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Les écritures migrantes au Québec. Régine Robin et Abla Farhoud

Anne DE VAUCHER GRAVILI



Résumé

A quinze ans d’écart, deux écrivaines nées ailleurs, Régine Robin et Abla Farhoud, décrivent leur “arrivée en ville”, à Montréal. C’est un parcours de vie avant l’ancrage ( La québécoite), et après l’ancrage fortement désiré ( Le bonheur a la queue glissante et Le fou d’Omar). Toutefois le sentiment dysphorique de non-appartenance au lieu et à l’histoire du Québec reste toujours latent et la fuite vers l’errance, à la recherche d’un passé mythique est le deuxième volet de cette double identité de l’écrivain. C’est dans cet entre-deux que se situe la richesse et la diversité de l’écriture migrante, qui au Québec, est un fait éditorial important.

Dans la mouvance d’une esthétique postmoderne la littérature nord-américaine, trop longtemps sourde aux voix des minorités qui la peuplent, s’ouvre à la fin du deuxième millénaire à la prise de parole d’écrivains nés ailleurs qui choisissent le français ou l’anglais comme langue d’écriture. Avant de présenter Régine Robin et Abla Farhoud, deux écrivaines québécoises nées ailleurs, il est opportun de dresser un cadre de ce que l’on appelle au Québec, et par extension aujourd’hui en Europe, les écritures migrantes.

L’expression n’a pas été forgée immédiatement, il y a eu des tâtonnements dans la recherche d’une définition, ce qui dit bien l’espace incertain de la jeune culture québécoise (SIMON, 1991: 26);on a parlé d’abord d’écriture ethnique, d’écriture métisse ou métissée, immigrée et/ou immigrante, hybride ou bien, plus banalement, de littérature néo-québécoise (L’HĖRAULT, 1991: 57). En réalité c’est un calque de l’anglais migrant writing qui désigne une forme littéraire en acte, in progress, de la part d’écrivains qui migrent d’un lieu à l’autre, entre un lieu de départ (placement) et un lieu d’arrivée (displacement). De cette situation d’entre-deux naît chez l’individu, cultivé ou non, un sentiment de désorientation physique et psychique, d’étrangeté par rapport au lieu d’arrivée et par conséquent de déterritorialisation. Confronté à une nouvelle langue, il reste longtemps muet, ce qui crée en lui une blessure – d’autres termes reviennent sous sa plume, cassure, déchirure, choc, fêlure – bref une blessure qui ne se refermera jamais même à travers la prise de conscience que représente l’écriture.

Pourquoi cette forme littéraire prend-elle corps au Québec dans les années 1980, au lendemain d’un référendum pour l’Indépendance qui a échoué et qui revendiquait, comme chacun sait, la francité en Amérique du Nord? Une génération d’intellectuels québécois avait pourtant participé activement à la Révolution Tranquille, vingtans plus tôt, et à l’élaboration d’un Texte National homogène, dotant ainsi le pays d’une littérature aux racines québécoises, se séparant non sans douleur du patrimoine littéraire français qui avait dominé jusqu’alors. Nombreux sont les écrits autobiographiques, «les romans en je», comme on les appelle, qui s’enracinent dans la «terre de Québec» et qui mythifient la ville de Montréal. Ce discours identitaire, teinté de nationalisme, subit assez vite un effet de serre et s’essouffle, les écrivains tendent à se replier sur eux-mêmes, après l’échec du référendum, et c’est alors que font brèche deux expressions nouvelles: une expression de l’hétérogène (L’HĖRAULT, 1991: 57), de la part d’écrivains qui ne sont pas «pure laine», pour reprendre une expression québécoise consacrée. Les premiers sont les italiens, les plus nombreux comme communauté, les plus dynamiques, qui s’avancent sur la scène culturelle montréalaise et fondent en 1983 une revue qui porte un titre latin, Vice Versa, animée par des intellectuels nés en Italie: Lamberto Tassinari, Fulvio Caccia et son frère Gianni Caccia, Antonio d’Alfonso, Marco Micone, d’autres encore et Régine Robin, française de France, née à Paris de parents juifs polonais, arrivée au Québec quelques années auparavant, tous émigrés ou fils d’émigrés en mesure, par leur culture, de prendre conscience de leur condition. Revue ouverte à l’Autre, graphiquement très créative, écrite en trois langues, à savoir l’italien, le français et l’anglais dont le message est tout à fait précurseur:

Que cache-t-elle, cette émigration, pour qu’on puisse la voir comme une des causes de ce nouveau cosmopolitisme, et peut-être de ce nouvel humanisme, qui commence à prendre forme dans nos villes? Elle cache la fin de l’ethnicité.[…] l’émigrant a une manière nouvelle de se percevoir par rapport à ses origines, à sa terre, à sa langue, à sa présence ici[…] sa perte du territoire d’origine est peut-être sa damnation […] mais aussi sa grande force. Sans le savoir, sans même le soupçonner, les premiers émigrants ont amorcé le processus transculturel. Leur migration a agi comme une véritable bombe à retardement dont l’éclatement est l’émergence des nouvelles générations (TASSINARI, 1986 et 2006).

