvelle condition. Il s'agit d'un espace immense où la présence des sables fait penser à un lieu désertique, propice à la réflexion et à la méditation sur le rapport de l'homme avec le cosmos. Et par son ouverture sur l'infini, cet espace est perçu seulement paradoxalement comme un lieu de châtiment, à tel point qu'au chant V, le poète se voit «restitué à [s]a rive natale» (O.C.:130). Souvent, dans Exil, il fait des clins d'œil à ses origines à la fois poétiques et caribéennes. A titre d'exemple, on peut citer l'emploi ici de l'expression «enfance de ce jour» qui, en reprenant celle du chant V «Eloges», «enfance adorable du jour» (O.C.: 37), superpose à l'expérience présente du poète, le souvenir de ses Iles. Dans Exil, finalement, la tente du poète nomade prend la forme d'un abri qui, même si toujours précaire – une «maison de verre» élevée sur une grève – est du moins plus durable. Le retour vers l'Ouest entraîne dès lors un rajeunissement de la création poétique en redonnant la parole au poète qui entreprend un parcours initiatique débouchant sur l'acceptation de son nouvel état. Lors de son long exil américain, le rapprochement physique de son espace originaire favorise le plein accomplissement de la vocation poétique de Saint-John Perse. Par la souffrance qu'il provoque, l'exil conduit à la purification de l'âme et galvanise une énergie créatrice renouvelée. Dans cette lignée, les vers d'Exil témoignent d'une fragilité universelle qui touche toute chose, y compris la parole poétique. Pour le dire avec SACOTTE (1987: 203):

«Exil» se présente [...] comme un anti-poème qui dit sa propre impossibilité [...]. Il s'agit en effet pour le poète en exil au désert de «convoiter l'aire la plus nue pour assembler aux syrtes de l'exil un grand poème né de rien, un grand poème fait de rien» [O.C.: 124], c'est-à-dire sans sujet, sans matière extérieure à lui-même, sans page pour l'écrire, et sans mot pour ledire, «un grand poème délébile» [O.C.: 129], inécrit.

C'est en se joignant au mouvement vital des vents, de la mer et des grandes forces élémentaires que la parole poétique trouve une nouvelle vigueur et le poète transhumant10 s'unit, dans un esprit de solidarité, à l'errance de la migration universelle. Les vents emportent avec eux «toutes sortes d'individualités errantes» (SACOTTE 1987: 138): sables, insectes, oiseaux, tribus, armées. Et la mer, quant à elle, attire toute œuvre humaine par le mouvement de ses innombrables vagues. Cette «mer d'alliance, au confluent de toutes mers et de toutes naissances» (O.C.: 376) fonctionne en tant que «pôle magnétique vers lequel sont attirés tous les êtres quels qu'ils soient» (SACOTTE 1987: 141).

Finalement, après avoir adhéré à sa condition d'exilé, le poète nomade se met «à l'écoute de la voix du monde» (LEVILLAIN 2005: 37) et redécouvre le lien intime qui existe entre l'homme et les éléments cosmiques. Si aux yeux de l'enfant de jadis, c'était l'île qui reproduisait en miniature la perfection du cosmos et qui était au centre du mouvement gravitationnel attirant autour d'elle l'univers tout entier, pour l'adulte à l'âge de l'exil, qui a entrepris son propre voyage de déplacement, l'île de naissance partage l'éternel mouvement de l'univers, comme tout le reste du cosmos. «La terre n'est [ainsi pour lui] qu'un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens».11 Et «le tour du monde n'est qu'un plus grand tour de soi-même».12

4. Epilogue

C'est à travers l'écriture poétique que Saint-John Perse a réalisé enfin «le songe antillais qui l'habita toute sa vie» (LEVILLAIN 2005: 26). Sa poésie est finalement une poésie de l'errance à laquelle il confie la charge de recouvrer son bienheureux habitat d'enfance, même si de façon cryptée, oblique, reculée. C'est pourquoi nous avons choisi l'exil et le dialogue avec les Antilles comme points d'observation privilégiés de cette œuvre riche et complexe. Une double voie qui avait été d'ailleurs suggérée par le poète lui-même dans son discours Pour Dante:

... Poésie, heure des grands, route d'exil et d'alliance, levain des peuples forts et lever d'astres chez les humbles; poésie, grandeur vraie, puissance secrète chez les hommes, et, de tous les pouvoirs, le seul peut-être qui ne corrompe point le cœur de l'homme face aux hommes (O.C.: 459).

