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Nicole Caligaris (1959)

Elisa BRICCO


Nicole Caligaris est née à Nice et vit et travaille à Paris. « Presque tous mes livres ont été écrits à partir d'œuvres d'autres artistes, indispensable exploration de la limite de la littérature, constamment renouvelée » nous précise l’auteure dans sa réponse à la première question sur les relations qu’elle établit entre l’art et la littérature et sur ses liaisons, nombreuses, avec d’autres artistes.

La profonde connivence de l’écrivaine avec l’art se devinait jusqu'à l'année dernière en consultant son site personnel Point N, où on trouvait une citation de Mark Rothko mise en exergue : « L’artiste accomplit une double fonction : premièrement, renforcer l’intégrité du processus d’expression de soi dans le langage de l’art ; et, deuxièmement, protéger la continuité organique de l’art en rapport avec ses propres lois.»1 Cette affirmation contient quelques éléments qui peuvent nous éclairer sur la vision du travail de l’artiste tel que le conçoit l’écrivaine.

Depuis ses débuts en littérature elle a entrepris des collaborations avec des artistes : en 1992 elle travaille avec Denis Pouppeville (peintre, graveur, dessinateur) à un livre d’artiste à tirage limité, Dans la nuit de samedi à dimanche (dont le texte sera repris par la suite dans un ouvrage plus développé publié sous le même titre chez Verticales), et l’année suivante elle publie Trèfle à quatre (Cheyne) avec un dessin du même artiste. C’est en 1997 qu’elle s’impose sur la scène littéraire avec la publication de La scie patriotique (Mercure de France, réédition Le nouvel Attila en 2016), texte sur la guerre qui a été nourri aussi de la vision des dessins de Pouppeville. Dans la présentation de la réédition, Dans la boucle, Caligaris réfléchit a posteriori sur les origines de son ouvrage et explique les dynamiques de sa collaboration avec le ou les artistes : « Ce qui a fait naître le texte et par quel mécanisme, je l’ignore. J’ai classé les dessins, j’en ai formé une suite. Et ce qui s’est passé, je suppose, c’est que j’ai changé de plan ce qu’ils représentaient. Voilà comment j’ai déplacé ces figures de Denis dans mon castelet littéraire. » (p.121) Ce texte liminaire présente par la suite une réflexion sur la place de l’illustration dans les éditions d’écrits littéraires selon les époques, puisque lors de la première édition, le livre n’avait pas pu être accompagné des dessins fondateurs de Pouppeville. La réédition récente est illustrée de douze nouveaux dessins de l’artiste, accompagnant le récit et contribuant à créer un nouveau livre.

pouppeville Scie

Fig. 1 Illustration de Denis Pouppevile in La Scie Patriotique, Le Nouvel Attila, p. 78-79.
Image fournie par Benoît Virot.

L’écrivaine trace les contours des échanges privilégiés qui peuvent survenir entre les artistes, comme dans les Alliés substantiels de René Char (in La Recherche de la base et du sommet, Gallimard, 1955) : des personnalités se côtoient, leurs échanges sont enrichissants et des œuvres se développent enrichies par la présence de l’imaginaire de l’autre.

Les romans et les récits de Nicole Caligaris n’illustrent pas des relations privilégiées avec des artistes, mais ils sont nourris en profondeur par la réflexion à partir des œuvres d’autrui. Dans ses textes elle met en place un intense questionnement du contemporain, des grands événements qui déterminent les destins des individus et des communautés, des guerres, des transformations du monde du travail, de la relation entre pays riches et pays pauvres : Les Samothraces et Tacomba (Mercure de France, 2000), Barnum des ombres (Verticales, 2002), Les Chaussures, le drapeau, les putains (Verticales, 2003), L'Os du doute (Verticales, 2006), Okosténie (Verticales, 2008), Dans la nuit de samedi à dimanche (Verticales, 2011), Le paradis entre les jambes (Verticales, 2013). En 2014 elle donne une lecture personnelle, « remake truculent », de UBU roi (Belfond), qui relève d’un dialogue avec l’écrivain Alfred Jarry et l’actualité de son œuvre, à distance de plus d’un siècle.