Deuxième brèche, très importante au Québec, sous l’influence sans doute des Women studies américaines: les femmes longtemps marginalisées, reléguées dans des revues féminines, genre La veillée des chaumières, se mettent à écrire des récits de vie et apportent un appui décisif à la mythisation de Montréal en décrivant la ville selon un célèbre triangle «corps-ville-littérature» (BROSSARD et GIROUARD, 1992).

Le roman La Québécoite de Régine Robin paraît la même année que Vice Versa mais il est en gestation depuis 1974, et s’adresse à un public québécois jeune, comme nous le dit la dédicace: «À mes étudiants des universités du Québec à Montréal, de Montréal, de Mc Gill, de Laval et de Sherbrook. 1974-1981». Il tombe comme un pavé dans la mare, au grand dam des écrivains québécois. Certes, c’est un regard nouveau sur Montréal, une écriture dérangeante qui brise les canons du français, mais il est incontournable, nous le verrons.

Par ailleurs cette parole immigrante se fait sentir simultanément au théâtre, poste avancé de l’actualité. Sont déjà présents en particulier Marco Micone avec sa pièce Gens du silence, de 1982, où sont mis en scène des immigrés italiens, et Abla Farhoud, d’origine libanaise, actrice et dramaturge avant de devenir romancière. Celle-ci monte en 1983 auprès du Théâtre expérimental des femmes une première pièce à contenu oriental sur l’exploitation des corps des femmes au Moyen Orient, Quand j’étais grande. Le public québécois est frappé par la présence de la double culture, de la double langue – les effets de switching sont présents chez ces auteurs – et enfin de l’inévitable dichotomie identitaire de l’immigrant. C’est précisément ce qui va faire prendre conscience à Abla de son statut d’immigrante qu’elle va désormais assumer ouvertement et sans honte. Elle écrira encore quatre pièces «migrantes» avant de tenter l’expérience de l’écriture romanesque.

Toutefois il n’y a pas d’échange entre ces cultures qui se côtoient mais s’ignorent, à part l’aspect expérimental du projet transculturel de Vice Versa. Cet état de fait est très bien vu par un écrivain poète belge d’origine, Michel van Schendel, dès 1980:

Celui, ici, qui écrit est un immigrant. […]Il réclame, par l’écriture ici produite que celle-ci ait place, ait une place et que les façons différentes d’habiter une place, de s’y mouvoir, et d’y écrire soient reçues par guise de briser la fermeture ambiante, le soupçon ambiant. Il réclame, la pratiquant, une écriture d’immigrant, celle de bien nombreux Grecs, Portugais, Ukrainiens, Polonais, Italiens, Argentins, Français, Haïtiens, Espagnols, Belges, Baltes, et Celtes vivant à Montréal. C’est pourquoi il écoute. C’est pourquoi il écrit. […] Il ne sait que peu de choses, les sachant de qui il écoute: de tant de gens, de Québécois, de ces bien nombreux immigrants au contact de tant de Québécois qui ont bien du mal à oublier qu’ils ont été formés à les ignorer, bien que les uns et les autres soient amenés à travailler ensemble, à chômer ensemble, à se coudoyer jusque dans une mort de papier. Les dissonances constatées sont la forme nécessaire de cette écriture (VAN SCHENDEL, 1980: 233).

C’est à partir de cette dernière phrase que nous allons partir à la découverte de nos deux romancières qui représentent, à quinze ans d’écart, un parcours littéraire «hors lieu» par rapport à la littérature «légitime» (ROBIN, 1993, Postface: 211), qui ne va cesser de s’affirmer au point d’être reconnu comme un fait culturel nouveau en 1992, au cours d’un congrès universitaire très important organisé à l’occasion du 350ème anniversaire de la fondation de Montréal (1642-1992), intitulé Montréal imaginaire (NEVEU et MARCOTTE, 1992). Ceci n’échappera pas aux maisons d’éditions qui entrevoient très vite la possibilité d’un marché juteux et qui contribueront à l’essor de cette littérature néo-québécoise qui compte aujourd’hui plus de deux cents romanciers, poètes et dramaturges immigrés au Québec, y exerçant leur métier d’écrivain (ROBIN, 2000: 42).