Au centre de l'aventure humaine et poétique de Saint-John Perse il y a l'homme, dans toute sa diversité culturelle et raciale. Et cette vision trouve ses racines dans la naissance créole d'Alexis Leger, où Saint-John Perse puise son inspiration. Relevant d'une poétique plutôt que d'une contingence et faisant preuve d'une démarche créative tout à fait singulière, il est temps que la créolité de ce poète se pose comme un moment déterminant dans la réflexion de l'écriture caribéenne contemporaine.

Bibliographie

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Y. GOMBAUD-SAINTONGE, «Propos sur le Discours de Stockholm», in Nobel en Caraïbe. Centenaire du Prix Nobel, Catalogue de l'exposition réalisée par le Musée Municipal Saint-John Perse (Pointe-à-Pitre) et la Fondation Saint-John Perse (Aix-en-Provence), 2002-2003, p. 21-29.
H. LEVILLAIN, Sur deux versants. La création de Saint-John Perse. D'après les versions anglaises de son œuvre poétique, Paris, Corti, 1987.
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H. LEVILLAIN et M. SACOTTE (dir.), Saint-John Perse: antillanité et universalité, Actes du colloque international organisé à Pointe-à-Pitre les 30 mai et 1er juin 1987, Paris, Editions Caribéennes, 1988.
C. MAYAUX, Les Lettres d'Asie de Saint-John Perse, Paris, Gallimard, 1994.
M. SACOTTE, Parcours de Saint-John Perse, Paris-Genève, Champion-Slatkine, 1987.
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R.L. STERLING, «Saint-John Perse et l’Orient», in D. Racine (dir.), Saint-John Perse antillais universel, Paris, Minard, 1991.
R. VENTRESQUE, «La bibliothèque antillaise d'Alexis Leger», in Pour fêter une enfance. Saint-John Perse et les Antilles, Catalogue de l'exposition réalisée par la Fondation Saint-John Perse (Aix-en-Provence) et le Musée Saint-John Perse (Pointe-à-Pitre), 1990, p. 51-52.
R. VENTRESQUE, Le Songe antillais de Saint-John Perse, Paris, L’Harmattan, 1995.


Notes

↑ 1Dans notre travail, Leger sera écrit sans accent pour respecter le choix de l'écrivain. Alexis Leger choisit de distinguer nettement ses deux fonctions de diplomate et de poète. C'est pourquoi il emploie le pseudonyme Saint-John Perse pour signer ses textes poétiques

↑ 2André Rousseau, ancien Directeur de la Fondation Saint-John Perse, raconte ce détail curieux concernant le poète dans son Avant-propos à Pour fêter une enfance. Saint-John Perse et les Antilles, Catalogue de l'exposition réalisée par la Fondation Saint-John Perse (Aix-en-Provence) et le Musée Saint-John Perse (Pointe-à-Pitre), 1990, p. 5.

↑ 3Il s'agit de la Réponse à un questionnaire sur les raisons d'écrire, que Saint-John Perse insère dans la section Témoignages littéraires de ses Œuvres complètes (Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 1972, p. 564). Les références entre parenthèses dans notre travail, précédées de la mention O.C., renvoient à l'édition des Œuvres complètes citée ci-dessus qui est notre édition de référence.

↑ 4Dans cette lettre datant de décembre 1941 et adressée à Archibald MacLeish, le poète répond à une demande d'éclaircissements de la part de son ami américain qui était en train de rédiger une étude sur lui. En particulier, MacLeish était interessé au rapport de Saint-John Perse à la fois avec les Antilles et la France.