Parallèlement elle poursuit ses collaborations avec les artistes. En 2003 sort Désir voilé/La Dernière Chambre, une plaquette où chaque page contient un court texte de Caligaris sur la nuit et une photo de Philippe Bertin « qui a reconstitué la géographie labyrinthique d’une femme, Sainte Thérèse de Lisieux, qui rêve du beau Christ lumineux, objet inaccessible de son amour »2 (éd. Abstème & Bobance). En 2005, elle publie Tombal Cross, destination Mervyn Peake (éd. Joëlle Losfeld), illustré par Albert Lemant : il s’agit d’un journal de voyage à la découverte de l’écrivain et artiste anglais. En 2007, elle écrit un texte pour le catalogue de l’exposition du sculpteur Bernard Pagès (Nice, Musée d'art moderne et d'art contemporain, 20 octobre 2006-18 février 2007). L’année suivante paraît Les hommes signes (éd. Abstème & Bobance, 2008), où elle questionne le mystère des guerres et toutes les tragédies qu’elles engendrent à partir des Otages de Jean Fautrier, dont quelques dessins exécutés pour le poème Dignes de vivre de Paul Éluard ( Editions Littéraires de Monaco / Julliard / Sequana, Monaco - Paris, 1944) sont repris dans l’édition Abstème et Bobance. Encore dans son site, PointN, on trouve un extrait du texte évoquant les relation interartistiques :

Le texte s’écrit aussi couche à couche et il ne parvient pas plus à sécher que la haute pâte de Fautrier. Que le mot soit un terme, c’est ce à quoi la littérature tâche de ne pas se résoudre.

Décrire la lune, décrire une photographie, un portrait de groupe, une mappemonde, un tas de corps sous le petit jour, une série de peintures qui portent toutes le même nom, c’est ne pas dire grand chose de la chose mais la tenir un peu, l’envelopper attentivement dans la synthèse du langage, c’est une façon d’en prendre soin. (http://pointn.free.fr/doc/livres/les-hommes-signes.html)

En général, l’écriture se met en branle à partir d’une série d’images issues de situations différentes: « Entre apparition et disparition, dans la trace, l'empreinte, l'inscription, la littérature cherche son objet, questionne la réalité, creuse l'illusion, et n'hésite pas à procéder par bond. »3 L’image d’une écrivaine piochant ici et là chez les autres représente bien sa démarche qui consiste à se laisser imprégner par l’imaginaire étranger et ensuite le moduler selon ses propres moyens. C’est encore le cas dans son dernier ouvrage, consacré au sculpteur Hubert Duprat : Le jour est entré dans la nuit, Hubert Duprat (François Bourin, 2015). Dans la proposition suivante Caligaris exprime sa dette envers le sculpteur et les enjeux de la relation interartistique :

Tout ce qui est surprenant n'est pas énigmatique. L'énigme suppose un savoir pris en défaut. Elle est le départ de l'enquête, du voyage dans les idées. La merveille rend tout savoir inconciliable avec ce qui se présente, elle ouvre abruptement sur la conscience que le monde existe hors de ce que nous pouvons concevoir. (p.10)


Notes

↑ 1 Le site personnel de Nicole Caligaris, PointN, a été désormais mis à jour et l'exergue en a disparu. Je garde toutefois cette suggestion qui me semble intéressante pour développer le point de vue de cette fiche bio-bibliographique centrée sur les relations entre écriture et art et aussi parce que Nicole Caligaris m'a exprimé l'importance capitale qu'a pour elle cette citation qu'elle a tirée de l'ouvrage La réalité de l’artiste de Mark Rothko (Flammarion, 2004 [The Artist’s reality. Philosophies on art., Yale University Press, 2004], trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. et intro. Christopher Rothko, p. 74). Nouvelle mouture du site PointN à consulter sur http://pointn.free.fr. Consulté en septembre 2019.

↑ 2 Présentation de Désir voilé. URL: http://www.productions-grandangle.com/desir_voile.html. Consulté en septembre 2019.

↑ 3 Cf. le site de l’éditeur Abstème & Bobance: http://www.abedit.com/fr/LIVRES/nicole_caligaris.php. Consulté en septembre 2019.

Pour citer cet article :

Elisa BRICCO, Nicole Caligaris (1959), La littérature et les arts : paroles d’écrivain.e.s, Publifarum, n. 30, pubblicato il 22/09/2019, consultato il 16/10/2019, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=425

 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

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