Toutefois, le choix terminologique entre «écriture immigrante» qu’emploie constamment Régine Robin dans son roman et «écriture migrante», au singulier ou au pluriel, sera officialisé par deux haïtiens, Jean Jonassaint, dans la revue «Dérives» et Robert Berrouët-Oriol dans un article intitulé «Effet d’exil» dans Vice Versa:

Dans la perspective historique qui est la nôtre, nous croyons pouvoir parler au singulier d’écriture immigrante et d’écriture migrante. Etant donné que ces qualificatifs recouvrent plusieurs écritures dont le facteur commun et nos analyses permettent de les rassembler (BERROUËT-ORIOL, 1986-1987: 20-21).

Au pluriel ou au singulier, il semble bien que le pluriel soit plus exact car il recouvre un horizon plus ample, c’est en tous cas ce qui a été affirmé à Venise lors de notre congrès de 1999, D’autres rêves. Les Écritures migrantes au Québec, où étaient présents des auteurs et des théoriciens de ce courant littéraire1. Depuis, l’expression a été reprise, voire consacrée, à travers le livre de Clément Moisan et de Renate Hildebrand de 2001, puis pendant des congrès successifs, celui de Mayence en 2003, celui de Bordeaux en 2005, sans omettre le très important congrès de Madrid de 2002 qui, malgré un titre différent, traite de cette problématique de l’Autre, de même que le congrès de Pau (voir bibliographie).

Enfin le numéro de la revue internationale québécoise Globe, de 2007, intitulée Étranger et territorialité, reprend la thématique constante du lieu dans l’écriture migrante grâce à l’article de Maude Labelle, «Les Lieux de l’écriture migrante. Territoire et langue dansLes Lettres chinoises de Ying Chen» (LABELLE, 2007: 37).

Mais revenons à celle qui a ouvert la voie à l’écriture immigrante ou migrante, comme on dirait aujourd’hui, selon une problématique qui lui est personnelle, à savoir l'écriturequi précède l’installation dans un lieu, c’est pourquoi j’intitule cette partie: une écriture avant l’ancrage.

Régine Robin, une écriture avant l’ancrage

Dans ce champ littéraire spécifique Régine Robin n’est pas à présenter. Historienne, sociologue, écrivaine, auteure d’une vingtaine d’ouvrages –essais, romans –,universitaire française et canadienne, elle est professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal (Uqam); c’est en vérité une citoyenne du monde et son œuvre critique et romanesque en est le vaste miroir. Bien évidemment c’est elle qui ouvrait nos travaux à Venise en tant que théoricienne.

Venons-en à ce curieux roman La Québécoite qui n’est pas un roman mais plutôt «une expérimentation à la fois littéraire et sociale» dans le but de «fictionnaliser l’inquiétante étrangeté que crée le choc culturel» (ROBIN, 1993: 207). C’est le récit d’une arrivée en ville, à Montréal, épisode-clef de tout récit d’immigration – je renvoie les postcolonialistes au texte fondamental de V. S. Naipaul, L’énigme de l’arrivée (NAIPAUL, 1987). Montréal, ville cosmopolite depuis toujours, ville longtemps muette et figée, vouée au commerce, ville divisée entre deux religions, deux langues nationales, deux systèmes scolaires confessionnels (le français, école catholique), l’anglais (école protestante et catholique irlandaise). La ville est partagée en deux par le Boulevard St Laurent, frontière urbaine, linguistique, anagraphique; à l’est habitent les francophones, à l’ouest les anglophones, aujourd’hui la scission est beaucoup moins drastique. Ce boulevard sera le lieu d’ancrage des immigrés dans l’attente de rejoindre leurs communautés, on le nommait autrefois «Boulevard de la colonie», «Boulevard des émigrants», «Couloir de la colonie» ou encore La Main, en anglais.

Toutes ces précisions sont nécessaires pour comprendre le parcours que va accomplir la jeune professeure française d’origine juive qui arrive de Paris pour enseigner dans une université d’abord anglophone puis francophone. Étrangère à cet espace à la fois double et multiple par toutes les langues qui s’y parlent, elle s’engage à fixer cette étrangeté avant qu’elle ne lui devienne familière:

Il fallait fixer tous les signes de la différence; la différence des odeurs, de la couleur du ciel, la différence de paysage. Il fallait faire un inventaire, un catalogue, une nomenclature. Tout consigner pour donner plus de corps à cette existence (ROBIN, 1983: 18).

