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Max Genève (1945)

Chiara ROLLA


Répéter le geste de la venue au monde ; fuir la coassante gaîté des amateurs de douves ; marcher au bord du gouffre avec l'assurance du somnambule ; enregistrer ce que dit le rêve à la nuit : oui, le roman lui semble le meilleur véhicule pour avancer dans la connaissance de l'inconnu. Sexe, mélancolie, musique, métaphysique, tel sera le programme. Et la mort, toujours recommencée. L'Est donc, et le sombre. La lumière viendra bien assez tôt.1

Voilà ce qu’on peut lire dans le Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-mêmes à propos de Max Genève, de son véritable nom Jean-Marie Geng, écrivain et scénariste, né à Mulhouse. Enseignant de sociologie à Strasbourg pendant une dizaine d'années, il a publié à cette époque quatre essais, dont le plus connu est Mauvaises pensées d'un travailleur social (Seuil, 1977). En 1980, « suite à une grave crise personnelle»2, il a démissionné, quitté Strasbourg pour Paris et pris la décision de se consacrer complètement à la littérature.

L’ensemble de l’œuvre de Max Genève, comptant plus de trente titres de romans, nouvelles et essais, constitue une matière vaste mais cohérente, à l’intérieur de laquelle on peut distinguer plusieurs veines : fantastique (Ordo, Stock, 1983 ; Le Défunt libertin, Barrault, 1989 ; Ramon, Zulma, 1998), musicale (Le compositeur, Flammarion, 1992 ; Le Château de Béla Bartok, Zulma, 1995 ; Le Violoniste, Zulma, 2005 ; Mozart, c'est moi, Zulma, 2006; Virtuoses, Serge Safran éditeur, 2012), érotique (La Nuit sera chienne, Zulma, 1993 ; Chair, La Musardine,2007) et policière (Autopsie d'un biographe, Zulma, 1995 ; Le Tueur du cinq du mois, Gallimard, 1997 ; Noir Goncourt, Anabet, 2010; Le Détective, Le Verger Éditeur, 2014; Cordes sensibles, Le Verger Éditeur, 2016).

La forme artistique privilégiée par Genève est la musique, qui, dans l’univers de cet auteur, semble « emporte[r] tout sur son passage»3, en influant donc sur le sujet et sur son rapport au monde et en orientant le rapport qu’il noue avec elle. Parfois les mécanismes d’écriture de quelques-uns de ses ouvrages bénéficient aussi d’un transfert de schème. C’est le cas par exemple du roman Le Château de Béla Bartok (Zulma, 1995), pour lequel il a refusé la proposition de l’éditeur d’écrire une biographie du musicien,

… voulant saluer cet immense artiste par un texte inouï, et dans sa forme aussi. L'unique opéra de Bartok s'intitule Le Château de Barbe Bleue, j'ai donc construit mon roman sur le modèle de cet opéra où Judith, la femme qui aime le duc Barbe-Bleue, ouvre une à une les portes des sept chambres où se trouve entreposée, plus que ses richesses et ses biens, son âme. Le titre allait de soi : Le Château de Béla Bartok, j'ai donc romancé sept moments de la vie du compositeur et ouvert autant de portes sur la vérité de son être (Voir [i:url= https://www.publifarum.farum.it/ezine_articles.php?art_id=423♥ Le lecteur dans le projet d’écriture[/i:url]). 

D’ailleurs Genève considère que les frontières entre les arts n’ont pas disparu, mais ont été déplacées et brouillées. Et en ce qui concerne son écriture, il précise : « c'est la musique qui me fait entrevoir ces régions insoupçonnées de l'être, lesquelles sont souvent - selon des mécanismes dont je ne cherche pas à me rendre maître - à l'origine de mes meilleures intuitions littéraires. "L'influence" ne passe donc pas par le langage, mais par des agencements sonores inouïs... » (Voir ♦ Le dialogue intermédial).

Bela Bartok

Fig. 1 Photographie de Béla Bartók presente sur le site de The Guardian.

En fait, la musique occupe dans sa vie et dans son œuvre une place très importante : il aime le jazz, surtout Miles Davis et Coltrane, même s’il admet que ses goûts se portent avant tout sur la musique classique, de Monteverdi à Bartok, de Guillaume Dufay à Henri Dutilleux en passant par Mozart. Et à ce dernier il a consacré un roman (Mozart, c'est moi, Zulma, 2006), où le protagoniste, Cornélius Pappano, musicologue à la Sorbonne et spécialiste de l'œuvre et de la biographie du compositeur salzbourgeois, finit par revêtir la vie de celui qui hante la sienne. Genève en fait dresse le portrait de l’universitaire obsédé par son sujet, ayant un rapport avec Mozart qui tient plus de la fascination que de l'enquête historique.

Pour Genève, la musique, comme la peinture, sont des expressions artistiques à même de modifier notre façon de percevoir le monde, car elles peuvent « ouvrir de nouvelles fenêtres, déranger les points de vue trop pratiqués, bref nous désorienter de façon féconde. » Toutefois, selon l’écrivain, s’il est vrai que plusieurs romans affrontent le rapport de l’écriture à l'art à travers le personnage de l'artiste ; « beaucoup plus rares sont les livres qui tentent, dans leur forme ou leur structure narrative, de répercuter le capital novateur d'une pratique artistique donnée » (Voir ♦ Le dialogue intermédial).

Peu intéressé à la captatio benevolentiae de ses lecteurs, soucieux par contre de donner libre cours à son inspiration, dont il déclare se sentir le captif, Genève ne se préoccupe pas de fédérer autour de ses livres les larges masses de lecteurs. Dans tout ce qu’il écrit il y a une nécessité qui n'apparaît peut-être pas au premier coup d'œil, comme une exigence qui le lance dans un livre sans réserve, sans intégrer dans son écriture aucun souci du lecteur : « Je sais que cette attitude sera jugée peu populaire [...] Je laisse cela aux sombres canailles et aux somptueux crétins qui gouvernent le marché du livre aujourd'hui... » (Voir ♥ Le lecteur dans le projet d’écriture ).


Notes

↑ 1 Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-mêmes, Jérôme Garcin (dir.), Paris, Fayard, 2004, cité sur le site des éditions Zulma, http://www.zulma.fr/auteur-max-geneve-37.html. Consulté en septembre 2019.

↑ 2 Paul Maugendre, « Entretien avec Max Genève », Les lectures de l'oncle Paul, 31 août 2012. En ligne, URL: http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/article-entretien-avec-max-geneve-109592884.html. Consulté en septembre 2019.

↑ 3 Stéphanie des Horts, «Virtuoses de Max Genève : La musique qui emporte tout sur son passage», http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/roman/review/1802795-virtuoses-de-max-geneve-la-musique-qui-emporte-tout-sur-son-passage, consulté en septembre 2019.

Pour citer cet article :

Chiara ROLLA, Max Genève (1945), La littérature et les arts : paroles d’écrivain.e.s, Publifarum, n. 30, pubblicato il 22/09/2019, consultato il 16/10/2019, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=432

 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482

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