↑ 5De 1916 à 1921, Alexis Leger travaille à la Légation de France à Pékin, d'abord comme troisième, puis comme deuxième Secrétaire.Ensuite, il est Secrétaire du corps diplomatique, membre et puis Président de la Commission internationale chargée de l’administration du quartier diplomatique.

↑ 6Saint-John Perse aimait beaucoup la peinture de Gauguin qu'il avait eu l'occasion d'observer de près chez Gabriel Frizeau. Et c'est justement dans une lettre à ce dernier, datant du 9 février 1909, qu'il se réfère en particulier à une toile de ce peintre que son ami a «au salon, à droite d'un carton dont j'ignore l'auteur (à peu près symétrique au «Cabaret»). Cette toile, que j'appelle «L'Animale», m'a longtemps poursuivi. Si un jour vous la faites photographier, songez à moi, je vous en prie» (O.C.: 739). C'est le tableau en question qui a inspiré à Saint-John Perse un poème jamais édité dont le titre est L'Animale. Avec toute probabilité, ce tableau serait une étude préalable à l'une des figures représentées sur la toile qui constitue le testament pictural de Gauguin, intitulée: D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? et peinte à Tahiti, en 1897.

↑ 7Ce poème ne se trouve pas dans l'édition des Œuvres complètes de la «Bibliothèque de la Pléiade», mais le poète en parle dans une note à ses Lettres de jeunesse, à la page 1194. On peut lire Désir de Créole dans le volume Saint-John Perse: antillanité et universalité,Actes du colloque international organisé à Pointe-à-Pitre les 30 mai et 1er juin 1987, sous la direction de Henriette Levillain et Mireille Sacotte, Paris, Editions Caribéennes, 1988, p. 75-76.

↑ 8A cet égard, cf. M. Sacotte, Parcours de Saint-John Perse, Paris-Genève, Champion-Slatkine, 1987, p. 55 et J. Gardes Tamine (dir.), Saint-John Perse sans masque. Lecture philologique de l'œuvre, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 162.

↑ 9De 1933 à 1940, Alexis Leger est Secrétaire général du Quai d'Orsay. En 1940, Paul Reynaud, Président du Conseil, au moment de quitter le Ministère des Affaires Etrangères pour celui de la guerre, “procède, in extremis, et à son [d'Alexis Leger] insu, au remplacement du Secrétaire général” (O.C.: XXII). Le 19 mai 1940, Leger est limogé. Reynaud lui propose l'Ambassade de France à Washington, mais le diplomate refuse, se fait placer en disponibilité et se rend auprès de sa mère, dans les Landes. Il s'embarque ensuite pour l'Angleterre, avec “d'autres personnalités menacées” (GARDES TAMINE 2006: 82) et le 14 juillet 1940, il quitte l'Europe pour les Etats-Unis. Tout espoir de retour s'éclipse lorsque le gouvernement de Vichy le frappe de déchéance de la nationalité française, le radie de l’ordre de la Légion d’honneur, lui confisque ses biens et fait mettre à sac son appartement parisien par la Gestapo.

↑ 10Saint-John Perse emploie cette expression dans son discours Pour Dante: «Pareils aux Conquérants nomades maîtres d'un infini d'espace, les grands poètes transhumants, honorés de leur ombre, échappent longuement aux clartés de l'ossuaire» (O.C.: 457).

↑ 11D'après Baha'u'llah, 1817-1892. Cit. dans M. Doromo (dir.), Anthologie du voyage I. De la pluralité des mondes, Apt, L'Archange Minautaure, 2007, p. 67.

↑ 12Cit. dans M. Doromo (dir.), Anthologie du voyage I. De la pluralité des mondes, Apt, L'Archange Minautaure,2007, p. 67.

Pour citer cet article :

Giovanna DEVINCENZO, Saint-John Perse entre errance et alliance, Les Caraïbes: convergences et affinités, Publifarum, n. 10, pubblicato il 15/02/2009, consultato il 12/12/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=89

 

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