Elle va vraiment essayer de se fixer à Montréal, dans trois quartiers qui vont donner leur nom aux trois parties du livre: d’abord à Snowdon, à l’ouest, quartier anglophone, multiethnique avec une majorité juive d’Europe centrale où elle va retrouver une vieille tante juive – l’émigré cherche toujours un parent chez qui arriver et avec qui partager la mémoire généalogique, «fare mente locale» (LA CECLA, 1995) – puis successivement à Outremont, élégant quartier francophone au nord ouest, enfin Autour du marché Jean Talon, le quartier italien, appelé aussi Petite Italie, chaque fois avec un compagnon différent, et de langue différente, un anglophone, un francophone, le dernier sera un immigré paraguayen! Elle ne va pas cesser de traverser Montréal en métro ou en bus – la traversée de la ville d’ouest en est avec le bus n. 24 est vraiment très connue –en énumérant systématiquement les stations de métro, le nom des rues, les grands magasins, les affiches, la liste des partis politiques canadiens, les banques, les catéchismes, les émissions de télévision, toutes choses qui, à la fin du compte, ne lui disent rien. La vision qu’elle donne de Montréal est celle d’une ville tristement morcelée et juxtaposée. Voici la disposition graphique qu’elle en donne, en petites majuscules:

DES GHETTOS

DES CLIVAGES

CHACUN SA LANGUE

SA COMMUNAUTÉ

CHACUN SON QUARTIER

SON DEPUTÉ

SES GATEAUX. SON JOURNAL.SA RELIGION

SON FOLKLORE, SES POMPONS.

CHACUN SON HISTOIRE

SEULS

À PART

NOUS. VOUS. EUX (ROBIN 1983: 152-153).

Vision dysphorique et fragmentée – cette citation en est la preuve patente – de mondes, de langues qui se succèdent au fil du paysage montréalais et où l’immigré n’a pas sa place. Cette ville ne lui appartient pas, il ne s’y reconnaît pas. La corporéité de son regard n’est pas en harmonie avec son corps et son moi. Ici commence l’errance. En effet la jeune professeure ne s’habitue à aucun des trois quartiers montréalais, ses trois liaisons sont un échec, à la fin de chaque partie, elle repart pour Paris avec le vol Air France 747 de 20-h45.

L’écriture de ce roman contribue nettement à accentuer cette dissonance. Régine Robin pratique le collage, elle juxtapose les lieux et passe de l’un à l’autre sans lien logique, suivant des associations d’idées, des bribes de souvenirs qui l’assaillent ou les préoccupations d’un cours à préparer sur les auteurs juifs soviétiques. Paris est toujours en toile de fond, les stations de métro du quartier Latin continuent à «lui dire quelque chose», il est vrai que la nomination des lieux est liée à l’histoire/Histoire, certaines évoquent le théâtre des évènements de 1968, d’autres comme la station Grenelle déclenchent le souvenir terrible de la rafle des juifs au Vel’d’hiv, le 15 juillet 1942, et s’impose à sa mémoire. Parfois, au détour d’une phrase, remonte en elle comme une bouffée, le shetl de Varsovie où elle n’a pourtant jamais vécu mais que sa mère et sa tante lui ont raconté; de même au cours de ses pérégrinations, tandis qu’elle prépare mentalement ses cours, réaffleure à son esprit la mémoire juive collective, la langue ydddish que lui parlait sa mère, les persécutions raciales, toute une mémoire étouffée, refoulée que l’écriture révèle. La couverture du roman – un choix de l’éditeur, semble-t-il – est un paysage naïf d’Europe centrale de Chagall, reproduit en page de garde et à la fin du livre.Ce tableau réitéré trois fois enveloppe significativement le texte et est l’emblème d’un passé – la Pologne – qui est celui de celle qui écrit, bref un télescopage continuel, fatigant pour le lecteur, mais qui dit bien la rupture de l’ipse et la difficulté, voire l’impossibilité de faire le travail du deuildu pays d’origine:

Désormais le temps de l’ailleurs de l’entre trois langues, trois alphabets dans la même journée.Télescopage de passages des grandes plaines de Russie, aux toits de Paris, de l’east end de Londres au lower east side new-yorkais, la Vistule, la Volga, la Volgule, la virgule, coma. L’oubli, l’amnésie. Collages. Tout se chevauche et se mêle. Désormais le temps de la confusion, de la contradiction, du désespoir solitaire (ROBIN, 1983: 129).

C’est alors que, a posteriori, prend tout son sens le titre La Québécoite, collage et superposition de deux mots Québécoise et de l’adjectif coite qui au Québec signifie encore aujourd’hui silencieuse, alors qu’en France coite signifie rester bouche bée et exprime la surprise. Devant l’inconnu de l’espace, l’immigré se tait:

La voix muette, scellée.Tu ne parleras pas.
Regarde les grands soirs roses sur les bouleaux, les érables et les sapins. […] Love-toi dans l’attente[…].Tu ne parleras pas. Petite, humble, cassée, la parole immigrante, écorce de bouleau et samovar, comme une berceuse lointaine, à la fois plaintive et tenace, envahissante et monotone, lancinante, têtue.
Elle déraille, déroute, détone. Elle perd la boule, le nord (ROBIN, 1983: 85).

Une écriture dysphorique, volontairement très désarçonnante, fondée essentiellement sur l’accumulation et les jeux de mots – on a parfois l’impression d’un exercice de style – qui déconstruit le parcours du texte (POTVIN, 2007), et qui lui donne un rythme haché, rendant bien ce malaise mental de la jeune intellectuelle. Et pourtant, pour elle comme pour son auteure, il s’agit d’une immigration choisie, vécue à l’âge adulte avec la conscience critique que peut en avoir une personne très cultivée, le lecteur le saisit à travers les exemples de non-appartenance, et par conséquent d’étrangeté au lieu et à l’histoire, donnés pour illustrer cette culture québécoise à laquelle l’auteure n’appartient pas, à savoir les manuels d’histoire canadien-français, le fédéralisme canadien, les catéchismes et les partis politiques.

Si l’espace urbain joue un rôle majeur dans La Québécoite, comme dans tout texte d’immigration, chez Abla Farhoud, au contraire, les personnages ne sont pas déterritorialisés, c’est comme s’ils avaient déjà intégré l’espace montréalais, demeure toutefois le displacement, à savoir l’oscillation entre la terre natale et la terre d’accueil.

Abla Farhoud, de l’ancrage à l’errance

Pour Abla Farhoud, il s’agit plutôt d’une immigration subie – la sienne –, celle d’une petite fille de six ans née au Liban, une immigration qui va marquer pour toujours sa psyché et son œuvre. Le titre de sa communication, à notre congrès de Venise, contient tout le drame de son émigration: «Immigrant un jour, immigrant toujours. Ou comment décoller une étiquette ou se décoller de l’étiquette» (FARHOUD 2000: 45-58).

Son point de départ, c’est le théâtre (elle cite plusieurs extraits de ses pièces): elle va représenter avec une subjectivité blessée «cet entre-deux lieux, cet entre-deux langues» vécus par des jeunes filles libanaises non cultivées, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, qui subissent passivement leur destin et qui n’ont pas conscience de la langue mixte qu’elles parlent, à la fois arabe et français.

Elle nous parlera aussi de son arrivée en ville et de celle de sa famille, à Sainte-Rose, dans la banlieue francophone de Montréal:

Notre désir le plus cher était de nous fondre dans la masse, et j'aurais tant voulu m'appeler Louise ou Nicole et que mes parents meurent ensemble dans un accident d'auto pour que je puisse me faire adopter par la famille Ouimet ou Charbonneau et enfin manger des fèves aux lards sans crainte aucune. (FARHOUD, 2000: 53)

Cette mort symbolique peut-elle effacer les origines? Car pour «se fondre dans la masse» il faut disparaître et ne plus dire qui l’on est ni d’où l’on vient. C’est le défi que se lancent à eux-mêmes et à leur famille tous ces enfants issus de l’émigration. Pour dominer leur malaise intérieur, leur sentiment de ne jamais être à la bonne place, au bon moment, et surtout enrayer «une peur incontrôlable» de cette différence qu’ils refusent (FARHOUD, 2000: 52), ils vont tout faire pour réussir et s’ancrer dans la vie et dans la langue québécoises. Bref, être des «winners», selon les canons du mythe nord-américain.

Mais le plus grand rêve, c’est de devenir écrivain et de trouver sa place auprès des auteurs québécois «pure laine». C’est ce qui va se passer pour Myriam dans le premier roman d’Abla Farhoud, Le Bonheur a la queue glissante (1998). Myriam est une écrivaine très connue à Montréal, qui va recueillir et transposer en français les mémoires de sa vieille mère Dounia, une libanaise analphabète, émigrée au Québec depuis quarante ans, qui ne parle que l’arabe. Ce «roman en je» est un très beau roman que nous avons fait traduire en italien en 2002 sous le titre La felicità scivola tra le dita (voir bibliographie). Il faut beaucoup de talent pour faire parler un cœur simple, une personne sans qualité (comme le dit Musil) mais douée d’une intelligence du cœur qui lui confère une très grande intensité.

Un autre personnage écrivain réalise ce rêve, c’est le cas de Rawi, dans Le Fou d’Omar, troisième roman d’Abla (2005), Rawi Omar Abou Lkouloud, libanais d’origine, qui devient célèbre en écrivant toutes sortes de romans qui plaisent au grand public québécois.

Ces deux parcours de vie décalquent de près celui de l’auteure qui, pour les besoins de sa fabula , multiplie les points de vue et les situations où la langue – les langues – et l’identité jouent un rôle majeur et amènent toujours à une définition de soi, toujours double, ce qui va avoir pour effet ultime de modifier la langue d’arrivée, porteuse de deux cultures co-présentes dans l’ipse.

Mais revenons encore sur ce topos de l’intégration vu par Dounia dans Le Bonheur a la queue glissante ,car c’est elle qui tient les fils du discours à travers sa fille qui n’en est que le passeur: elle, elle restera toujours étrangère mais elle accepte les normes et les usages de ce nouveau pays, sans lequel elle n’aurait pas eu la possibilité de prendre conscience d’elle-même. En revanche, ses six enfants vont tous évoluer vers la modernité, se hâtant d’oublier les règles tribales du monde ancien de leurs parents et s’efforçant de trouver leur point d’ancrage. Pour cela ils vont s’adapter très vite aux modèles de vie québécois et nord-américains: le travail pour tous, homme et femme, une vie «moderne» et confortable mais toujours pressée et dispendieuse, le moins de contraintes possibles, des voyages, un mariage mixte, un divorce, plusieurs enfants. Chacun va réagir différemment mais pas toujours avec une conscience positive de sa condition initiale d’émigré. Tous ne sont pas taillés pour cette course au succès, Dounia le déplore et pense avec sagesse que le motif en est «l’impossibilité de reprendre racine». Deux de ses fils en effet ne s’adapteront pas, resteront étrangers et deviendront des graines de violence. Un autre deviendra schizophrène, blessé à mort par son départ du Liban:

Abdallah est le mouton sacrifié de la famille. Il fallait trouver un petit animal et le couteau est tombé sur lui. Il a été égorgé dans la pleine puissance de sa jeunesse. Parce qu’il est le plus vieux, parce qu’il est le premier, il a tout pris. Abdallah a été immolé… s’il était resté au village, si nous n’avions pas émigré, il se serait tout simplement battu avec quelqu’un… on ne l’aurait pas envoyé à l’hôpital […]. Tous les deux nous avons été cassés quelque part, sur le trajet de nos vies (FARHOUD, 1998: 142-43).

La dissonance est enfouie au cœur de l’émigré mais aussi dans celui de ses enfants.

En revanche, dans Le Fou d’Omar, Abla Farhoud change d’optique, ce sont les enfants qui vont écrire l’histoire de leur famille avant leur père – ce qui est une entorse à la loi du père, qui sera le dernier à l’écrire. Leroman est composé de quatre livres écrits par quatre personnages différents; c’est à Radwan, le fou, qu’Abla Farhoud confie la narration car celui-ci aurait voulu être écrivain mais son frère Rawi lui a volé sa vocation.

C’est lui qui aurait voulu raconter l’histoire d’une autre fratrie de six enfants, d’une famille libanaise de Montréal, enfermée sur elle-même («on vivait dans une île perdue au milieu d’un océan gelé», FARHOUD, 2005: 28) selon les traditions tribales du village d’origine, tout en vivant à l’occidentale, mais, souligne-t-il, « … ce n’était pas parce que nous vivions à l’occidentale depuis longtemps que cela faisait de nous des Occidentaux» (FARHOUD, 2005: 89). Phrase lourde de sens, surtout après les événements de Londres, en juillet 2005. Un pour tous, tous pour un, la notion d’individu n’existe pas, on est un bloc, on se dévore à l’intérieur mais on fait bloc devant les autres. Le ferment commun qui tient cette famille «agglutinée» est celui de cacher la maladie de leur frère et de le sauver par leur affection. La situation devient si étouffante que quatre enfants décident de quitter leurs parents, «s’enfuyant presque», comme si la distance leur permettait de trouver une nouvelle identité en occultant leur origine.

Rawi, le romancier, n’habite plus à Montréal mais à Key West, et pour se fondre davantage dans la masse des écrivains québécois, mais surtout pour changer de destin, il prend un nom de plume des plus québécois. Il s’appellera Duranceau! Pierre Luc Duranceau, PLD, deux prénoms d’apôtre, ironise-t-il, ce qui est le comble pour un musulman! Changer de prénom est un choix des plus ardus car «les vibrations de l’enfance restent collées à la peau» (FARHOUD, 2005: 99). Le destin de l’individu est inscrit dans son nom, comme il est de tradition dans les civilisations arabes, grecques, latines et arabes (omen nomen):

J’ai fui, moi aussi. Je me suis construit une identité, un passé et des désirs, comme j’avais commencé à le faire pour mes personnages: je me suis inventé un père et une mère. Un lieu de naissance. Une enfance et des amis, un caractère, des aspirations, du talent. Je me suis fait fils unique et adoré de ses parents (FARHOUD, 2005: 99).

Le voici donc seul, «délesté de son passé», enfin réalisé, bien ancré, et pourtant, au fond de lui-même, une nostalgie demeure:

Aujourd’hui je ne sais ce que je donnerais pour entendre à nouveau la voix du muezzin chanter au loin les prières de mon enfance, c’était là…, c’était là rythmant nos jours et nos nuits, un fond sonore réconfortant (FARHOUD, 2005: 101).

Ici recommence l’errance. Il s’interroge: aurait-il aussi bien réussi s’il avait porté son nom libanais? Son esprit erre à la recherche d’un passé mythique qui transforme son imaginaire et le nourrisse car il n’y a pas de littérature sans mémoire. Un écrivain ne peut pas effacer sa différence, car l’écriture le reporte toujours au centre de lui-même. Il suffira d’ailleurs d’un coup de téléphone silencieux de son frère pour le ramener en hâte à Montréal, pour réciter dans leur langue maternelle la prière des morts devant leur père décédé et procéder aux autres rites prescrits par le Coran.
Ce cas extrême de travestissement sous la plume d’Abla Farhoud est intéressant à plus d’un titre. L’auteure a voulu représenter le pire de l’ancrage, l’absurdité extrême ou la peur extrême, car la peur déchaîne la haine et la bêtise, surtout après le 11 septembre 2001 dont elle parle explicitement par le truchement de Radwan et de Lucien Laflamme, le voisin d’à-côté, québécois, ouvert à l’Islam et aux sages hindous, prêt à mieux connaître cette famille d’immigrés. Ce renversement de points de vue donne au roman une actualité assez impressionnante qui frappe le lecteur de la postmodernité.
Reste une autre question plus épineuse: le fondement de l’écriture migrante n’est pas une culture dont on se nourrit, affirme Abla Farhoud (FARHOUD, 2000: 56) mais un passage qu’il faut vivre jusqu’à l’épuisement, dans toutes ses étapes. L’écrivain migrant doit-il «faire du migrant» pendant toute sa carrière d’écriture ou bien peut-il y échapper et être libre de faire du nouveau? Ce risque d’enfermement est sans doute plus dangereux pour lui, marqué à jamais par sa déchirure initiale, mais aussi parce que le public, actuellement très intéressé par les histoires de migration qui reflètent davantage le monde fragmenté dans lequel nous vivons, risque de ne lui prêter d'attention que s’il écrit des récits de ce genre et de le méconnaître s’il n’en écrit plus. C’est en tout cas ce qu’affirment certains écrivains beurs en France.
Au Québec, depuis les années 1980, l’horizon culturel et littéraire du Québec a considérablement changé: les deux littératures, la «légitime», pour reprendre le terme de Régine Robin, et la «migrante» qui se côtoyaient sans se voir, aujourd’hui ne s’ignorent plus. Il arrive même qu’elles se croisent, car l’écriture migre et va toujours vers l’inconnu. Ainsi des auteurs québécois se mettent à écrire des histoires d’exil et vice-versa (PROULX, 1996, PARENT, 1998 ). Les jurys littéraires ont acquis une vue plus large: qu’un livre comme Le Bonheur a la queue glissante, pétri de récits, traditions et proverbes arabes (à la fin du roman figure un glossaire de cinquante-et-un proverbes écrits en arabe et traduits en français) soit considéré comme représentatif de la littérature du Québec et obtienne le prix France Québec-Philippe Rossillon en 1998 peut surprendre grandement. Il n’empêche toutefois que les écrivains québécois pure laine s’interrogent sur l’avenir de leur littérature, aussi mêlée, aussi plurielle, et l’essai de Monique Larue intitulé L’arpenteur et le navigateur (1996) pose le problème de façon fortement polémique. Régine Robin a repris ce discours à Venise pour en conclure que seule compte la figure de l’écrivain qui «se fait sa langue» et produit du nouveau et de l’imprévisible (ROBIN, 2000: 36-37).
Si l’émigré veut survivre il doit accepter sa double identité et ce nœud qui est au fond de lui-même. Il doit rester entre l’ancrage et l’errance, dans cet entre-deux qui fait sa diversité et sa richesse, et l’assumer pleinement et consciemment. Son identité est faite de plusieurs appartenances, il se doit de les assumer comme un tout, dans le meilleur des circonstances comme l’affirme Amin Maalouf, écrivain libanais qui écrit en français (MAALOUF, 1998: 19).
Le Québec est un pays jeune au plan littéraire, ouvert à toutes les voix et à toutes les expériences d’écriture. C’est un véritable laboratoire expérimental. L’écriture qui métisse deux ou plusieurs cultures est désormais reconnue et ne cesse de s’affirmer dans l’horizon postmoderne de la francophonie d’Amérique.

Bibliographie

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Auteurs

A.FARHOUD

Théâtre:
Quand j’étais grande, Montréal,1983; puis en anglais, à New York, 1989.
Les Filles du 5-10-15, Montréal, 1986, puis en anglais à New-York, 1987; en France, 1992 et au Festival d’Avignon, 1993. Prix Arletty de l’Universalité de la langue française, 1993.
Apatride, Montréal, 1993.
La Possession du Prince, 1993. Prix Théâtre et Liberté de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD).
Jeux de patience, Montréal, 1994, puis en anglais à Chicago, 1995.
Les Rues de l’alligator, Montréal, 1996.
Quand le vautour danse, Montréal, 1997.
Maudite machine, Montréal, 2000.
Romans:
Le Bonheur a la queue glissante, Montréal, L’Hexagone, 1998(coll. «Typo», 2004). Prix France-Québec 1999. Trad. Ital. La felicità scivola tra le dita, par Elettra Bordino préface de Anne de Vaucher, Roma. Sinnos, 2002. Prix Leone Traverso de Monselice pour la première traduction et une mention du jury du prix littéraire Amalia Rosselli de Rome en 2003.
Splendide solitude, Montréal, L’Hexagone, 2001.
Le Fou d’Omar, Montréal, VLB, 2005.

MICONE, Trilogia, Montréal, L’Hexagone («Typo»), 1996.
V. S. NAIPAUL, L’Énigme de l’arrivée, Paris, Bourgois, 1991 (1987).
G. PARENT, L’Enfant chinois, Montréal, Québec Amérique, 1998.
M.PROULX, Les Aurores montréales, Montréal, Boréal, 1996.
R.ROBIN, La Québécoite, Montréal, Québec/Amérique, 1983. Prix Jacques-Rousseau. Prix du Jewish book Awards pour la version anglaise The wanderer. RééditionMontréal, («Typo»), 1993, avec une postface de l’auteure, De nouveaux jardins aux sentiers qui bifurquent, p.207-224.
R.ROBIN,Le Roman mémoriel: de l’histoire à l’écriture du hors lieu, Montréal, Le Préambule, 1989.
R.ROBIN, Le Cheval blanc de Lénine ou l’Histoire autre, Bruxelles, Complexe, 1979.
R.ROBIN, La Mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.
M. van SCHENDEL, De l’œil et de l’écoute, Montréal, L’Hexagone, 1980.


Notes

↑ 1 Étaient présents Régine Robin, théoricienne et romancière, avec Fulvio Caccia, Lucie Lequin et Simon Harel et,en tant qu’auteurs, Abla Farhoud, Pan Bouyoucas et le poète Anthony Phelps.

Pour citer cet article :

Anne DE VAUCHER GRAVILI, Les écritures migrantes au Québec. Régine Robin et Abla Farhoud, Venus d'ailleurs. Ecrire l'exil en français, Publifarum, n. 17, pubblicato il 27/02/2012, consultato il 18/11/2017, url: http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=211

 

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